L I B R.AR.Y
OF THE
UNIVER.SITY
or ILLINOIS
186.6
MélrFb
MUSIC LIBRARY
ROOMU^
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University of Illinois Library
DEC 7 195'1>
L161— H41
Pr'ix' : 8 francs
majoration comprise
GEORGES LAING MILLER
RÉVOLUTION RÉCENTE
DANS
LA FACTURE D'ORGUE
(.Deuxième Edition
Ouvrage traduit et annoté par le Docteur BÉDART
professeur T^grégé à l'Université de Xille
Suivi d'une réponse au livre » l'Orgue Moderne », de M. A. Cellier
et à son Préfacier : M. Louis Vierne
TOCS DROITS DE TRHDUeTION
& DE REPRODUerieN RÉSERVÉS
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DÉPOSITAIRE :
HAnoLO RtCvi -
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atO ^MAfTFseunv «v
LCNDt%N, w.c r'
MasséW^, LILLE
A M^ J. W. HINTON
ARCHITECTE-EXPERT D'ORGUES; MAITRE HS-ARTS ;
DOCTEUR ES -MUSIQUE DE L'UNIVERSITÉ DE DUBLIN ;
ÉLÈVE DE CÉSAR FRANCK ; ANCIEN ORGANISTE DE S A INT-M ICHA EL
ET DE ALL ANGELS A -WOOLWICH , AUTEUR DE « ORGAN
CONSTRUCTION» DE «STOBY OF ELECTRIC ORGAN »
DE « MODERN ORGAN CONSTRUCTION » LEÇONS
PROFESSÉES AU COLLÈGE ROYAL DES ORGANISTES
DE LONDRES, ETC., ETC.
JE DEDIE CETTE TRADUCTION
SN SOUVENIR OE NOTRE DEJA VIEILLE AMITIÉ
ET DE MON INITIATION PAR LUI A
L ÉTUDE EXPÉRIMENTALE DE
LA FACTURE D'ORGUE
ANGLAISE
D"" G. BEDART
LILLE, MAI I Q H
M. Georges Laing MILLER
FELLOW OF THE ROYAL COLLEGE OF ENGLFSH ORGANIST :
FIRST MUS. BAC. DULNEM. ; ORGANIST OF CHRIST CHURCH,
PKLHAM MANOR, N.-Y. ; LATE OF ALL ANGELLS', NEW-
YORK ; s'-clemknt's, philadelphia, and WALI.ASEY
PARISH CHIJRCH, ENGLAND.
sAuteur de The Récent Révolution in Organ Fiuilding {2""- Édition
-"''""' ^^~- ^i,^^^
REVOLUTION RECENTE
DANS ■
LA FACTURE D'ORGUE
par
GEORGES LAING MILLER
New-York, The Charles Francis Press, 1913 (2«"« Edition^
Traduite et annotée par le D' G. BÉDART
Professeur Agrégé à l'Université de Lille
1014
IMPRIMERIE G. DUBAR & C'^- LILLE
-mlo^Af-^
en
f^ PRÉFACE DU TRADUCTEUR
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Oc
55
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^
Quand je reçus, en 1909, la première édition de Récent
Révolution in Organ Building, je fis immédiatement part à l'au-
teur de mes remarques sur certaines inexactitudes concernant
la facture européenne et la facture française plus particulièrement;
M. G. Miller a bien voulu en tenir compte dans sa deuxième
3 édition de 1913.
0
— C'est un livre de propagande, un peu combative et toute
:• en faveur de M. Hope-Jones, certainement un des hommes les
plus inventifs de notre époque en matière d'orgue.
Si j'ai traduit cet intéressant ouvrage, c'est avec l'idée de
présenter à nos organistes, qui ignorent trop ce qui se fait hors
de France, un document original dans sa forme, sur l'état de la
facture en Amérique.
^ Il servira d'introduction à un ouvrage plus important que
' je termine sur la construction de l'Orgue Moderne.
^ A cette traduction, je me suis permis d'ajouter quelques
œ notes rectificatives, toutes les fois que la vérité historique ou
- la certitude expérimentale m'ont paru l'exiger. Ni M. Georges
Miller, ni M. Hope-Jones ne sauraient s'en formaliser, car :
si amicus mibi Plato, magis arnica mihi veritas !
D^ G. BEDART
Avril 19 14 Université de Lille
PRÉFACE DE LAUTEUR
Il y a quelques années, les fabriciens et les notables d'une
paroisse d'Ecosse étaient réunis dans un conclave solennel pour
discuter le projet d'installation d'un orgue ; sur la table s'élevait
un monceau de devis et de plans.
La discussion s'engagea pour savoir si l'on prendrait un
orgue à deux claviers ou à trois claviers ? Grand Orgue et Récit ?
ou bien Grand Orgue, Récit et Positif? M. le doyen Mac Nab,
trésorier et personnage d'importance, finit par placer son mot et
par dire : « M. le Président, je ne vois pas très bien pourquoi
« il nous faut un Grand Orgue, un Récit, et un Positif ; je
« trouve qu'un seul orgue serait suffisant. »
D'autre part, pour répondre à M. Mac Nab, maître tailleur
et, d'ailleurs, artiste en son genre, le seul musicien de l'assem-
blée chercha à lui donner une explication basée sur des argu-
ments capables de satisfaire sa mentalité professionnelle ; il
répondit ainsi : « Voyons, M. Mac Nab, certainement vous ne diriez
pas que quelqu'un est bien habillé, s'il n'avait qu'une pièce
de vêtement à mettre ; vous lui conseilleriez d'avoir un panta-
lon, un gilet, une jaquette ? »... Et l'on décida l'acquisition
d'un orgue à trois claviers.
Il n'y avait jamais eu d'orgue dans cette église, sans cela
ce brave marguillier aurait été mieux au courant, et s'il avait
pu lire le deuxième chapitre de ce livre, il aurait possédé le
minimum des connaissances indispensable sur la question.
Les pages suivantes ont été écrites avec l'idée de venir en
PREFACE DE L'AUTEUR
aide à ceux qui se trouveront dans la situation de M. Mac Nab,
et peuvent être amenés à discuter la question toujours sérieuse
de l'achat d'un orgue pour leur église, leur salle de fêtes
municipale ou la reconstruction de leur ancien orgue ; souvent
on se trouve fort embarrassé entre les affirmations contradic-
toires contenues dans les plans et devis des facteurs rivaux.
Ce livre s'adresse aussi à ceux qui ne désirent point s'en
remettre à un expert, ou à un soi-disant expert, mais qui préfè-
rent examiner les choses par eux-mêmes, et acheter intelligemment
un instrument vraiment doté de tous les perfectionnements moder-
nes, un orgue qui n'entraînera pas l'organiste à jouer des airs
trop profanes et qui ne sera pas pour son constructeur une
source profitable de réparations incessantes.
L'étudiant, l'amateur, et même l'organiste professionnel,
trouveront dans ce livre des choses intéressantes parce qu'elles
leur feront mieux connaître ce que c'est qu'un orgue.
La révolution dans la facture d'orgue décrite dans ce livre
s'est effectuée durant ces cinquante dernières années sous les yeux
et pendant la pratique personnelle de l'auteur. Les organistes
de la jeune génération peuvent être félicités pour les avantages
ainsi mis à leur disposition, surtout par le génie des quatre
grands hommes, dont nous relaterons les persévérants efforts.
RÉVOLUTION RÉCENTE
DANS
LA FACTURE D'ORGUE
CHAPITRE PREMIER
ORIGINE DE L'ORGUE
Solennelle et profonde, la grande voix des orgues
se fait entendre ; celle du peuple s'y joint, chantant
les graves psaumes et les hymnes pieux ; et les voix
des choristes leur répondent, fondues dans d'har-
monieux accords, tandis que le long des voûtes,
l'écho répète, en les prolongeant, la fin des strophes.
Mais, voici que sous les doigts d'un artiste, par-
lent et résonnent doucement des tuyaux aux accents
variés : c'est d'abord une harmonie infiniment déli-
cate qui, tour à tour, s'accroît, puis semble s'éva-
nouir à nouveau. Ces accords flottent dans l'air
comme des soupirs qui se condensent en des mur-
mures cadencés ; mais il en émerge de douces
mélodies et des chants qui, après s'être épandus de
toutes parts, finissent, dans leur sereine allure, par
monter jusqu'au Ciel !
Dryden.
L'origine de l'Orgue se perd dans la nuit des temps, la
tradition rapporte qu'il y en avait un dans le temple de Salomon
à Jérusalem, orgue que l'on pouvait entendre jusque sur le
mont des Oliviers. L'Orgue a l'honneur d'être le premier ins-
trument à vent mentionné dans la Bible (Genèse IV, 21), on
y lit « Jubal fut le père de tous ceux qui jouent de la harpe
et de l'orgue». Le mot hébreu employé est «ugab», traduit
dans la version des Septante par le mot « Cithare » ou par
le mot « psaume », mais aussi par le mot « orgue ». Sir John
L
10 ORIGINE DE L'ORGUE
Stainer (dictionnaire p. 144) dit : il est probable que dans sa
première forme l'ugab n'était autre chose qu'une flûte de Pan
(syrinx), et que, peu à peu, il se transforma en un instru-
ment plus compliqué. Un autre passage montre que l'ugab
était connu du temps de Moïse, qui « était instruit de tout
ce que savaient les Egyptiens ».
La flûte, une des parties fondamentales de l'orgue, est un
des plus anciens instruments connus ; nous la voyons figurer
sur les tombeaux Egyptiens ; et, dans nos musées, on en
trouve provenant de fouilles en état de pouvoir encore être
jouées. Certaines de ces flûtes étaient doubles (voir figure) à
côté d'elles, nous trouvons le chalumeau des bergers, avec une
Doubles flûtes représentées sur des tombeaux égyptiens et assyriens.
anche ou une languette de roseau dans l'embouchure ; on en
rencontre maintenant encore dans le Tyrol. Le perfectionne-
ment suivant fut sans doute la cornemuse, où nous trouvons
quatre de ces tuyaux attachés à une outre ou sac de cuir. La
mélodie était jouée sur l'un d'eux, présentant des trous dans
ce but ; tandis que les trois autres constituaient une pédale con-
tinue ; le sac, étant gonflé, forme réservoir de vent, et la force
du son est réglée par la pression du bras contre le sac, c'est
une ébauche du soufflet de l'orgue. Après, vient la cornemuse
Irlandaise, avec son soufflet actionné par le bras, et fournis-
sant du vent à l'outre qui devient ainsi un réservoir ; c'est
un premier progrès.
D'autre part, nous avons le syrinx ou flûte de Pan ; pour
Stainer c'est le précurseur de l'orgue : étant formé de sept, huit
ORIGINE DE L'ORGUE 11
OU neuf bouts de roseau, réunis par de la cire et coupés à des
longueurs convenables pour produire une sorte de gamme. Les
bouts inférieurs de ces roseaux étaient bouchés, leurs bouts
supérieurs placés au même niveau, de façon que les lèvres
pussent passer facilement d'un tuyau à l'autre, c'est le même
instrument qu'emploient actuellement «Punch et Judy man ».
Ils portent cette flûte de Pan attachée au cou, et la jouent en
tournant la tête d'un côté à l'autre, pendant que les mains
battent du tambour.
Le progrès suivant fut sans doute la combinaison de plu-
sieurs rangées de flûtes ou de chalumeaux avec le réservoir
de vent des cornemuses ; l'adjonction d'une petite glissière, per-
forée d'un trou au-dessous de chacun des tuyaux d'une de
ces rangées, permit en la poussant de faire parler à volonté
telle ou telle rangée seulement.
Enfin quelque artiste ingénieux imagina d'obtenir la pres-
sion de l'air comprimé, en refoulant de l'air dans un réser-
voir partiellement rempli d'eau ; ce fut le fameux Orgue
Hydraulique dont le nom suggéra l'idée de tuyaux d'orgue
chantant par le passage d'un liquide, ce qui est impossible.
Nous arrivons ainsi à l'ère chrétienne : le Talmud mentionne
un orgue (magrépha), ayant dix tuyaux joués par un clavier,
dès le deuxième siècle ; Aldhelm, mort en 709, parle d'un Orgue
qui avait des tuyaux dorés. Au milieu du huitième siècle, à Com-
piègne, fut placé un orgue à l'Eglise Saint-Corneille, ses tuyaux
étaient en plomb, tandis que ceux de l'orgue de Saint-Dunstan
étaient en cuivre. Mentionnons aussi l'orgue de la Cathédrale de
Winchester, décrit par Wufstan dans sa vie de Saint Swithin ;
orgue double nécessitant deux organistes pour le jouer ; avec 400
tuyaux et treize paires de soufflets ; on l'entendait, paraît-il, de
tous les coins de Winchester quand on le jouait en l'honneur
de Saint-Pierre, patron de la Cathédrale.
Arrivons maintenant à 9m , à cette date mémorable de l'éclo-
sion de l'harmonie moderne; jusque là pas d'harmonie, en dehors
d'une basse continue ; et les grandes compagnies de musiciens
dont nous parlent Holy et Writ et beaucoup d'autres sem-
blables, ne faisaient que jouer et chanter en octaves et unis-
son. Je cite à nouveau Stainer ; les gros tuyaux de chacune
des touches du clavier des plus anciennes orgues étaient visi-
bles ; tout l'instrument chantait et grondait terriblement. Le cla-
vier avait onze, douze, quelquefois treize touches en succession
12 ORIGINE DE 1/ORGUE
diatonique sans demi-tons ; aussi, sur un pareil orgue, on ne
pouvait obtenir qu'une mélodie chorale à une voix. La largeur
d'un clavier de neuf touches était d'environ soixante-dix centi-
mètres ; chaque touche étant large de trois pouces, quelquefois
de cinq à six pouces, les soupapes étaient dures, et tout le
mécanisme grossier, aussi n'était-il pas question de jouer avec
les doigts, on était obligé de frapper ces touches avec le poing
fermé, d'où le nom de l'organiste « Pulsator organorum » mot
à mot, frappeur d'orgue. (Voir page 17).
Graduellement, les touches furent rétrécies, on ajouta des
demi-tons ; et, en 1499, les claviers avaient à peu près les
dimensions actuelles. En 1470 l'allemand Bernard, un musicien
renommé habitant Venise, inventa le clavier de pédales. La
fabrication des tuyaux fut très améliorée, et nous arrivons
ainsi jusqu'au seizième siècle, après lequel l'orgue resta dans le
statu quo pendant près de deux siècles ; les compositions de
Frescobaldi le fameux organiste Italien (i 591-1640) démontrent
qu'à cette époque on devait jouer avec les doigts et non
avec le poing.
Depuis le seizième siècle les grandes époques dans la
construction de l'orgue sont les suivantes :
1° L'invention de la boîte expressive par l'Anglais Jordan
en 1712 ;
2° L'invention des soufflets horizontaux par Samuel Green
en 1789; (1)
3» L'invention du levier pneumatique par Barker en 1832,
puis la transmission électro-pneumatique par Peschard en 1866;
4" Les merveilleux perfectionnements du mécanisme et de
la sonorité de 1886 à 19 13 par Robert Hope-jones. (2)
(i) Le Père Mersenne, dans son Harmonie Universelle, livre imprimée Paris en
i636, donne des dessins très nets d'orgues avec soufflets horizontaux : dans son
grand traité de facture d'orgue, Dom Bedos en 1756, montre plusieurs orgues avec
des soufflets à « lanterne » comme les appelait le Père Mersenne. Green, en 1789,
n'a fait que copier Cummins qui, dans sa brochure datée de 1766, revendique
l'invention des soufflets horizontaux, ignorant ce qu'avaient décrit le Père Mer-
senne et Dom Bedos, mais Cummins y apportait un perfectionnement considéra-
ble: les plis alternés compensateurs, seuls capables de donner du vent de pression
stable et actuellement encore en usage chez tous les facteurs.
(j) 11 faut y ajouter l'invention du tubulairff aspirant, par Moitessier, en
1847 ; du tubulaire par vent comprimé, par Ferrais, en France, et G. Sander en
Allemagne, en i865 ; procédés qui ont révolutionné la facture moderne, non
seulement de l'orgue, mais aussi celle des instruments automatiques aujourd'hui
en plein essor. — D' G. B.
CHAPITRE II
L'ORGUE AU XIX- SIECLE
Avant d'aller plus loin, nous proposons de donner une
description rapide de la construction de l'orgue tel qu'il était
au commencement du XIX™» siècle, et d'expliquer les termes
techniques que nous emploierons plus tard. Chacun sait que
le son, dans l'orgue, est produit par des tuyaux, dont un
certain nombre seulement sont vus en façade, les autres
tuyaux, de longueur et de forme différentes, sont disposés par
rangées sur le sommier ou caisse de vent alimentant les tuyaux
(fig. i) ; chacun de ces rangs s'appelle un « jeu » ou un
« registre ». Bien se rappeler que le mot jeu se rapporte à
une rangée de tuyaux, et non pas seulement au bouton de
tirage du jeu, par lequel l'organiste fait parler chaque rangée.
Beaucoup d'idées fausses surgissent de cette confusion ; et des
constructeurs à bon marché en tirent avantage en mettant deux
boutons de jeu (basse et dessus) un pour chaque demi-rangée
de tuyaux, donnant l'illusion d'un nombre de jeux double
de celui existant réellement ; pratique qui fut très suivie pendant
quelque temps en Amérique.
Les premiers facteurs, pour obtenir de la variété, divisèrent
les tuyaux par groupes, placés de façon que chaque groupe
put être joué par un clavier séparé ; c'est encore la pratique
actuelle.
Un orgue d'église, un peu grand, renfermera trois ou
quatre sommiers, chacun supportant un certain nombre de rangs
de tuyaux désignés ainsi : i» le Grand Orgue, constitué par les
tuyaux de façade et d'autre jeux à sonorité puissante ; der-
rière lui et ordinairement à un niveau plus élevé, se trouve
14
L'ORGUt: AU XIX°>« SIÈCLE
le Récit, dont tous les tuyaux sont contenus dans une boîte
en bois, fermée en avant par des jalousies pivotantes, dont
l'ouverture ou la fermeture modifie la force du son.
Au-dessous du Récit se trouve le Positif, contenant des jeux
plus doux, propres à accompagner les voix ; et enfin derrière
tous ces tuyaux, ou sur les côtés, se trouve la Pédale conte-
nant les gros tuyaux de basse joués avec les pieds. Les instru-
Kio. 1.
ments plus grands, ont un quatrième sommier, celui du Solo
dont les tuyaux très puissants sont souvent placés au-dessus
de ceux du Grand Orgue. Dans quelques très grandes orgues
anglaises, notamment dans celui du Town Hall de Leeds, il y
a encore une subdivision dans les tuyaux du Grand Orgue
appelé « Front Great » et « Back Great » (Orgue de devant et
Orgue de derrière). La raison pour subdiviser ainsi un orgue
L'ORGUE AU Xl.\>»« SIÈCLE
15
est l'impossibilité d'alimenter un grand nombre de jeux par
un seul sommier. Somme toute, un orgue ordinaire deglise
est en réalité la combinaison de trois ou quatre petites orgues
séparées.
Le sommier est une boîte oblongue renfermant l'air com-
primé fourni par les soufflets, et munie de soupapes comman-
dant l'accès du vent aux tuyaux ; entre ces soupapes et le
trou du pied du tuyau, il y a une autre soupape glissante
appelée registre, qui commande l'accès du vent à toute la
rangée des tuyaux qui forment un jeu. La soupape est com-
mandée depuis le clavier par le mécanisme de tirage, chaque
touche commande| une soupape dans le sommier ; chaque bou-
FiG. 2.
ton de jeu commande une soupape glissante sous la même
rangée de tuyaux, donc il faut : i" tirer le jeu ; 2" abaisser
une soupape avant de faire parler un tuyau, les dessins l'ex-
pliquent clairement ; la figure i est une vue de face, et la
figure 2 une vue de profil d'un sommier ; A est le sommier
dans lequel l'air comprimé est introduit soit par le fond, soit
en bout par le tuyau porte-vent B ; Les soupapes CC sont
16 LORGUE AU XIX»« SIECLE
maintenues fermées contre les ouvertures DD (faisant commu-
niquer le sommier avec les tuyaux) par des ressorts placés
en dessous. Le ressort S (fig. 2) presse la soupape C contre
l'ouverture D, les fils métalliques PPP qui passent à travers
de petits trous dans le fond du sommier, sont reliés aux
touches du clavier, et d'autre part attachés à l'extrémité mobile
des soupapes, une pointe (guide) est placée de chaque côté des
soupapes pour maintenir bien perpendiculaire leur course ascen-
dante ou descendante, chaque soupape est recouverte d'une peau
assurant sa fermeture et amortissant le bruit.
duand le fil F est tiré en bas par le clavier, la soupape C
s'abaissant, l'air, contenu dans le sommier A, se précipite à
travers D vers les tuyaux placés au-dessus ; mais la glissière
ou registre F, constituée par une mince réglette de bois, placée
entre le panneau G et le panneau H, doit être mobilisée de
droite à gauche, afin de faire correspondre ses trous avec ceux
placés au pied des tuyaux. Si les trous de la glissière sont
sous ceux des tuyaux, chaque ouverture d'une soupape fera
parler le tuyau ; si au contraire le registre est poussé de
façon à détruire cette correspondance des trous, la soupape
abaissée ne permettra à aucun tuyau de jouer. Quand les trous
du registre correspondent à ceux du tuyau, on dit que le
«registre» ou «jeu» est tiré, quand il ne correspondent plus,
on dit que le «jeu» est fermé ; donc, quand les jeux ne sont
pas tirés, impossible d'obtenir un son, même si le sommier
est plein d'air comprimé, et si l'on abaisse les touches.
Le sommier avec glissière-registre appelant le jeu est à peu
près ce qui nous reste de l'ancien système de construire les orgues.
Les soupapes étaient reliées aux touches par une série de leviers
et vergettes (tracker-action en facture anglaise). Il y avait ordi-
nairement six brisures ou articulations constituant autant de
sources de frottement, entre la touche et la soupape ; pour
vaincre ces résistances au frottement et bien fermer la soupape
il faut déjà un bon ressort.
On ne pouvait à cause de leur poids, placer tous les gros
tuyaux de basse sur le même bout du sommier, on en plaçait
la moitié à l'autre bout, par suite il fallut transmettre le
tirage des touches latéralement au moyen d'une série de
rouleaux pivotants constituant l'abrégé ; d'où nouvelles sources
de frottement et nécessité d'employer un ressort encore plus
résistant ; ajoutez à cela l'accroissement de la largeur de la
L'ORGUE AU XIX"» SlECLt 17
soupape et vous comprendrez sans peine la dureté des cla-
viers dans la basse, puisque, à la résistance du ressort, il faut
ajouter la pression du vent contre la soupape, pression aug-
mentant avec le nombre des jeux tirés.
Dans un orgue un peu grand, avec beaucoup de jeux
et des claviers accouplés, il fallait exercer un véritable effort
sur les claviers pour jouer l'ensemble de l'orgue tutia for:{a ;
quelquefois même, l'organiste se dressait sur les pédales et
pesait de tout son poids sur les touches pour pouvoir frapper
un grand accord (i). Mille systèmes furent essayés pour dimi-
nuer cette résistance, l'un des meilleurs fut la division de
la soupape en deux parties dont la première, en admettant une
petite quantité de vent dans la gravure, diminuait la pression
avant l'ouverture du reste de la soupape ; mais même sur les
meilleures orgues de cette époque, la facilité d'exécution, si
aisément obtenue dans nos orgues modernes, était absolument
impossible.
(i) Dans les notes graves, une soupape de 3o centimètres longueur x 3 cen-
timètres de largeur, avec du vent à 90 %, oppose une résistance d'environ un
kilogramme, rien que par la pression clu vent. Les anciens employaient des
pressions plus taibles : mais du temps de Don Bédos, les orgues allemandes
«traitées a fort vent » devaient exiger des doigts de fer pour y exécuter les
œuvres de Bach dans les passages fortissimo. — D' G. H.
CLAVIER MANUEL DES NOTES AIGUËS
DE l'orgue d'halbbbst^dt (i36j)
Les touches blanches avaient 73 % de largeur
comme celles de nos carillons actuels.
CHAPITRE III
L'AURORE D'UNE ÈRE NOUVELLE
LE LEVIER PNEUMATIQUE
De même que nous ne voyons plus quatre matelots manœu-
vrer la roue du gouvernail d'un paquebot, depuis que les gouver-
nails à vapeur ont rendu inutile un aussi grand déploiement des
forces humaines, de même un facteur d'orgue de la ville de Bath,
l'Anglais Charles Spachman Barker, eut l'idée d'utiliser la force
de l'air comprimé lui-même, pour vaincre la résistance de cet
air comprimé contre les soupapes du sommier ; cette disposition
est connue sous le nom de levier ou machine pneumatique.
Elle consiste en un petit soufflet de 20 centimètres de
long, interposé entre la soupape et le clavier ; la force pour
abaisser la touche est alors réduite au très léger effort utile
pour ouvrir une petite soupape de 12 millimètres de large,
laquelle introduit du vent dans ce petit soufflet ; celui-ci, gonflé
subitement par le vent, tire la soupape, en faisant ainsi toute
la partie dure du travail. La fig. 3, représentant le levier
pneumatique perfectionné par le célèbre facteur Anglais Henri
Willis, montre le cycle de l'opération
Quand le doigt ou le pied presse sur une touche reliée
avec K, le bout extérieur du levier G G est abaissé, en ouvrant
la soupape P. 1° L'air comprimé dans le compartiment A (laye)
pénètre alors par le trou B dans le soufflet C qui, se gonflant,
élève avec lui tout le mécanisme rattaché à sa face supérieure
par L ;
2° A mesure que le dessus de CC monte, il élève et ferme la
L'AURORE D'UNE ÈRE NOUVELLE — LE LEVIER PNEUMATIQUE 19
soupape D réglée, le laiton fileté M, et ainsi empêche toute
entrée de vent supplémentaire venant du compartiment B ;
30 L'action de la touche sur G qui a ouvert la soupape P, a en
même temps causé la fermeture de la soupape de décharge en
détendant la courroie F ; de cette façon l'air comprimé admis dans
le compartiment B ne peut s'échapper.
D'autre part, quand le doigt cesse de presser sur la touche,
CL08ED
OPEN
FiG. 3
l'extrémité du levier G s'élève, la courroie F se raidit en ouvrant
la soupape E ; immédiatement le souflet CC retombe en s'appla-
tissant.
Le toucher d'un clavier d'orgue pouvait être rendu aussi
doux que celui d'un piano, donc beaucoup plus' facile qu'avant
le levier pneumatique. Cette invention qui fait époque, appli-
quée en 1832 a rendu possibles des perfectionnements extra-
ordinaires ; au début elle fut l'objet d'un mépris, puis d'une
opposition étrange. Les facteurs anglais ayant refusé de l'adopter,
Barker vint en France,, il y trouva, dans la personne d'Aris-
tide Cavaillé-Coll, un homme à vues moins bornées, quand
Cavaillé-Coll eut pleinement démontré la valeur .pratique de
20 L'AURORE D'UNE ÈRE NOUVELLE - LE LEVIER PNEUMATIQUE
l'invention de Barker, Henry Villis et beaucoup d'autres s'occu-
pèrent de son développement et bientôt surmontèrent toutes
les difficultés de façon à faire adopter partout le levier de
Barker.
Cette évolution, néanmoins, fut assez lente, et il y a
50 ans on ne trouvait le levier de Barker que dans quelques
orgues de grande dimension ; la révolution récente dans la
construction et dans la sonorité de l'orgue, dont traite ce livre,
est basée : 1° Sur le levier pneumatique de Barker ; 2° Sur le sys-
tème électro-pneumatique inventé par le français Peschard, de
Caen, et réalisé pratiquement par son association avec Barker.
11 est bon de le faire remarquer : Tart de la facture d'orgue
a fait plus de progrès dans ces cinquante dernières années, que
dans les trois siècles précédents, nous sommes donc fondés à
dire qu'une véritable révolution s'est produite et elle est loin
d'être terminée. Comme chefs de ce mouvement révolution-
naire trois noms sont en première ligne : Henry Willis, Aris-
tide Cavaillé-Coll et Robert Hope-Jones, d'autres ont apporté
des contributions d'importance secondaire notamment Hill Borne,
L. Roosevelt, mais c'est grâce aux inventions géniales des
trois grands hommes précités que la facture d'orgue moderne
se trouve où elle en est aujourd'hui (i).
Nous nous proposons : i» D'énumérer et de décrire les
inventions et perfectionnements qui ont entièrement transformé
l'instrument ; 2" D'exposer les étapes de cette révolution en
Amérique ; 3» De décrire les faits et gestes des chefs de ce
mouvement.
Au milieu du XIX™« siècle, toutes les orgues employaient du
vent à faible pression, entre 37 et 75 millimètres de hauteur
de colonne d'eau ; Mais il faut dire que, dès 1833, le célèbre
facteur William Hill avait déjà mis dans son orgue du Town Hall
de Birmingham, un tuba parlant avec 22 centimètres, et de
même Willis, Cavaillé-Coll, Gray et Davidson et bien d'autres
employèrent exceptionnellement du vent fort pour certains jeux
d'anches dans leur plus grandes orgues ; mais 99 % des orgues
à cette époque avaient des pressions voisines de 86 milli-
mètres.
(1) Il me semble que le terme «inventions géniales» s'applique aussi très
bien au levier pneumatique de Barker, au tubulaire aspirant de Moitessier, et
à la transmission électro-pneumatique, de Peschard ; sans ces trois véritables
inventeurs, que serait l'orgue moderne ? — D' G. B.
L'AURORE D'UNE ÈRE NOUVELLE — LE LEVIER PNEUMATIQUE 21
On trouvait alors beaucoup d'orgues qui exigeaient une
pression du doigt de 20 onces (560 gr.) pour abaisser une touche
avec les claviers accouplés ; il n'était pas rare de trouver cette
pression de 50 onces (1.400 gr.) et plus pour les notes graves !
Actuellement la pression nécessaire est entre trois et quatre
onces, mais nous connaissons encore un orgue à New-York,
n'exigeant pas moins de 40 onces (i . 1 20 gr.) pour les notes graves.
L'étendue du clavier de ces vieilles orgues dépassait rare-
ment le fa ou le sol aigu, quoique descendant souvent au G
grave. L'orgue de Great Homer Street Wesleyan Chapel de Liver-
pool, avait des claviers descendant jusqu'à l'ut de 16 pieds,
il fut construit pour un organiste qui, ne pouvant pas jouer
des pédales, obtenait ainsi les 16 pieds, à la main ; le vieil
orgue de Trinity Church à New- York avait aussi la même éten-
due ; il était habituel de supprimer par économie les tuyaux
*e<:
FiG. 4
de l'octave la plus grave de pas mal de jeux, qui n'avaient
ainsi pas de basse ; souvent enfin, les claviers secondaires ne
descendaient pas au-dessous de quatre pieds. (Ténor C des anglais).
L'étendue du clavier de pédale (quand il y en avait)
variait d'une octave, à 2 octaves 1/4; les touches en étaient
presque toujours droites et l'ensemble du pédalier, plat.
NOMENCLATURE ANGLAISE DES NOTES
On appelle : CC (double C) le dernier ut grave des claviers
manuels ; — donc l'ut de 8 pieds. (Fig. 4).
Ténor C, c'est le 2« ut, ou ut de 4 pieds ; ainsi nommé parce
qu'il correspond à la note la plus grave de la voix du ténor et du
violon ténor, qui est l'alto.
Midle C ou ut du milieu du clavier, c'est l'ut de 2 pieds.
Treeble c ou c* est l'ut de 1 pied ; c^ l'ut de 1/2 pied, enfin
c^ l'ut de 1/4 de pied, ou ut suraigu des claviers de 61 notes.
A la pédale l'ut le plus grave est le CGC = 16 pieds.
CHAPITRE lY
SYSTÈME PNEUMATIQUE
& ÉLECTROsPNEUMATIQUE
Sans aucun doute les perfectionnements à citer en toute
première ligne, sont les systèmes pneumatiques et électro-
pneumatiques, sans eux beaucoup des progrès dont nous
parlons actuellement n'auraient jamais pu être réalisés. Comme
nous l'avons déjà dit, Cavaillé-Coll et Willis, furent des
pionniers en perfectionnant et en appliquant le levier pneuma-
tique de Barker. Ce système, avec les perfectionnements qu'ils y
apportèrent, eux et bien d'autres, laisse peu à désirer, il est
robuste, et, quand les claviers sont près de l'orgue, il est
prompt comme attaque et répétition, qualités dont manquent
beaucoup de transmissions pneumatiques construites actuel-
lement.
SYSTÈME TUBULAIRE
Les recherches du Docteur Bédart, Professeur à l'Université
de Lille, un connaisseur documenté et enthousiaste de tout
ce qui se touche à l'orgue, ont remis en lumière le fait que
le premier orgue tubulaire pneumatique fut construit vers 1850
en France, par Moitessier et avec du vent aspirant (voir aussi
D' Hinton, Organ Construction 1902, Chapitre VII).
En 1872, Henri Willis construisit, pour l'immense Cathé-
drale Saint-Paul de Londres, un grand orgue divisé en deux
parties placées de chaque côté du chœur à sa jonction avec
la coupole, et à neuf mètres en l'air. Les claviers étaient
FiG. 4 bis
Prosper-Antoine MOITESSIER
INVENTEUR I>U SYSTEME TUBULAIRE
»< L'Inventeur du système tubulaire fut un Franç.iis, Prosper-
« Antoine Moitessier, facteur d'orgues à Montpellier ; en octobre
« 1847, il créait ce qu'il appelait l'abrégé pneumatique, système
« dans lequel tous les leviers, bascules et rouleaux du système
« mécanique, avec ou sans levier pneumatique, étaient rem-
*< placés par des tubes aspirants. En 1830,1! construisait d'après
« ce système un orgue de 42 jeux pour Notre-Dame de la
« Dalbade à Toulouse, cet orgue fonctionna pendant 33 ans.
« Chaque soupape S du sommier était rattachée à la face
« supérieure dun piston P glissant dans un cylindre N comme
« celui d'une machine à vapeur, une soufflerie aspirante faisait
« le vide dans un réservoir (comme dans les pianos automati-
« ques actuels) ; quand (fig. 4 ferj on abaissait la touche du clavier,
« poussée par l'équerre K, la pièce C D, se déplaçant vers la
« droite, coupait la communication H du tube T avec l'air extérieur
« en ferm. nt les ouvertures F et A. Mais en même temps, au
« niveau de E, par le tube T, la face inférieure du piston était
« mise en communication avec le réservoir aspirant A ; immé-
« diatement la pression atmosphérique agissant sur la face stipé-
« rieiire du piston P l'enfonçait dans le cylindre en ouvrant la
« soupape du sommier rattachée au piston par la vergette V.
« Le premier tubulaire fut donc
« le svstème « aspirant » porté à un
« si haut degré de perfectionnement
« dans les instruments automatiques.
« Le second système tubulaire par
« air « comprimé » fut aussi inventé,
« en France. Dans son brevet de Février
« 1866, Permis, un instituteur, orga-
« niste du village de Haute-Rive, près
« Toulouse, qui cotmaissait bien l'orgue
« de la Dalbade, modifia le système de
« Moitessier en combinant des tubes qui
« envoyaient de l'air comprimé pour
v< gonfler les soufflets du levier pneu-
« matique de Barker.
« La même année, Gustave San-
<v der, un des facteurs les plus inventifs
« de l'Allemagne, faisait breveter un
« système tubulaire à air comprimé ;
<s ses essais dataient de 1863 ; il est
« probable que Sander ne connaiss it
v< pas les travaux de Fermis. Mais tous deux ignoraient que, dès
« 1S62. Peschard, l'inventeur de l'orgue électrique, attaquait
« ses « tracteurs à soufflets multiples » soit avec un électro-
« aimant, soit avec une membrane soulevée par un tube de
« transmission de sonnette pneumatique.
« Le premier orgue que Fermis construisit fut le 40 jeux de
« Sainl-Volusien à Foix, où il fonctionne encore tel qu'il fut
« monté ; ce fut une partie de cet orgue (clavier et sommier
« de positif; installée à l'Exposition de Paris en 1867, qui attira
« l'attention de Henry Willis. Le grand facteur anglais en fut si
« frappé, qu'immédiatement il fit des expériences de contrôle, et
« arriva à construire son système tubulaire, porté à un haut
« degré de perfection dans l'orgue de Saint-Paul de Londres
« en 1872 (résumé des articles du Docteur Bedait. dans Musical
« Opinion Londres, Jui'let 1908, et dans Dictionarv of Orgaiis
<\ and Oroanist'i, Article Pneinnalic Transmission, 1912 ».
SYSTÈME PNEUMATIQUE & ÉLECTRO-PNEUMATIQUE 23
placés (et le sont encore) du côté de l'évangile. Au lieu de
commander un mécanisme de traction par vergettes, pour
passer au-dessous du pavé du chœur, et remonter vers le
deuxième buffet (comme c'était la coutume en 1872), ces
claviers, dis-je, commandent une communication au moyen de
tubes rappelant des tuyaux ' de gaz, dans ces tubes une
insufflation de vent par un trajet descendant, puis horizontal,
puis ascendant, va gonfler le soufflet des leviers pneumati-
ques, qui commandent le tirage des jeux ou les soupapes
des tuyaux. C'est une reproduction perfectionnée du système
du Français Permis. Sir John Stainer décrit le mécanisme de
l'orgue de Saint-Paul comme un chef-d'œuvre d'habileté méca-
nique, organiste de Saint-Paul pendant bien des années, il se
plaisait à le reconnaître ; c'était parfait « pour une cathédrale ou
les mélodieux accords courent le long des voûtes », mais il faut
aussi citer la remarque du fameux organiste anglais Best sur le
tubulaire appliqué à un orgue de salle de concert : « c'est com-
plètement raté, vous ne pouvez pas jouer un triolet sur la
trompette et je considère que c'est la plus diabolique invention
placée dans un orgue ». (1)
Malgré cette réflexion, le système fut généralement adopté
après la démonstration de Saint-Paul, et dans beaucoup de petites
orgues, où même il fut employé de préférence au levier de Barker.
Un facteur a avoué à l'auteur de ce livre que le tubulaire lui avait
fait perdre beaucoup d'argent ; après avoir dépensé beaucoup de
temps (et le temps, c'est de l'argent) pour essayer de tout mettre
au point, le système dut être enlevé et jeté au feu par le sacristain;
pas mal d'orgues, à New-York, sont dans le même cas (2).
L'auteur néanmoins reconnaît qu'il a rencontré quelques
orgues tubulaires fonctionnant très bien, notamment chez Monck,
de Londres, avec des tubes de 50 pieds soit 1 5 mètres de long ; le
D'' Bédart nous dit que Puget , le facteur toulousain si connu en France,
considère que vingt mètres est l'extrême limite du tubulaire. Henri
Willis et Sons, dans la description de l'orgue destiné à la Chapelle de
la Vierge de la Cathédrale de Liverpool, disent que leur système
(i) C'était peut-être vrai en 1872 ; mais pas en 1904, malgré les dires de
certains pontifes parisiens.
(2) Cette anecdote prouve seulement que ce facteur ne savait pas bien faire
le système tubulaire ; il y a encore aujourd'hui dans tous les pays, (et en France,
ils ne sont pas tous en province) des facteurs et des ouvriers facteurs, des orga-
nistes oui, par routine ou ignorance font une opposition ridicule ou intéressée
au système tubulaire ; les archives de la ville de Lille contiennent à ce sujet des
lettres documentaires qui en sont la preuve. — D' G. B.
24
SYSTÈME PNEUMATIQUE & ÉLECTRO-PNEUMATIQUE
tabulaire peut donner mille répétitions à la minute ; ce qui
est beaucoup plus que ne peut le réaliser le doigt du plus
agile organiste ; mais ils ont adopté le système électrique pour
le grand orgue de cette cathédrale, ou la distance entre les
claviers et les tuyaux est trop grande pour assurer tubulaire-
ment une rapidité suffisante dans l'attaque (i).
Concernant l'application courante du tubulaire, nous décrirons
le modèle de M. J. Binns, de Leeds (Angleterre), quej. Matteuws
dans son Manuel de l'orgue, dit être un bon système sans défectuo-
sité : les tubes L correspondant à chaque touche sont fixés dans un
trou communiquant sous des petites membranes P fixées sur
un porte membrane R ; la touche en s'abaissant introduit du
y/A^Ar/-//Ar/M'/^/^//////////^/^///,
'sr//^/^/y^mm^j^/mmmmmmm^/.%mmm0^
FiG. 5
vent dans les tubes L, vent qui, en gonflant les membranes
P, soulève la soupape en forme de bobine S, fermant le
trou T dans le fond du sommier A et, ouvrant une
ouverture semblable T dans le fond de la planche F, ce qui
amène l'échappement de l'air contenu dans le petit soufflet
(i) J'ai vu chez M. Willis les plans du 180 jeux de la cathédrale de Liverpool,
en réalité il y aura 70 pieds anglais, soit 21 mètres, entre la console et l'Echo
placé dans le triforium du côté opposé : et si les fils électriques ont 3oo oieis
= 100 mètres de long, c'est a cause du parcours imposé par des raisons
d'architecture. — D' G. B.
SYSTÈME PNEUMATIQUE & ÉLECTRO-PNEUMATIQUE 25
M qui s'écrase en soulevant la soupape H qui ferme le
trou G en même temps qu'il met le soufflet en commu-
nication avec l'air extérieur. Aussitôt le soufflet E s'écrase sous
la pression du vent du sommier, entraînant la soupape B.
Aucun système tubulaire n'est entièrement satisfaisant si l'on
augmente trop la distance entre les claviers et les sommiers,
cela est dû non pas à une imperfection du plan ou de son
exécution, mais bien aux lois de la physique, l'impulsion
pneumatique voyage relativement d'une façon lente, environ
I .000 pieds (330 mètres) par seconde; dans les grandes
orgues ou nécessairement certains tubes sont courts et d'autres
plus longs, il est impossible d'assurer la simultanéité d'attaque
de tous les claviers accouplés (i). De plus, la sensation spéciale
d'une communication directe du doigt avec les tuyaux,
comme dans le vieux système à traction, n'existe plus (2). Les
facteurs d'orgue et les organistes à idées ouvertes au progrès
pensent que tôt ou tard le tubulaire sera remplacé par le
système électrique ; de fait, en Amérique, le système électrique
est de plus en plus employé en facture d'Orgue, et la
même tendance s'observe dans tous les pays.
BESOIN CRIANT
D'UN SYSTÈME ÉLECTRIQUE
L'exemple de la cathédrale St-Paul, cité plus haut, montre
que déjà on réclamait le moyen de pouvoir jouer l'orgue sur
des claviers situés loin de l'instrument. Dans les cathédrales
l'orgue trônait ordinairement sur un jubé séparant le chœur et
la nef et interceptant la vue. On demandait le changement de
(i) L'auteur confond la vitesse du son avec celle de l'impulsion pneumatique,
il néglige les travaux de Biehle, que j'ai vérifiés expérimentalement, et qui
montrent que, dans une transmission tubulaire d'orgue bien éiablie, le retard est
de 5 millièmes de seconde par mètre, avec des tubes de ô % intérieur, et de
4 millièmes, avec 8 % diamètre intérieur ; une différence de 6 mètres dans la
longueur des tubes donnerait donc 3o millièmes ^ 3 centièmes de su-conde,
retard inappréciable ; la totalité des retards qui est de 1 dixième de seconde, pour
12 mètres de tube, provient d'autres causes, dans la console, les relais, etc., etc.
(2) De même avec le levier de Barker ou le système électrique, lors de mon
premier voyage à Londres, c'est le vénérable facteur Bryceson qui me disait à ce
sujet «comparez le toucher d'un petit orgue à traction directe (comme celle
« d'un ancien Positif par les bascules éventaillées) au toucher d'un orgue avec
« machine pneumatique ou électro-pneumatique interposée ; c'est un peu comme
« si vous embrassiez une jolie cousine, par procuration donnée a un notaire ! »
D' G. B.
26 SYSTÈME PNEUMATIQUE & ÉLECTRO-PNEUMATIQUE
cette position de l'orgue, chose réalisée à St-Paul et dans les
cathédrales de Chester et Durham ; dans les grandes églises
paroissiales le quatuor vocal qui était avec l'orgue dans la
tribune du front ouest disparurent, les chantres furent installés
dans le sanctuaire, laissant l'orgue et l'organiste à la tribune
s'arranger comme ils pouvaient. Dans les cathédrales également
l'organiste se trouvait ainsi fort loin des choristes ; quelle
belle chose s'il avait pu les accompagner étant placé au milieu
d'eux.
Dans une lettre adressée au Musical News en 1890,
H. Willis note qu'on leur avait souvent demandé cette dispo-
sition mais qu'ils avaient refusé parce que « dame nature se
mettait en travers » ; ce qu'elle aurait sûrement fait si l'on
avait employé le système tubulaire (i). Le fait est que jusque là
tous les systèmes électriques essayés avaient montré qu'ils
étaient plus ou moins dignes de confiance, et Willis, qui
désirait conserver sa réputation artistique, ne voulait pas em-
ployer l'électricité (2). Comme exemple de leur imperfection, nous
dirons que l'on considérait une pointe de platine plongeant
dans du mercure, comme étant le meilleur système, comparé
à d'autres contacts devenant inutilisables par une oxydation
rapide.
Vers 1852, le Docteur Gauntlet prit un brevet pour un
système électrique de jonction entre le clavier et les soupapes ;
son idée était de pouvoir faire jouer toutes les orgues placées à
la grande Exposition de Londres, en 1851, par un seul clavier
central ; il proposait de placer un électro-aimant sous chaque
soupape du sommier ; ce qui aurait nécessité une énorme
dépense de courant électrique. L'idée ne fut jamais réalisée,
elle paraît avoir été tentée en 1872, par Wilkinson, facteur
d'orgue à Kendal, mais il l'abandonna après quelques essais.
(i) Plus exactement : Je trouve dans Musical News, 1892, une lettre de Willis
disant : « On nous a souvent demandé de jouer avec les claviers placés dans le
« chœur un orgue situé sur la tribune du portail ouest, mais la Nature empêche
« cette réalisation en limitant la vitesse de propagation du son » ; Le système
tubulaire n'a rien à voir là dedans, car le défaut dû au retard de propaga-
gation du son aurait été le même avec l'électricité ; nous en avons eu des exemples
à Paris, St-Jacques du Haut Pas, Lyon. St-Nizier, la transmission électrique est
quasi instantanée, mais le son prend un certain temps pour venir de la tribune
jusqu'aux oreilles de l'organiste placé dans le chœur, j'en ai fait moi-même
l'expérience dans ces deux églises.
(2) Inexact : L'orgue de la cathédrale de Canterbury avait été doté en
1886, par Willis, d'une transmission électrique, qui a été maintenue depuis.
D' G. B.
SYSTÈME PNEUMATIQUE & ÉLECTRO-PNEUMATIQUE 27
Un orgue à traction directe fut construit par Weiglé, de
Stutgard, en 1870. Malgré des résultats assez défectueux, il
en fit un autre semblable pour l'Exposition de Vienne, en
1873 ; mais à cause de la quantité de courant nécessaire pour
ouvrir les soupapes, les contacts formèrent des arcs d'étin-
celles qui furent la cause d'incendies partiels de cet orgue.
En réalité c'est à Peschard qu'il faut reporter, dès 1866, tout
le mérite du levier électro-pneumatique : Peschard inventa le
système et Barker, son associé, le réalisa dune façon pratique.
MM. Brycesson Frères sont les premiers qui, en Angleterre,
introduisirent le système électro-pneumatique en i868, ayant
obtenu une concession du brevet Peschard-Barker. Leur premier
orgue fut celui de Her Majesty's Opéra, Drury L. Lane, à Londres;
situé derrière la scène, mais avec les claviers dans l'orchestre,
il fonctionna d'une façon parfaite pendant un an, après quoi
il fut démonté et montré comme une curiosité à l'Institut
Polytechnique de Londres, où deux fois par jour on y donnait
des récitals.
Schmœle et MoUs, Debierre, Merklin, Conti, Trice el bien
d'autres furent les pionniers de l'orgue électrique en Europe,
tandis que Roosevelt en fut le grand promoteur aux Etats-Unis.
Beaucoup de constructeurs de différents pays ont depuis fait bre-
veter une foule de petits perfectionnements ou modifications, mais
pas un n'a fait faire un grand pas à la question. Aucun des
anciens systèmes électriques ne se montra assez rapide d'attaque
ni suffisamment à l'abri des dérangements ; de plus leur entre-
tien était très coûteux.
Sir John Stainer, dans l'édition de 1889 du «Dictionary
of Musical terms » expédie la description du système élec-
trique dans un paragraphe de quatre lignes, comme une chose
de peu d'importance (i). En 1889, l'auteur demanda à Monsieur
Wt. Best de venir visiter à Birken Head l'orgue de St-Jean,
dont on commençait à parler ; mais Best sourit à la seule
idée que l'on put faire quelque chose de bon avec une trans-
mission électrique. C'était un homme de grande expérience
qui, donnant des récitals dans toute l'Angleterre, connaissait
très bien toutes les tentatives faites dans ce sens et n'avait
plus souci de voir un orgue électrique (2).
(i) L'auteur devrait dire que dans la 3" édition de son Traité (1877),
Hopkins consacrait déjà 600 lignes à l'orgue électrique.
(2) Voir la note sur Peschard et l'Orgue de Salon {Hors-Texte page 2S).
28 SYSTÈME PNEUMATIQUE & ÉI,ECTRO-PNEUMATIQUE
Cette forme de transmission avait donc une mauvaise
réputation, ne faisait pas de progrès, elle était même presque
abandonnée, quand un électricien ingénieux, Robert Hope-Jones
s'en occupa vers 1886. Ne connaissant rien des orgues, ni
des tentatives antérieures pour leur appliquer l'électricité, il
construisit de ses propres mains, et avec l'aide d'ouvriers
d'occasion pris dans les membres du chœur qu'il dirigeait, la
première console mobile, avec touches d'appel des jeux,
doubles touches, basse appropriée, etc. commandant une trans-
mission électrique qui fit sensation dans le monde des orga-
nistes. Dans ce système le «choc pneumatique» (1) fut pour
la première fois obtenu avec une précision d'attaque et de
répétition dépassant tout ce que l'on pouvait concevoir à cette
époque en matière d'orgues ou de pianos.
Hope-Jones introduisit le contact par des fils ronds qui
constituent des points de frottement parfait, et fit ces contacts
de métaux différents non oxydables, (or contre platine), il
remplaça les règles empiriques par des calculs scientifiques
préconisant la valeur des faibles voltages, des bons isolements ;
il corrigea les inconvénients de la self induction, avec ce résultat
que l'électro-pneumatique bien fait devint aussi sûr que le
mécanisme de tirage par vergette avec ou sans levier pneu-
matique.
DESCRIPTION
DU SYSTÈME ÉLECTRIQUE
Le système électrique est réalisé par des petits soufflets,
comme ceux de la machine de Barker mais, au lieu que la
petite soupape y introduisant le vent, soit actionnée par un
tirage venant du clavier, cette soupape est ouverte par un
électro-aimant, excité par un courant établi quand la touche
s'abaisse, courant transmis au moyen d'un fil auquel on peut
donner la longueur désirée.
( I ) Le « choc pneumatique » produit par l'entrée subite du vent dans les gra-
vures du sommier est identiquement le même, que le levier pneumatique Ouvrant
la soupape soit chargé ou déchargé par une transmission mécanique, tabulaire
ou électrique. Peu d'organistes peuvent, ou ont besoin, d'abaisser cinq fois une
touche par seconde ; rapidité de répétition déjà obtenue par une bonne méca-
nique ou un bon tubulaire. — D' G. B.
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D' Albert PESCHARD
INVENTOR OF ÉLECTBO-PNEUMATIC ACTION".
Albert Peschard, né à Caen en i836, était Docteur en Droit, très versé
dans les sciences naturelles et fut organiste de Saint-Etienne, de Caen, de 1857
à 1875. C'est vers 1860 qu'il commença ses recherches persévérantes sur l'appli-
cation de l'électricité aux grandes orgues, et se lia avec Barker par une colla-
boration toute scientifique et complètement désintéressée.
L'appareil électrique qu'il breveta en 1862 et i863, avec levier pneumatique
intérieur et soupape à double eflFet, constitue le principe de toutes les variétés
actuellement en usage ; l'action d'un électro sur une soupape à perforations
miltioles est déjà décrite dans ces brevets. Les orgues de Saint-Laurent, de Salon
{1866), et de Saint-Augustin, de Paris (1868). furent suivies des grandes orgues
de Saint-Pierre, de Montrouge i86g, cù Peschard et Barker appliquèrent des
moteurs pneumatiques en série, dont le p'us petit était commandé par un
électro-aimant de très faible puissance ; disposition typique recopiée à l'envi,
sous des noms dilîérents, par nombre de facteurs.
Quand Barker quitta la France, l'entretien des orgues de Saint-.\ugustin
fut confié à M. Paul Férat, avec lequel M. Peschard réalisa l'es derniers modèles
présentés ^i l'Exposition de 1900 ; perfectionnements qui obtinrent une médaille
d'or. M. Peschard mourut en 1903.
Si Sir John Stainer et M. Best étaient allés à l'Église St-Laurent de
Salon, en 188g, ils auraient trouvé l'orgue construit en 1866 par Peschard et
Barker (donc le doyen des orgues électriques) fonctionnant sans interruption
depuis 23 ans; j'ai moi-même revu cet orgue en 1912, il fonctionne très bien
avec les électro-aimants, placés par Barker, 46 ans auparavant, et avec les
contacts à mercure datant de la construction de l'orgue qui n'a jamais été
restauré, mais simplement nettoyé.
C'est un orgue de 28 jeux à 2 claviers, qui sonne bien dans cette grande
église à une seule nef ; il attaque vivement avec des électro-aimants, prenant
5 i 6 dixièmes d'ampère avec 8 volts, pour soulever directement la soupaoe de
décharge d'un levier pneumatique renfermé dans la lave. Peschard et Barker
construisirent aussi les orgues ae Saini-Augustin et de Montrouge à Paris, ce
dernier fut incendié pendant le siège de 1870, par une bombe.
Ce que de modestes organistes de province, IVIM. Payen et Franc, ont S'i
faire à Salon pour conserver cet orgue historique, aurait pu être sûrement
réalisé à Saint-Augustin, à Paris, où le même système de transmission électrique
qu'à Salon a été enlevé et remplacé par l'ancien levier pneumatique ; C' Hinton
dans son « Story of Electric Organ » s'étonne de ce fait, qu'il appelle un «déplo-
rable art of vandalism »,
SYSTÈME PNEUMATIQUE & ÉLECTRO-PNEUMATIQUE
29
Nous donnons les détails d'une des dispositions inventées
et employées par Hope-Jones. Dans l'orgue, les fils arrivant du
clavier sont reliés à de petits électro-aimants bobinés de façon
à supprimer l'étincelle de rupture ; cet électro attire une mince
rondelle de fer (d'environ 6 millimètres de diamètre) soulevée
par la pression du vent et l'abaisse d'une distance inférieure à
un centième de pouce soit ^ 1/2 de millimètre. Le fonction-
nement est le suivant ; la boîte A est reliée à la soufflerie
donc remplie d'air sous pression ; cet air passe entre les pôles
de l'électro M, soulève et plaque le petit disque de fer J
contre l'ouverture H, et d'autre part s'introduit, par le conduit
FiG. 6
L, dans le petit soufflet M, qui ainsi gonfle, ferme la sou-
pape C I, et ouvre la soupape C 2. Dans ces conditions, le
grand soufflet B s'aplatit et le tirage P, qui agit sur la sou-
pape du sommier, remonte.
Maintenant, si un très faible courant est envoyé dans
l'électro N, la petite rondelle armature J s'éloigne de H par
l'attraction de N et retombe sur la lame de zinc K. Aussitôt
l'air comprimé, gonflant le petit moteur M, s'échappe par le
passage E M et à travers les trous H découverts par l'abais-
sement de J. L'air comprimé de la boîte A aplatit alors le petit
moteur M qui, se relevant, ouvre par E la soupape de charge
C 1, en fermant la soupape de décharge C 2 ; aussitôt le vent
30
SYSTÈME PNEUMATIQUE & ÉLECTRO-PNEUMATIQUE
de A rentre dans le moteur B, qui en se gonflant, tire le fil P,
et par suite ouvre la soupape du sommier alimentant les tuyaux.
Les ouvertures dans la pièce H, que vient boucher l'arma-
ture J, sont formées de petites fentes longues et étroites ; par
suite le moindre abaissement de J, suffit pour ouvrir com-
H
-7-
/■
K
KiG. 7
plètement 2 longues fentes formant décharge. Ce mouvement
est de ^ de millimètre ; par suite J est toujours très rapproché
des pôles de l'électro, et le moindre courant suffira, avec
l'aide de la pesanteur, pour décoller J des ouvertures H. La
plaque de zinc K, étant en contact intime avec les noyaux
SYSTÈME PNEUMATIQUE & ÉLECTRO-PNEUMATIQUE 31
de fer de lelectro, les empêche de se rouiller. Toutes les
parties sont métalliques de façon que les variations de la
température ne peuvent modifier leurs positions relatives.
R est le point de charnière du grand moteur B, G est
un ressort maintenant la pièce H en position. O sont les
câbles d'apport du courant ; CL la planche dévissable pour
visiter le compartiment A. La figure 7 représente à plus grande
échelle la plaque K dans laquelle les pôles de l'électro sont
solidement fixés ; un morceau de fine mousseline M (indiquée
par un trait un peu plus épais) empêche les grains de pous-
sière de s'interposer entre l'armature de fer doux J et l'ouverture
H Au-dessus de H, il y à aussi une autre pièce de mous-
seline pour empêcher l'arrivée de la poussière extérieure sur
J : tout l'appareil étant métallique reste insensible aux variations
de température et d'humidité.
L'emploi de l'électricité rend possible l'éloignement des
claviers placés ainsi sur une console mobile, rattachée à l'ins-
trument par un câble qui peut avoir aussi bien 50 pieds qu'un
kilomètre de long ; cette disposition peut être vue au collège
de la Ville de New-York, où la console de l'orgue (construit
par M. Skinner) peut être transportée sur la plate-forme quand
un organiste donne un récital et retirée quand la plate-forme
doit être occupée par d'autres exécutants. Comme tout le vieux
mécanisme : bascules abrégé, rouleaux, vergettes, est mainte-
nant enlevé, on peut, en mettant la soufflerie à la cave,
utiliser l'intérieur du soubassement du buffet comme un ves-
tiaire pour les choristes : chose que fit Hope-Jones dans son
premier orgue à Saint-Johns Birkenhead.
ORGUE DIVISÉ
Avant l'invention des systèmes tubulaire et électro-pneu-
matique, les orgues étaient invariablement construites d'un seul
bloc, on pouvait trouver quelques instruments à traction méca-
nique divisés en deux de chaque coté du sanctuaire, mais ces
exemples n'étaient pas communs et il était difficile, même pour
un organiste bien musclé, de jouer de pareils instruments ;
la perfection du tubulaire pneumatique a donné des facilités
merveilleuses et a permis de mettre des instruments dans des
positions autrefois jugées impossibles pour un orgue. Presque
32 SYSTÈME PNEUMATIQUE & ÉLECTRO-PNEUMATIQUE
tous les grands facteurs ont travaillé dans ce sens là, mais
la O" Eolian a eu, la première, la notion de cet avantage
pour le placement des orgues dans des maisons privées.
Des réflecteurs de sons ont été récemment introduits, et
dans l'avenir, ils sont appelés à jouer un rôle important en
facture; jusqu'ici ils n'ont été employés que par Hope Jones
et les firmes dont il a été l'associé. On a démontré que les
ondes sonores peuvent être rassemblées, concentrées puis dis-
persées tout comme les ondes lumimeuses ; ainsi l'orgue
de Hope-Jones à Océan Grove, a la plus grande partie de
ses tuyaux placés dans un sous-sol construit hors de la salle
du concert ; les ondes sonores sont lancées vers le haut et
dispersées dans l'auditorium à l'aide de réflecteurs paraboliques
constitués par du ciment recouvert de bois. L'effet est excel-
lent ; à la Cathédrale de la Trinité (Cleveland, Ohio) Hope-
Jones a disposé le tuba dans le sous-sol à un bout de
la nef ; le son est dirigé contre un réflecteur en ciment qui
le projette à travers un grillage métallique scellé dans le dal-
lage, pour aller frapper le plafond de la nef, d'où il se dis-
perse dans toute la cathédrale. A l'église de Saint-Luc de
Montclair, on a suivi la même disposition pour le trente-deux
pieds ouvert de pédale, couché à plat dans le sous-sol. Nous
croyons que cette disposition a été employée, pour la pre-
mière fois en 1892, par Hope-Jones, quand il reconstruisit
l'orgue de la résidence de Monsieur Martin White, Baruddery,
près Dundee.
ACCOUPLEMENTS D'OCTAVES
Dans le vieux système mécanique, tout accouplement était
une source d'ennuis et de dureté pour les claviers, avec le
résultat que l'on ne dépassait guère l'accouplement à l'unis-
son. Dans quelques orgues il n'y avait même pas d'accou-
plements ; dans le fameux orgue de Schulze à Doncaster, il
était impossible d'accoupler les manuels à la pédale ; et, si
nos souvenirs sont exacts, il y avait seulement deux accouple-
ments en tout. Après l'introduction du levier pneumatique
on vit apparaître l'accouplement d'octaves. Dans l'orgue typique
d'Hope-Jones à Birkenhead un grand pas fut soudainement
fait, il ne contient pas moins de dix-neuf accouplements ; non
seulement les accouplements d'Octaves aiguës et graves s'y
ORGUE DE SAINT-LAURENT, à SALON (Bouches-du-Rhône)
QUI FUT LE PREMIER CONSTRUIT AVEC UNE TRANSMISSION ÉLECTRIQUE DÈS 1866
MM. FRANC PERE & FILS, ORGANISTES DE SAINT-LAURENT
QUI ONT SU ARTISTIQUEMENT
ENTRETENIR EN BON ÉTAT CET ORGUE HISTORIQUE.
SYSTÈME PNEUMATIQUE & ÉLECTRO-PNEUMATIQUE 33
trouvent nombreux, mais il y a même un accouplement du
Récit sur la Pédale à la quinte.
Maintenant tous les facteurs mettent des accouplements
d'octaves, beaucoup de théoriciens les condamnent, mais sans
aucun doute, pratiquement, ils ajoutent d'une façon indiscu-
table aux ressources d'un instrument. Nous connaissons même
de petites orgues dans lesquelles on a mis l'électricité, sim-
plement pour avoir des accouplements d'octaves sans accroître
la résistance des claviers (i).
Hope-Jones paraît avoir été le promoteur de l'addition des
tuyaux supplémentaires sur le sommier, pour donner à l'orga-
niste, avec l'accouplement à l'octave, une extension réelle des
claviers dans l'aigu (2). C'est une chose pratiquement réalisée en
Angleterre ; la Compagnie Austin fait de même et l'usage s'en
est généralisé, c'est le système décrit dans les catalogues sous
le nom de Sommier à Extension, expliquant pourquoi les jeux ont
soixante-treize tuyaux pour un clavier de soixante et une
notes ; un accouplement d'octaves, sans ce prolongement, est
incomplet et n'est pas plus honnête qu'un jeu dont la basse
ne dépasserait pas l'ut à quatre pieds (Ténor C).
(i) Le système tubulaire aurait donné le même résultat ; l'on peut y mul-
tiplier les accouplements sans modifier cette légèreté de toucher, contre laquelle
quelques organistes, habitués aux claviers commandant des vergettes, s'obsti-
nent, en osant dire que tout doigté lié est impossible sur un tubulaire ! Des
organistes réputés de Paris osent même l'écrire en igiS I
''(2) Le mot «paraît» est exact car Barker (comme beaucoup d'autres) a
employé souvent une octave aiguë avec des tuyaux réels; notamment à St-Nicolas
de Toulouse, où elle fonctionne depuis 60 ans au moins. — D' G. B.
LUTH ET OBGUE PORTATIF
CHAPITRE Y
REGISTRES PAR TOUCHES (Stop Kcys)
En regardant la console d'un orgue moderne, on est
frappé de la disparition des boutons de tirage de jeux, s'ils y
sont encore on trouvera en plus une rangée de petites
tablettes basculantes, en ivoire, avec inscription, rappelant des
dominos rangés au-dessus du clavier supérieur, duand tous
les anciens boutons de jeux sont absents, nous trouvons une
rangée, quelquefois deux, de ces petites tablettes ; on les
appelle touches de jeux (stop keys), elles balancent sur leur
centre et commandent les registres des jeux sur le sommier,
appellent ou suppriment les différents accouplements entre les
claviers. Nous avons appris, par le D'' Bédart, que, déjà en
1804, à la Métropole d'Avignon, Piantanida avait un arrange-
ment rappelant les «stop keys» , en 1877, William Klarke
faisait breveter une forme spéciale de «stop keys», néanmoins
on regarde Hope-jones comme ayant introduit le premier des
touches de jeux vraiment pratiques employées si fréquemment
aujourd'hui et adoptées en Angleterre, puis en Amérique et
dans le monde entier. Notre gravure (fig. 8), donne une
bonne idée de l'aspect d'une console moderne de Hope-jones,
les «stop keys» sont arrangées en un demi-cercle, dont le
plan est incliné en encorbellement, au-dessus des claviers ; la
fig. 9, montre une console de Hennet, les fig. 10 et 11, des
systèmes mixtes : car la tablette basculante s'y trouve employée
seulement pour les accouplements. Actuellement, on discute
beaucoup pour savoir si les stops keys remplaceront définiti-
vement les anciens boutons de tirage ; quelques organistes
REGISTRES PAR TOUCHES (Stop Reys)
â&
éminents, tels Edwin H. Lemare, y sont très opposés, mais
dans la jeune génération d'organistes, la majorité fait un
chaud accueil à la nouvelle méthode. 11 est significatif qu'après
que Hope-Jones se fut montré, pendant des années, le seul avocat
des «Stop keys», maintenant quatre ou cinq facteurs américains
et une douzaine de facteurs étrangers les emploient exclusive-
ment. Austin Skinner, Norman et Beard, Ingram et d'autres,
emploient le modèle Hope-Jones, tandis que Askaall Bennett,
Hèle, Walker, Puget, Voit and Sohn, etc., etc., ont chacun
FiG. 8
leur modèle, il est regrettable que les facteurs ne se soient
pas mis d'accord sur un modèle unique ; après les avoir
essayées et pratiquées, les organistes trouvent que cette rangée
de touches de jeux, placées au-dessus des claviers manuels,
est très aisée à manœuvrer, car on peut en glissant le doigt
le long de la rangée amener ou supprimer tous les jeux de
l'orgue.
36
REGISTRES PAR TOUCHES (Stop Reys)
COMBINAISON DE JEUX
Autrefois, il fallait tirer tous les jeux avec la main, et
par suite, durant l'exécution, l'organiste ne pouvait faire que
peu de changements dans la registration ; dès 1809, des
pédales, pour amener ou , supprimer diverses combinaisons de
jeux avaient été introduites par J.-C. Bishop ; Willis introduisit
rapfA
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''^^
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FiG. 9
vers 1851, les boutons à pression placés au-dessous du clavier
dont il commandait certains groupes de jeux. C. Lewis intro-
duisit plus tard de petites touches disposées au-dessus du
fronton de chaque manuel, leur abaissement appelait diffé-
rentes combinaisons de jeux, et Hope-Jones, de même que
la Austin Organ C» ont quelquefois adopté cette disposition ;
enfin, des boutons de métal placés sur le dessus du pédalier
se rencontrent dans les orgues de l'ingénieux facteur canadien
Casavant. Beaucoup les emploient maintenant, et leur usage se
généralise, ces pistons à la pédale sont une heureuse addition
REGISTRES PAR TOUCHES (Stop Keys)
37
pour appeler les jeux ou les enlever. Primitivement tous ces
systèmes actionnaient des combinaisons de jeux fixés une fois
pour toutes, par le facteur, mais maintenant on emploie des
combinaisons dites « ad libitum » ; l'organiste choisissant chaque
fois les jeux qu'il veut appeler par la pédale, le piston ou
la bascule tablette de combinaison. Hilborne Roosevelt, de
New- York, paraît devoir en être considéré comme l'inventeur ;
FiG. 10
mais le Docteur Bédart a trouvé dans les orgues (i) de Pianta-
nida, un rudiment de pédales combinant l'appel des jeux
« ad libitum ». L'introduction de ces moyens de changer
rapidement les jeux, a révolutionné tout un côté de l'art de
jouer de l'orgue, en rendant possible l'exécution des transcrip-
(i) Dans l'orgue de Piantanida, à la Métropole d'Avignon, les jeux se tirent
en poussant de droite à gauche des poignées horizontales. Un mécanisme très
simple permet de pousser plusieurs de ces poignées à la fois ; au moyen d'une
pièce mobile, on leur donne une saillie plus grande contre laquelle vient buter,
en les entraînant, une barre commandée par la pédale de combinaison ; et les
seuls jeux ainsi préparés sont appelés. Cet orgue, construit en i8o3, possède
donc un appel de jeux choisis ad libitum, m&is l'orgue de chœur construit en 1904
par un facteur parisien dans cette même église, n'en contient pas ! — D' G. B.
38 REGISTRES PAR TOUCHES (Stop Keys)
lions orchestrales, maintenant si répandues dans les récitals
d'orgue en Angleterre et en Amérique. Par raison d'économie,
beaucoup de facteurs américains et allemands ont adopté le regret-
table usage d'avoir des pédales, pistons ou bascules de com-
binaison, agissant sans remuer les boutons de tirages de
jeux, ce qui force l'organiste à se rappeler les jeux qu'il a tem-
porairement disposés sur la combinaison, ou nécessite l'emploi
d'un indicateur lui montrant les jeux groupés sur le piston ou la
pédale de combinaison.
Dans le grand orgue de la Chapelle Commémorative de
Guillaume p"" à Berlin, le facteur emploie dans ce but une
série de petits disques qui s'illuminent électriquement (i) ;
sans ces indicateurs, l'exécutant doit garder un souvenir exact
des jeux qu'il a groupés sur chaque piston ou pédale de
combinaison et les identifier instantanément avec les chiffres
montrés par l'indicateur, ce qui complique beaucoup les chan-
gements de combinaison «ad libitum» ; beaucoup des meilleurs
organistes rejettent les combinaisons qui ne font pas remuer
en même temps les tirages de jeux.
(i) La même disposition existe à la cathédrale de Genève, où Tchanun a mis
pour chaque rangée de combinaison des index lumineux de couleurs diiréren- .
tes, l'organiste voit donc immédiatement les jeux préparés pour chaque combi-
naison, dont l'appel est indiqué par l'illumination d'un index de même couleur,
procédé très employé en Allemagne. ^ D' G. B.
UN FACTEUR DU BON VIEUX TEMPS
ACCORDANT UN PETIT ORGUE
DIT POSITIF
CHAPITRE YI
PEDALIER RAYONNANT & CONCAVE
Les pédaliers avaient toujours été faits plats, avec des
touches parallèles, jusqu'au moment où Willis et le grand
Organiste Dr. S. S. Wesley, imaginèrent le pédalier rayonnant
et concave, au moyen duquel toutes les touches se trouvaient
placées à égale distance du pied de l'exécutant. Ce modèle
fit sa première apparition en 1855 dans l'orgue de St-Georg's
Hall à Liverpool ; et depuis Willis refusa de placer tout autre
modèle de pédalier dans les orgues qu'il construisit. Chose
curieuse : les avantages de ce pédalier ne furent pas appréciés
par beaucoup d'exécutants qui préférèrent l'ancien modèle ; ce
fut seulement en 1890 que la Conférence du Collège Royal
des Organistes de Londres se décida à recommander un péda-
lier concave, mais avec les touches parallèles ; la lettre suivante
adressée à l'auteur montre que la R. C. O- a changé d'opinion.
COLLEGE ROYAL OF ORGANISTS
Londres, 37 Mai 1909.
Cher Monsieur,
« En réponse à votre demande, les résolutions et recomman-
)) dations dont vous me parlez ont été abrogées par le CONSEIL
» il y a déjà quelques années ; actuellement nous ne recommandons
» officiellement aucun système ; dans notre Annuaire, le Conseil du
» Collège des Organistes désire qu'il soit entendu que les arrangements
» et mesures de l'orgue du Collège ne doivent pas être regardés
» comme des suggestions ayant un caractère impératif. »
Votre très dévoué,
Le Secrétaire :
Thomas Sclinder.
40 PÉDALIER RAYONNANT & CONCAVE
Le pédalier rayonnant et concave a été adopté par la
corporation des Organistes Américains et considéré comme le
modèle type pour les meilleures orgues Américaines et Cana-
diennes. Il va de soi que ce pédalier est plus coûteux, c'est
pourquoi on ne le trouve pas dans les orgues bon marché.
11 y a vingt ans, le pédalier Américain avait deux octaves
et deux notes, quelquefois seulement deux octaves, puis on
arriva aux trente notes, étendue ordinaire des pédaliers
Anglais. A la suite de Hope-Jones, les bons facteurs mettent
trente-deux notes, étendue utile pour certaines pièces de Bach
et de l'Ecole Française, où une mélodie est jouée par le
pied droit et sa basse par le pied gauche. La raison c'est
que le sol aigu du pédalier correspond ainsi au sol de la
contre-basse à corde ; Henri Willis, dans sa reconstruction de
1898, a également mis trente-deux notes à la pédale de l'orgue
de Saint-Georges Hall de Liverpool.
REGISTRATION DE LA PÉDALE
Pendant longtemps, il n'y eut aucun moyen de contrôler
les jeux de la pédale et les accouplements, puis graduellement
on voulut que les pistons et pédales de combinaisons du clavier
de Grand Orgue d'abord, et des autres claviers ensuite, eussent
une action sur les jeux de pédales et les accouplements, de
façon à fournir une basse convenable pour chaque combi-
naison spéciale appelée sur les claviers manuels. D'abord ce fut
un .système assez primitif, plutôt une gêne qu'une aide pour
l'exécutant ; et malheureusement, pas mal de facteurs routi-
niers conservent ce vieux système, qui oblige souvent l'organiste
à se priver de la pédale de combinaison (alors qu'il désirerait
en user), par crainte de jeter le désarroi dans les jeux et accou-
plements du pédalier.
Le fameux organiste anglais W. T. Best, en parlant de ces
systèmes, rappelait une pièce d'orgue bien connue : Le Concerto
de flûte de Rinck, demandant de fréquents changements au Récit,
et au Grand Orgue et vice versa ; et il ajoutait : je ne connais
pas d'instrument sur lequel on puisse le faire aisément en
Europe. Pour surmonter cette difficulté, on fit usage de deux
claviers de pédales, l'un au-dessus de l'autre, disposition qui n'eut
pas de succès. Le brevet de Hope-Jones (1889), qui applique
aux pédales et aux boutons de combinaison la double touche, fut
PEDALIER RAYONNANT & CONCAVE 41
un progrès en permettant, par une pression légère, d'appeler
seulement les jeux des manuels, puis, par une pression beau-
coup plus forte sur la pédale ou piston de combinaison,
d'introduire les jeux de pédales et les accouplements. Beaucoup
de grands orgues modernes possèdent une pédale spéciale pour
changer la tirasse de Grand Orgue. A défaut d'autres moyens,
cette pédale est utile, mais c'est un pis aller.
Thomas Casson, de Denbigh, pays de Galles, inventa en 1884,
le Duplication, système un peu encombrant mais artistique, il mit
en double tous les boutons de jeux commandant les accouplements
et les jeux de Pédales ; il mit une série avec les jeux de
Grand Orgue, une autre avec les jeux du Récit, une troisième
avec ceux du Positif ; puis au-dessous de chaque manuel
il plaça son bouton spécial Aide de pédale « Pedal Help » ; en
jouant sur le Grand Orgue et touchant le « Pedal Help », il
appelait le groupe des jeux de Pédale placés dans la section
des jeux du Grand Orgue ; en touchant le « Pedal Help » du
Récit, le groupe des jeux de Pédales convenables pour le
Grand Orgue disparaissait, étant remplacé par un groupe de
jeux de Pédale convenables pour les jeux tirés au Récit.
De cette façon, on pouvait préparer à l'avance les jeux de
Pédales convenant pour les jeux tirés à chaque clavier manuel,
et, en louchant le Pedal Help, on appelait instantanément les
jeux de Pédale convenables. Les pédales de combinaisons action-
nant les boutons de jeux des manuels faisaient également
mouvoir les boutons des jeux de Pédale correspondants.
Mais le plus simple et le meilleur moyen de venir en
aide à l'organiste pour le contrôle des jeux tirés à la Pédale,
est celui breveté par Hope-Jones en 1891 sous le nom de
« Basse convenable automatique ». Dans ce système, au-dessus
de chaque rangée des dièses, il y a une tablette basculante ;
en la pressant modérément, elle met en mouvement les jeux
de Pédale et les accouplements, formant une basse conve-
nable pour les jeux tirés à ce manuel ; en la pressant plus
fort elle reste bloquée, pour ne se décrocher que lorsque l'organiste
touche la bascule de Basse automatique d'un autre clavier, ou
même un autre jeu de Pédale. Quand la Basse automatique
d'un manuel est ainsi bloquée, les jeux et accouplements de
la Pédale sont mus automatiquement, de façon à donner tou-
jours un groupe de jeux de Pédale d'une force convenable pour
les jeux et les accouplements tirés sur chaque clavier manuel.
42 PÉDALIER RAYONNANT & CONCAVE
En touchant la Basse Automatique d'un manuel, la tablette
poussée à bloc pour un autre clavier est décrochée, et les jeux
et accouplements de pédale seront de nouveau groupés pour
former une basse convenable de ce dernier manuel, jusqu'à ce
que la tablette de pression automatique pour ce clavier soit
elle-même relevée. La Basse Automatique n'apporte aucun
obstacle à l'usage normal des touches de jeux, ni des pédales ;
car, dès que l'on abaisse une touche de jeu, la Basse Automatique
est immédiatement dégagée ; les pédales et pistons de combi-
naisons ont aussi la double touche : une pression légère
donne les jeux des manuels, une pression forte donne la pédale
appropriée.
Dans les grandes orgues, deux ou trois pistons actionnés
par la pression du pied, donnent aussi un contrôle indépendant
des jeux de Pédale, ainsi si le pied enfonce un de ces pistons,
immédiatement toutes les pédales automatiques bloquées sont
dégagées, et de même tous les jeux de Pédale et accou-
plements que l'organiste avait déjà préparés pour ce bouton
de pédale sont introduits. Le plan de Hope-jones semble
laisser peu de place pour de nouveaux perfectionnements,
et on le considère comme plus grande ressource mise à la
disposition de l'exécutant, depuis l'invention des pédales de
combinaison. M. Compton de Nottingham, facteur très progressif
et très artiste, met déjà une Basse Convenable Automatique
dans ses orgues et bientôt ce système sera généralement
adopté (i).
M. Elliot Vice- Président de la « Austin Organ Co »,
à son retour d'Angleterre, nous disait que Compton était le
facteur qui lui paraissait faire le travail le plus artistique en
Angleterre ; M. Compton s'inspire beaucoup des idées de
Hope-Jones, et il a le bénéfice des conseils et de l'assistance de
Monsieur J. Martin White, un homme très épris des choses
d'art, et grand actionnaire dans la réorganisation et l'agran-
dissement de la Société John Compton Limited.
(i) Les systèmes tubulaires et électriques pour tirer les jeux soit indépen-
damment, soit collectivement par groupes fixes ou groupes préparés ad libitum,
soit par pédale de crescendo, permettent actuellement des solutions multiples
pour fournir une pédale convenant aux jeux tirés à chaque manuel. Mais il est
certain que les perfectionnements de M. Hope-Jones ont bien obtenu (notam-
ment avec la double touche) la quintessence des solutions possibles en ce genre.
D' G. B.
CHAPITRE YII
MOYENS D'OBTENIR L'EXPRESSION
r Pédale de crescendo.
Dans beaucoup d'orgues américaines, allemandes, et quel-
quefois dans d'autres pays, on trouve une pédale à bascule dont
le mouvement appelle les différents jeux et les accouplements
l'un après l'autre, du ppp au fff ; permettant de grossir ou de
diminuer la sonorité graduellement sans toucher ni registre, ni
accouplements, ni piston de combinaison ; c'est la pédale de
crescendo peu employée en Angleterre, où même on la regarde
comme une facilité réservée pour les organistes peu habiles,
ajoutant que c'est la chose la plus anti-artistique, car on peut
introduire ou retirer des jeux au milieu d'une phrase, au
lieu que ce "Soit au commencement ou à la fin de cette phrase
musicale. Malgré ce défaut apparent, beaucoup de nos meilleurs
organistes américains la considèrent comme une chose fort utile,
nous croyons que la première pédale de crescendo a été
placée par le facteur Steere, dans l'orgue de l'église presby-
térienne de Syracuse (Etat de New- York).
2» Pédale de Sforzando.
Double touche.
Sous le nom de « Sforzando Coupler », le dictionnaire de
Stainer décrit, avec figures, un système par lequel on pouvait
jouer le Grand Orgue par le clavier du Récit ; son action
étant introduite et retirée par une pédale, il était donc possible
44 MOYENS D'OBTENIR L'EXPRESSION
d'accentuer fortement le premier temps de chaque mesure dans
le style d'orchestration des grands maîtres. Hope-Jones dans
son « pioneer organ » à St. Jean de Birkenhead, avait mis une
pédale appelant le tuba sur le Grand Orgue ; la pédale se
relevait par un ressort, dès que le pied ne l'enfonçait plus.
Quelques beaux effets étaient ainsi obtenus, mais natu-
rellement tout le clavier était ainsi accouplé, et on ne
pouvait frapper que des accords.
Bien des facteurs ont inventé des systèmes compliqués,
pour mettre en dehors la mélodie ; mais tous ont été sur-
passés par la double touche ; sur un clavier muni de la
double touche, une pression plus énergique du doigt permet
aux touches déjà enfoncées, de descendre encore d'environ
trois millimètres, et de faire parler les jeux tirés sur un autre
clavier : ainsi jouant au Récit, vous pouvez faire parler les notes
désirées des jeux déjà tirés au Positif, en appuyant très fortement
sur les touches correspondantes du Récit; de même en jouant au
Grand Orgue, la double touche fera parler le tuba ou la trom-
pette ; il devient alors possible de jouer un choral à quatre
parties au Récit, et de faire ressortir le thème sur la clari-
nette du Positif, ou de jouer au Positif et de faire ressortir
la mélodie sur la voix humaine ou la trompette du Récit,
ou encore de jouer une fugue avec le Grand Orgue entier
et de faire ressortir le sujet de la fugue (toutes les fois
qu'il réapparaît au soprano, au ténor, à l'alto ou à la basse)
par une pression plus énergique qui fera parler la trompette
tirée à un autre clavier.
Dans les dernières orgues de Hope-Jones, on peut appeler
des jeux individuels en seconde touche, sans même passer
par des accouplements de claviers.
3° Pédale d'expression à bascule.
11 y a quelque cinquante ans, les jalousies d'expression
de presque toutes les orgues étaient disposées pour se fermer
par leur propre poids ou par un ressort de rappel ; l'orga-'
niste pouvait laisser la boîte ouverte au moyen d'un cran
d'arrêt ou la laisser fermée, mais quand il désirait avoir la
boîte à moitié ouverte, il lui fallait la maintenir au degré
voulu avec le pied, ou par des crans intermédiaires.
En 1863, l'introduction de la pédale d'expression équili-
MOYENS D'OBTENIR L'EXPRESSION
45
brée à bascule par Walcker, a considérablement augmenté les
ressources expressives de l'orgue ; cette pédale est universel-
lement employée en Amérique, mais chose étrange, dans le
pays ou la boîte d'expression fut inventée, en Angleterre
vers 171 2, elle n'est pas totalement appréciée ; et même en
1913, beaucoup d'organistes Anglais préfèrent la vieille pédale
à ressort. Dans les orgues récentes de la « Hope-Jones
Organ Company » un progrès nouveau a été fait, en per-
mettant à l'organiste de modifier l'ouverture de la boîte
v-^ ev.;'<Sg^»»^î
KiG. 11
expressive aussi bien avec ^ les doigts qu'avec les^ pieds?;
chaque pédale d'expression à bascule porte un indicateur, fixé
au-dessous du pupitre portant la musique, donc bien visible.
Quand l'organiste ouvre la boîte d'expression, l'indicateur se
meut d'environ 35 millimètres, dans une direction, quand il
la ferme, l'indicateur revient en sens inverse, ainsi l'organiste
sait toujours le degré d'ouverture de la boîte expressive. De
46 MOYENS D'OBTENIR L'EXPRESSION
plus, au moyen d'un mécanisme électrique, l'indicateur est
relié à la pédale expressive, de façon que le plus léger mou-
vement sur l'indicateur lui-même, dans un sens ou dans l'autre,
actionnera l'ouverture ou la fermeture de la boîte expressive
au degré voulu.
Quand un orgue renferme quatre ou cinq boîtes expressives,
et quand ces boîtes, comme dans les orgues d'Hope-Jones,
modifient la puissance dans le rapport de un à cent ; il est
tout à fait important que l'organiste ait constamment sous
l'œil le contrôle complet du degré d'ouverture des différentes
boîtes expressives, sans avoir à regarder sous les claviers.
Hope-Jones met aussi une pédale générale d'expression
sur laquelle, comme sur son indicateur, on peut à volonté
amener une ou toutes les autres pédales expressives. Le même
facteur a aussi trouvé le moyen d'actionner l'ouverture des
lames expressives par les claviers et d'obtenir ainsi des effets
de sforzando. Quand l'organiste introduit ce système sur un
clavier, immédiatement les lames d'expression s'entrouvent un
peu plus qu'elles ne l'étaient par la position de la pédale
expressive, mais dès que l'on touche ce clavier, elles se fer-
tnent un peu pour reprendre la position obtenue par la
pédale d'expression ; le résultat donne un certain accent à
à l'attaque au commencement de chaque phrase, un peu
comme l'effet obtenu à l'orchestre. Ces systèmes ne peuvent
s'appliquer qu'aux orgues ayant des péd;iles d'expression à
bascule.
Boîte Expressive (anglais : Swell Box).
Callemand : Schwell werke).
L'invention de la boîte expressive est généralement
attribuée à l'Anglais Abraham Jordan, c'est en 1731 qu'il
montra à l'Église Saint Magnus de Londres, son expression dite
à « tête de cheval» (nag's Head Swell^ ; ce système, avec
sa grande cloison grillée glissante, fut bien vite remplacé par
les jalousies ou lames pivotantes à la Vénitienne qui devinrent
d'un usage universel. Au commencement de la période que
nous considérons, il y a 50 ans, les boîtes expressives étaient
presque toujours faites avec des parois minces, dont l'effet sur
la force du son était faible.
MOYENS D'OBTENIR L'EXPRESSION 47
Willis, le premier, a réalisé les possibilités artistiques d'un
grand récit expressif, et, dans la plupart de ses orgues, nous
trouvons d'épaisses parois avec des lames bien ajustées
et souvent même à Pintérieur de cette première boîte, une
seconde contenant les jeux d'anches délicats comme la voix
humaine et le hautbois. Maintenant tous les bons facteurs
font des boîtes épaisses, et il n'est pas rare de trouver des
parois de 75 millimètres d'épaisseur, assourdies avec de la
sciure de bois remplissant l'intervalle des panneaux qui les
constituent. Le facteur Hutchings, et beaucoup d'autres,
emploient un double jeu de lames expre.ssives, de façon que
les ondes sonores, après avoir traversé les premières lames, ont
ont à traverser les secondes, ce qui améliore les effets de
crescendo et de diminuendo.
Mais Hope-Jones, par l'adoption des principes scientifiques
a décuplé l'efficacité de la boîte expressive, il a remarqué que
le bois, employé jusqu'ici dans leur construction, est un des
meilleurs conducteurs du son que l'on connaisse, il ne faudrait pas
l'employer ; les résultais donnés avec des chambres expressives
en briques, pierres ou ciment (cathédrale de Worcester, Me Ewan
Hall Edinburgh, Océan Grove, New jersey, etc..^ marquent
l'aurore d'une ère nouvelle dans la construction de la chambre
expressive et d'après des méthodes scientifiques permettant des
augmentations ou des diminutions de puissances dans le rapport
de une à plusieurs centaines de fois : nous avons entendu le tuba
à «Océan Gi'ove» qui parle avec du vent à 50 pouces— i mètre 25
de pression, résonner si doucement que ce jeu faisait un accompagne-
ment allant très bien pour un chanteur. La méthode Hope-jones
paraît s'attacher à construire la boîte, soit en briques, en ciment
ou toute autre matière inerte et non poreuse, et de plus à substi-
tuer au feutre ordinairement employé pour mieux fermer les
joints des lames, ce qu'il appelle son « sound trap » (piège
à son). Ce dernier est si intéressant, et si important dans
l'histoire de l'orgue, que nous allons vous en donner une
description complète avec figures.
Supposez quelqu'un placé à un bout du corridor fermé en G ;
il lui sera facile de causer avec un ami placé à l'autre bout
en D, le corridor faisant office d'un grand tube acoustique
et le dialogue peut s'échanger même à voix basse (Fig. 2)
ce passage est analogue à l'ouverture entre les lames des
boîtes expressives ordinaires ; Mais si quelqu'un se tient
48
MOYENS D'OBTENIR L'EXPRESSION
dans la chambre i en A, il verra très bien un ami dans
la chambre 4, en B ; mais il sera dans l'impossibilité de lui
parler, car quand A parlera, les ondes sonores de sa voix iront
en se répandant remplir la chambre i, mais une très petite
partie de ces ondes viendra passer par l'ouverture conduisant
dans la chambre 2, à leur tour ces quelques ondes sonores
se diffuseront dans la chambre 2, et seulement une petite
I
1
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FiG. 12
quantité de ces ondes déjà diffusées pénétrera dans la
chambre 3 ; en s'y diffusant à nouveau, elles seront si
atténuées que le résidu, qui pénétrera enfin dans la chambre
4, sera trop faible pour être entendu par B.
Le plan 12 montre le principe du «Sound trap » ; (1)
la figure 13 montre en section le joint de fermeture entre
deux lames ; une petite quantité d'ondes sonores, venant de
FiG. 13
l'intérieur de la boîte expressive, frappe la paroi juste à la
jointure (comme le montre la flèche) et s'introduira dans la
fente entre les deux lames, mais ces quelques ondes, en se
(i) En 1902, Compton avait déjà employé cette disposition r, Radford, dans
l'église de AU Soûls. — D' G. B.
MOYENS D'OBTENIR L'EXPRESSION
49
diffusant dans la rainure A, s'affaibliront beaucoup ; ce qui en
pénétrera, à travers la seconde fente, pour remplir la chambre B,
s'affaiblira plus encore ; le résidu s'affaiblira à nouveau dans
la rainure C ; et pratiquement il ne passera pins d'ondes
sonores après la rainure B.
Hope-Jones a l'habitude de placer les lames immédia-
tement au-dessus des tuyaux de façon que, lorsque la boîte
est ouverte, elle n'a plus à vraiment dire de plafond ; il n'a
pas l'habitude de mettre des lames sur le devant ou sur les
côtés. Pour éviter la compression de l'air produite par les
jeux joués avec la boîte longtemps fermée, il met une
soupape d'échappement s'ouvrant hors de la salle de concert.
FiG. 14 et 15
11 met aussi des ventilateurs pour enlever avant de jouer
tout l'air froid contenu dans la boîte expressive, et pour égaliser
ainsi la température avec celle de l'extérieur de la boîte, ou bien
il arrive à ce résultat par des radiateurs au gaz, à élec-
tricité ou à la vapeur, réglés par des thermostats. La fig. 14
et 1 5 montre des lames avec compartiments sans air d'Hope-
Jones, et leur « Sound Trap ». On sait que le son a besoin
d'un intermédiaire pour voyager, tous mes lecteurs connais-
sent les expériences qui le prouvent : une sonnerie . élec-
trique placée sous une cloche en verre s'entend bien mais
à mesure que l'on aspire l'air sous la cloche avec une pompe
50
MOYENS D'OBTENIR L'EXPRESSION
à vide, le son diminue ; et, pour un certain degré de vide,
on voit le marteau de la sonnette électrique frapper le timbre,
mais on n'entend plus rien ; c'est pourquoi des lames expres-
sives creuses dont on a pompé l'air intérieur, en y faisant
le vide, sont d'admirables barrières contre le passage du son.
Les lames expressives figurées en 14 et 15 sont en
aluminium fondu , des cloisons R i et R 2, formant entre-
toise, renforcent leurs faces contre la pression de l'atmosphère,
mais ces cloisons sont disposées de façon à soutenir seule-
ment une des faces plates sans communication avec le côté
opposé, ainsi R 1 supporte une des faces, tandis que R 2
supporte l'autre ; chacune de ces lames pivote en P. Elle
sont très légères et peuvent ainsi être ouvertes et fermées
avec rapidité ; une lame à intérieur vide d'air, même très mince,
forme une barrière plus efficace contre le passage des ondes
sonores, qu'un mur de briques de deux ou trois pieds d'épais-
seur. Quand elles sont partiellement vidées de leur air, ces
lames d'aluminium sont trempées dans un bain de gomme-
laque, ayant pour effet de boucher tous les petits trous ou
pores pouvant exister dans le métal.
L'emploi de pareilles boîtes a permis l'usage de tuyaux
d'un diamètre beaucoup plus grand, et des pressions beau-
coup plus considérables que tout ce qui a été connu jusqu'ici,
avec le résultat de donner à l'orgue un accroissement énorme
de sa souplesse sonore. Ce système permet aussi de suppri-
mer les jeux très doux dans un orgue, ce qui est une
économie ; quand tous les jeux sont renfermés dans une
chambre en ciment comme dans les derniers instruments de
Hope-Jones, et quand on emploie des lames avec « sound
trap », n'importe quel jeu est «potentiellement» un jeu doux.
CHAPITRE YIII
REVOLUTION DANS LA SOUFFLERIE
Avant la construction de l'orgue déjà cité de Birkenhead,
on avait l'habitude d'obtenir et de régler la pression du vent,
alimentant les tuyaux, en chargeant les soufflets avec des poids,
mais à cause de leur inertie les soufflets lourdement chargés ne
pouvaient pas se mouvoir rapidement, par suite quand un
accord en staccato était frappé dans ces orgues avec tous les
jeux tirés, on n'obtenait que peu ou pas de réponse des tuyaux.
Voici pourquoi : la laye devenant instantanément vidée,
l'inertie des poids chargeant les soufflets, ne leur permettait
pas de descendre assez brusquement afin de donner une
nouvelle alimentation immédiate à la laye (i).
Emploi des ressorts au lieu des poids.
Certes dans les premiers brevets d'Hope-Jones, on trouve
encore des poids, mais ils servent seulement à comprimer des
ressorts, qui à leur tour pressent sur la table supérieure des
soufflets; (2) mais, déjà avant ce brevet, dans sa pratique il avait
complètement abandonné les poids pour les ressorts ; ce simple
détail : ressort remplaçant les poids, a eu une influence marquée
sur la musique d'orgue, il a rendu possible la disparition de
l'ancienne instabilité de vent, qui était plus ou moins le défaut
(1) Ces orgues « poussifs » avaient une soufflerie mal comprise et
insuffisante, voilà tout.
(2) Robertson parle des ressorts interposés entre les poids et la table supérieure
des réservoirs, pratique abandonnée, et remplacée avec avantage par des ressorts,
d'un usage courant chez tous les facteurs d'orchestrions, mais ce n'est pas une
solution obligatoire. — D' G. B.
52 RÉVOLUTION DANS LA SOUFFLERIE
des orgues à cette époque, il facilita l'attaque du mécanisme et
du son des tuyaux, d'une façon étonnante, ouvrant un champ
nouveau et plus vaste au Roi des instruments (i). En 1894, John
Turnell Austin (maintenant à Hartford) prit son brevet, connu
sous le nom de Sommier Universel où les ressorts remplacent
les poids ; le Sommier Universel, a résolu le problème d'une
pression de vent presque immuable, mais pratiquement, il donne
seulement le même résultat qu'un petit réservoir à ressort n'ayant
pas la centième partie de son volume, aussi on se demande si le
sommier Austin, qui a d'autre part quelques désavantages, sur
vivra.
Soupape individuelle.
11 y a cinquante ans, le sommier à glissière et à soupape
était employé partout, mais plusieurs facteurs allemands, et
Roosevelt en Amérique, vantèrent beaucoup et employèrent
des sommiers ayant une soupape, un piston ou une mem-
brane contrôlant l'arrivée du vent pour chaque tuyau. Dans
ces cas, de petites soupapes rondes étaient employées ; un
bon sommier à glissière est difficile a faire, construit par des
ouvriers peu soigneux ou avec du bois mal choisi, il donne
des emprunts, c'est-à-dire une communication de vent d'un
tuyau à son voisin ; dans les mauvais sommiers à glissières
celles-ci se gonflent quand le temps est humide, et au
contraire se rétrécissent et ne sont plus ajustées quand le
temps est sec.
Les sommiers à soupape individuelle coûtent meilleur marché
et n'ont pas les défauts précités^ mais ils ont toutefois des
défauts particuliers, et pas un de ceux garnis de soupapes
rondes ne permettra aux tuyaux de bien parler. Willis,
Hope-Jones, Carlton Michell et d'autres artistes, après de
longs essais indépendamment poursuivis, arrivent à la même
conclusion que les meilleurs résultats sonores ne sauraient
être obtenus par ces sommiers à bon marché (2) ; de longues
(i) Je connais beaucoup d'orgues en France et en Angleterre, sur les-
quelles un grand choeur peut être joué en staccato sans altération, quoique
les soufflets et les réservoirs soient chargés avec des poids ; mais tout y
est largement compris pour parer à ces dépenses subites et intermittentes de
vent par les tuyaux.
(2) Un sommier à piston, à boursette, bien fait avec de bons matériaux,
muni d'une double introduction séparée pour les dessus et les basses, revient
aussi cher, sinon plus, qu'un sommier à registre et gravure ancien modèle.
D' G. B.
REVOLUTION DANS LA SOUFFLERIE 53
soupapes donnant beaucoup d'air à pression constante sous
chaque tuyau sont considérées comme l'idéal.
Le but des sommiers à soupapes individuelles était d'éviter les
altérations par « emprunt » (robbing). On remarquait dans les
sommiers à glissières que, si le vent était suffisant et stable
avec un ou deux jeux tirés, d'autre part, quand tous les jeux
étaient mis, les gros tuyaux volaient aux petits tuyaux voisins
leur alimentation en air comprimé, ce qui faisait baisser leur
accord tandis que, avec une soupape pour chaque tuyau, ce
défaut, disparaissait, ces sommiers supprimaient aussi les longs
registres à glissières en bois, sujets, comme nous l'avons dit
plus haut à subir les variations de la température.
Un exemple frappant de la différence entre ces deux types
de sommiers, se trouve à l'église de AU Angels, de New-York,
construit par Roosevelt (deux claviers avec sommier à soupapes
individuelles), -en 1897, lors de l'agrandissement de cette église,
Jardine remonta l'orgue a dix mètres en l'air avec une transmis-
sion électrique ; en même temps il ajouta un troisième clavier de
positif électrique, mais avec sommier à registre ; la supériorité
comme rapidité d'attaque pour les basses du positif sur celles du
grand orgue et du récit est étonnante (i), de même à Saint-
James de New- York oij l'orgue de Roosevelt fut modifié par
Hope-Jones en 1908.
Vent à forte pression.
Nous l'avons déjà dit, il y a 50 ans, la pression maxi-
mum était de 75 millimètres ; en 1833, Hill mit un Tuba
avec 22 centimètres de pression, dans son orgue du Town
Hall de Birmingham ; mais le son était si rude et si éclatant
que ces jeux ne furent employés pendant longtemps que
pour de très grandes églises ; quelques paroisses les firent
même supprimer. Plus tard Cavaillé-CoU utilisa des pressions
un peu plus fortes pour les dessus que pour les basses des
jeux de fonds, et aussi pour les gros jeux d'anches, perfectionne-
ment dont il fut le pionnier avec beaucoup de succès.
(i) Le temps perdu dans le& sommiers Roosevelt et analogues, par le petit
soufflet-soupape ou le piston, est de cinq millièmes de seconde (expériences
multipliées de Joseph Bielhe), et poui ce qui est de la supériorité du sommier
k registre, il suffit de lire la discussion de IQ07, dans Musical Opinion, pour
voir qu'elle n'est pas admise par tout le monde. — D' G. B.
54 RÉVOLUTION DANS LA SOUFFLERIE
Néanmoins, c'est Willis qui a fait faire le plus grand pas
dans l'utilisation des pressions fortes pour les anches.; le
premier, il démontra que l'avantage des fortes pressions pour
ces jeux n'est pas seulement d'augmenter leur puissance, mais
d'améliorer aussi la qualité du son Henry Wiliis fonda ainsi
une nouvelle méthode d'harmoniser les jeux d'anches, dont
l'influence n'est pas près de disparaître.
Tout orgue, ayant quelques prétentions d'être moderne
eut alors des pressions de 200 à 250 millimètres pour les
anches du récit et du grand orgue, et les tubas du solo, dans
les très grands instruments, parlaient avec 500 ou même 600
millimètres de pression. Willis introduisit l'anche fermée, le
« closed eschallot » ou anches à larmes et créa une révo-
lution dans l'art d'harmoniser les jeux d'anches.
Il eut beaucoup d'imitateurs; mais il sera difficile de sur-
passer les superbes exemples de son habileté dont il a doté
beaucoup d'orgues des cathédrales anglaises et de beaucoup
de salles municipales de concerts.
Avant Hope-Jones, vers 1887, nous ne croyons pas que
l'on ait dépassé 600 millimètres de pression. Nous l'avons dit,
la pression de 75 millimètres était la plus universellement
employée et l'harmonisation des jeux de fond à forte pression
était pratiquement inconnue (1) : pour les jeux d'anches, Willis
employait des pressions modérées, sauf pour les tubas dans
les grands locaux. Hope-jones démontra qu'avec des tuyaux
épais, un peu ventrus au milieu (2) avec des lèvres recouvertes de
peau, et le biseau renversé il pouvait, en usant de fortes pressions,
arriver non seulement à des puissances illimitées, mais en même
temps ajouter à la douceur des sonorités produites par les
tuyaux harmonisés à vent faible suivant l'ancienne méthode.
Il employa des bouches étroites, laissa de coté le réglage du
vent par le pied du tuyau, et utilisa le « choc pneumatique »
obtenu par son système électrique (3). Il inaugura « une
méthode entièrement nouvelle dans l'art d'harmoniser les jeux
d'anches» Dictionnaire des jeux de l'orgue Wedgwood, p. 167).
(i) Ne pas oublier cependant que les erands orchestrions de Gavioli, Limo-
naire, Gasparini avaient des jeux de fonds Harmonisas sur25o% bien avant itSUj
et quelques-uns avec une sonorité tout à fait remarquable.
(1) La pratique de «donner du ventre ■» aux tuyaux des jeux de fonds est bien
antérieure a HopeJones, surtout en Angleterre. — D' G. B.
(3) Voir note page 18.
RÉVOLUTION DANS LA SOUFFLERIE 55
Hope-Jones n'emploie jamais moins de 125 millimètres
et va jusqu'à 50 pouces, soit i mètre 2',, ses travaux
dans cette direction ont produit une influence marquée sur
la construction de l'orgue et les meilleurs constructeurs dans
tous les pays ont adopté ces pressions, ou tout au moins
font des essais du même genre. Comme toutes les nouveautés,
les hautes pressions furent âprement discutées ; mais maintenant
les organistes et les « acousticians » s'étonnent que l'idée
ancienne de la faible pression ait prévalu si longtemps, alors
qu'ils savent que des pressions très fortes sont employées,
par la voix humaine dans le chant, et aussi par les différents
instruments à vent de l'orchestre, pour obtenir de belles sono-
rités.
Charles Gottlieb-Weigle, de Stuttgard fut légèrement en
avance sur ses confrères, en employant des pressions déjà
assez fortes, mais comme il négligea les bouches étroites et
les lèvres garnies de peau, il obtint la puissance sans distinc-
tion. Avec de fortes pressions il faut d'abord viser la beauté
et la pureté du son, la puissance existant toujours.
Soufflerie mécanique au moteur.
Le vieux balancier de la soufflerie antique était invaria-
blement accompagné par le « pompeur d'orgue », quelqueiois
par plusieurs ; on connaît la vieille histoire du souffleur
refusant de travailler jusqu'à ce que l'organiste ai consenti à
dire « nous avons bien travaillé tous deux aujourd'hui ».
Le métier de souffleur d'orgue est maintenant complètement
perdu (surtout en Amérique), bien que nous connaissons
actuellement en Angleterre des orgues ayant besoin de quatre
souffleurs.
Quand Willis construisit le grand Orgue de la Salle
St-Georges à Liverpool en 1855, il installa pour la soufflerie
une machine à vapeur de huit chevaux ; à la cathédrale de
Chester on mit en 1876 une machine à vapeur de six
chevaux. Les moteurs à gaz, à pétrole, à essence ont été
très employés en Angleterre, fournissant un moteur moins
cher que l'homme, mais moins réglable, ces moteurs étant
appliqués aux soufflets-pompes de l'orgue. D'autre part, le
moteur à eau a été la forme la plus commune de soufflerie
mécanique, étant économique, facilement réglable partout où
56
RÉVOLUTION DANS LA SOUFFLERIE
il y avait une pression d'eau suffisante ; mais beaucoup de villes
ayant refusé l'emploi de l'eau sous pression pour la force
motrice, le moteur électrique agissant sur des ventilateurs ou
des turbines devient la solution idéale. Le principe des venti-
lateurs conjugués en série introduit par Cousans de Licoln en
Angleterre, est maintenant regardé comme un modèle réalisé
dans le « Kinetic Blower », constitué par un certain nombre
de turbines ingénieusement montées en séries sur le même
arbre, la première turbine fournissant à la seconde de l'air à
75 millimètres de pression je suppose, pour l'élever à une
pression plus forte en passant successivement dans la turbine
voisine (i). Cette méthode est une solution économique pour
avoir du vent à des pressions intermédaires différentes ; comme
il tourne lentement le Kinetic (étant monté sur le même arbre
que le moteur, sans courroie) est à la fois silencieux et d'un
bon rendement.
(i) Actuellement il existe des ventileurs tournant 1 900 tours, assez silencieux
pour être placés sur la tribune même de l'orgue; du premier coup, avec une
seule turbine ils donnent 200;?^ de pression ; leur rendement électrique excellent
car ces ventilateurs silencieux fournissent à la minute 25 mètres cubes St i3o %
avec une dépense de 800 watts. On en construit maintenant en France. — D' G. B.
SOUFFLERIE d'oRGUE
ACTIONNÉE PAR UN MOULIN A VENT,
DÉCRITE PAR HÉRO d'aLEXANDRIE,
200 ANS AVANT L'ÈRE CHRÉTIENNE.
CHAPITRE IX
JEUX TRANSFERES
11 y a cinquante ans les jeux du récit, je suppose, ne
pouvaient être tirés que sur ce sommier, de même les jeux
du grand orgue du positif et de la pédale ne pouvaient être
joués que par leur clavier respectif ; maintenant on trouve
de plus en plus des dispositions permettant de jouer les
tuyaux d'un même jeu par des claviers différents ; si <5n a
recours à ce système pour ne donner qu'une réduction du nombre
des jeux réels dans un grand vaisseau, c'est un leurre et on
ne saurait trop condamner cette tendance.
Mais, d'autre part, un facteur, qui d'abord place le nombre
de jeux suffisants pour assurer la variété sonore et le volume
nécessaires pour le local ou l'orgue est placé, et qui, ensuite,
s'arrange pour qu'un certain nombre de jeux puissent parler
sur des claviers multiples, ajoute réellement aux ressources
de l'instrument et doit en être félicité.
Beaucoup d'orgues modernes doublent ainsi les ressources
de leurs effets de sonorité.
11 est difficile de dire quel fut le premier inventeur des
jeux transférables, puisque dès le seizième siècle on en trouve
des exemples authentiques. Depuis cinquante ans, les facteurs
(Schyven, Dryvers, Delmotte), ont de nouveau travaillé dans
cette direction, il est indubitable que le grand entraîneur
est certainement Hope-Jones ; si d'autres ont eu la même
idée, c'est lui qui a donné par centaines les preuves d'une
réalisation pratique et a ainsi attiré sur les avantages artistiques de
ce système, l'attention de tous ceux qui s'occupent d'orgue. Son
idée de traiter l'orgue comme une simple unité « Unit Organ »
58 JEUX TRANSFÉRÉS
en rendant possible le fait de tirer n'importe quel jeu sur
n'importe quel clavier à des octaves différentes, fut développée
dans une conférence faite en mai 1891, à Londres, au Col-
lège Royal des Organistes.
En adoptant ce système partiellement et en disant qu'il
a fait un « Unit Organ » un facteur emploie une expression
inexacte qui menace de devenir générale. Tous ceux ..qui ont
joué un « Unit Organ » de Hope-Jones vantent son équilibre
artistique, sa puissance expressive et sa souplesse ; mais ce
genre d'instrument révolutionne beaucoup de choses réputées
intangibles, par suite rencontrer beaucoup d'adversaires. Néan-
moins on ne trouve plus que quelques organistes ne recon-
naissant pas l'utilisation du principe, comme étant, à un degré
plus ou moins grand, une chose vraiment utile dans n'importe
quel orgue. Par exemple, quel est celui qui n'a pas regretté
de ne pouvoir jouer, avec la pédale, le bourdon du Récit
rendu indépendant, ou encore l'impossibilité de faire parler la clari-
nette du Positif à volonté sur le Récit, sans accoupler les
deux claviers. Compton de Nottingham emploie cette méthode
de transférer et de dédoubler les jeux dans tous les instru-
ments qu'il construit. (1)
Une méthode additionnelle, permettant le transfert des jeux
se trouve dans la double touche et le pizzicato-touche ; la
double touche, quoique réintroduite par Hope-Jones dans les
orgues qu'il fit dans ces quinze dernières années, fut, néan-
moins trouvée par un français qui l'appliqua aux harmoniums.
Dans l'harmonium français de Mustel, la première touche
s'obtient en abaissant la note d'environ deux millimètres, ce
qui produit un son très doux, si l'on enfonce la touche plus
profondément on obtient un son plus fort. Dans l'orgue à
tuyaux la double touche est un peu différente, le premier
enfoncement fait parler les jeux tirés et dépendant de ce
clavier, en enfonçant plus fortement la touche (d'environ trois
millimètres) on produit la double touche donnant l'augmentation
de son en faisant parler d'autres tuyaux ; le système est
ordinairement constitué avec des accouplements et fonctionne
suivant la volonté de l'organiste. Ainsi, jouant la flûte sur le
(1) Pratique égUeraent courante chez Rieger, Hofferveizer, et qui permet
d'augmenter fa variété et jusqu'à un certain point la réelle puissance d'un orgue
avec moins d'encombrement. Puget a utilisé ce procédé pour la pédale de rorgu«
du Théâtre des Champs-Elysées. — D' G. B.
JEUX TRANSFÉRÉS 59
Positif, tout en ayant tiré le hautbois du Récit, l'organiste,
s'il a la double touche, peut, par une pression plus forte, faire
parler telle ou telle note de hautbois, tandis que les autres
touches pressant moins fortement font seulement chanter la
flûte du Positif.
Le pizzicato-touche est une autre invention de Hope-Jones,
elle date de 20 ans, mais au début n'eut pas le mérite d'attirer
l'attention comme récemment (quand il fut placé en 1909 dans
l'orgue de Hanson Place Baptist-Church New- York). Ce système
s'emploie beaucoup avec les accouplements, il donne ceci : avec
des jeux doux au Grand Orgue, si l'organiste met le pizzicato
de Récit sur G. O., quand il touchera le G. O., la touche corres-
pondante du Récit s'abaissera, mais remontera aussitôt, même
si la note est tenue au Grand Orgue. Hope-Jones met le
pizzicato à toutes les orgues qu'il construit en Amérique. Une
grande variété d'effets musicaux peut être ainsi obtenue.
LE ''UNIT ORGAN
tt
Le « Unit Organ » consiste en un seul instrument divisé
en cinq familles sonores, chacune dans une boîte expressive
spéciale :
1° Jeux fondamentaux : diapasons, diaphones, tibias, etc.;
2° Les bois : flûtes, hautbois, clarinettes, etc. ;
3° Les cordes : gambes, vicies d'orchestres, dulcianas etc. ;
4" Les cuivres : trompettes, corponeéas et tubas ;
5" Percussions : timbales, gongs, carillons et glockenspiel,
etc.
N'importe lequel de ces jeux pris dans la famille des fonds,
des bois, des cordes, des cuivres peut être tiré sur n'importe
quel clavier, à l'unisson en huit pieds, à l'octave grave en seize
pieds ; dans quelques cas en quatre pieds, en deux pieds ;
même à la quinte ou à la tierce pour certains Jeux (i).
Ainsi disposé, l'orgue devient un instrument tout à fait
(i) En 1870, L. Dryrers, de Louvain, plaçait chez les Ursulines de Werchter
(Brabant) un orgue de dix jeux réels dédoublés, transférés en 4o registres sur
deux claviers manuels et un pédalier; le principal de 16 pieds y est dédoublé en
sept jeux de 16, 8, 4, 2 pieds dont certains peuvent être tirés indépendamment au
Grand Orgue, au Positif, ou à la Pédale ; l'année précédente il avait placé un
orgue semblable chez les Ursulines de Lierre près Anv.rs. L. Drivers était un
précurseur, mais cette tentative pour sortir il y a 40 ans., de l'ornière habituelle,
succomba dans la complication du mécanisme. — D' G. B.
60 JEUX TRANSFÉRÉS
différent, il est très souple, car non seulement les sonorités
peuvent être modifiées en appelant les jeux à l'unisson ou à
l'octave soit grave, soit aiguë mais encore dans chaque famille
la force du son peut être modifiée par sa boîte expressive spé-
ciale. Ainsi les jeux de fonds peuvent dominer, et en manœu-
vrant les pédales d'expression on pourra faire prédominer les
cordes, en estompant la sonorité des fonds. A leur tour,
les cordes peuvent s'effacer devant un rinforzando des bois,
jusqu'à ce que, en ouvrant leur boîte spéciale les cuivres,
dominent à leur tour ; la variété des combinaisons sonores
est ainsi illimitée.
L'adoption de ce principe évite des répétitions inutiles de
jeux, ainsi dans l'orgue de St-George's Hall Liverpool, on trouve
aux manuels : cinq diapasons, quatre prestants, cinq doublettes,
trois clarinettes, deux hautbois, trois trompettes, trois ophi-
cléides, trois trombones, six clairons, quatre flûtes etc.. Dans
l'orgue « Unit » de Hope-Jones à Océan Grove, six jeux
suffisent à obtenir tous ces effets ; l'organiste de Toure Syna-
gogue New-Orléans a exprimé l'opinion que son « Unit Organ »
de dix jeux est l'égal d'un instrument ordinaire de soixante
jeux.
L'interférence des ondes sonores, connue chez les facteurs
sous le nom sympathie ou d'entraînement, est leur bête noire ;
ce curieux phénomène acoustique est enèore une nouvelle raison
contre la répétition de jeux semblables dans un orgue. Quand
deux tuyaux identiques de diamètre et de hauteur se trouvent
placés de façon que les ondes qu'ils émettent puissent passer de
l'un à l'autre, si on les joue séparément, ils parient bien ; si on
les fait parler ensemble on ne les entend plus, par leur mélange, leurs
ondes sonores se détruisent réciproquement et l'on ne perçoit plus
que le bruit d'un jet d'air. On peut démontrer néanmoins, que
chacun de ces tuyaux émet un son, au moyen d'un tube ayant
une extrémité près des lèvres de l'un des deux tuyaux et l'autre
extrémité contre l'oreille de l'auditeur qui alors perçoit nettement
le son du tuyau. En d'autres termes: un son détruit l'autre;
voici l'explication de Helmholtz : quand deux ondes sonores
identiques sont en opposition, la première détruit l'effet de la
seconde, et le résultat donne une ligne droite, donc pas d'ondes
sonores résultantes, donc pas de son. Si la crête d'une onde
sonore d'une grandeur et d'une forme déterminée coïncide avec
JEUX TRANSFÉRÉS
61
l'émission d'une onde exactement semblable, le résultat sera une
onde ayant le double de hauteur, donc augmentation du son ;
si la crête d'une onde coïncide avec le creux d'une autre onde,
le résultat sera une destruction réciproque et l'on n'entendra
rien (i).
C'est pourquoi les anciens facteurs, quand ils mettaient
plusieurs jeux semblables, s'efforçaient de détruire cette sympathie
en employant des tuyaux de diamètres (taille) différents, mais
avec un résultat médiocre, les gros tuyaux semblaient avaler les
petits.
Dans l'orgue gigantesque du Town Hall de Leeds, il y avait
un tuyau du prestant que personne ne pouvait accorder,
l'accordeur le retournait de toutes les façons mais sans résultat ;
il y réussit en le postant au moyen d'un tube assez loin de sa
place sur le sommier (2). C'est un exemple d'une chose qui arrive
fréquemment ; dans les orgues de Hope-Jones le plan ordinaire
des sommiers séparés: côté UT et côté UT dièze, est abandonné,
les tuyaux sont mis en échelle chromatique, cette disposition
ingénieuse évite les interférences en grande partie (3).
(1) Cette expérience de laboratoire réussit dans des conditions spéciales qui
peuvent se rencontrer fortuitement dans un orgue, mais c'est plutôt rare : ce qui
est beaucou* plus fréquent, c'est l'altération par voiiinage, corrigée en déplaçant
les tuyaux capricieux, ou en les mettant sur un pied plus élevé pour empêcher
que le voisinage des bouches ne produise l'entraînement, l'auteur le dit plus
bas.
(2) L'histoire de ce tuyau récalcitrant, sur les 6.400 de l'orgue monumental
de Leeds, est de minime' importance, et ce n'est pas la crainte de ce défaut, si
facilement corrigeable, qui fera adopter intégralement 1' « Unit Organ ». 11 faudrait
que les architectes en général entêtés et ignoran'S (oh ! combien) en matière
d'orgue, donnent aux facteurs la place que ceux-ci réclament pour bien espacer
leurs tuyaux. Mais le principe de l'Unit Organ est utilisable comme remplaçant
partiel cle certains instruments de l'orchestre : une sonate de flûte de Bach ou de
Haendel jouée en selo à l'orgue et accompagnée au piano peut prendre un grand
caractère artistique.
(3) Certains facteurs sont d'une opinion opposée, trouvent que l'entraîne-
ment se produit plus facilement entre tuyaux voisms d'un demi-ton ? — D' G. B.
CHAPITRE X
PRODUCTION DES SONS DANS L'ORGUE
Nous voici arrivés au chapitre intéressant le plus l'auditeur,
savoir les diverses sonorités de l'orgue. La forme générale et la
construction de nos tuyaux actuels comparées aux dessins les
plus anciens connus, n'ont guère changé depuis des siècles, les
anciens ne manquaient pas d'ingéniosité et nous avons des
dessins et toute une série de tuyaux de formes bizarres devant
imiter les grognements de l'ours, tuyaux quelquefois appelés voix
humaine. D'autres imitant le chant du coq, celui du coucou,
du rossignol ou les roulades du canari, les bouts de ces derniers
tuyaux étaient renversés et plongés dans l'eau absolument comme
les jouets employés dans quelque symphonie burlesque.
11 y avait un jeu appelé le Hummel constitué par les deux
plus gros tuyaux parlant ensemble « pour réveiller ceux qui
dormaient pendant le sermon», on trouvait aussi la fameuse
queue de renard : un bouton de jeu portait comme inscription
« noli me tangere ». Le visiteur, prié de tirer le jeu, déclan-
chait un ressort lui projetant sur la figure une queue de renard,
pour la plus grande joie des assistants.
Pour bien comprendre ce qui suit, il va nous falloir faire
un petit voyage dans le royaume de l'acoustique ; déjà nous
avons fait remarquer la très grande antiquité de la flûte, dont
le son se produit en soufilant à travers un trou latéral, par un
courant d'air venant frapper un rebord tranchant (i). On peut ainsi
(i) Cette explication est apparente, mais elle n'a plus cours scientific]ue en
Europe ; les belles expériences du F. Looten S. J. et de Herman Smith ont
démontré que ce choc n'existe pas, mais que le vent arrivant par la lumière des
tuyaux doit tangenter la lèvre supérieure pour créer une succion dans le tuyau.
Cette succion suivie d'une réaction forme un régime périodique oscillatoire ;
c'est l'anche aérienne «theairreed» que H. Smith a si bien décrite, et que
Cavaillé-Coll avait entrevue. — D' G. B.
PRODUCTION DES SONS DANS L'ORGUE 63
produire un son en soufflant à travers de l'extrémité d'un tube fait
de n'importe quelle substance : verre, métal, caoutchouc, roseau,
c'est encore le son obtenu en soufflant sur le trou d'une clef de
porte ordinaire. Les flûtes primitives trouvées sur les tombes des
Egyptiens et décrites dans les hiéroglyphes sont en roseau d'en-
viron quatorze pouces anglais de longueur (trente-cinq centi-
mètres) avec six trous, une extrémité n'est pas bouchée
comme dans nos flûtes modernes, mais est amincie en biseau
donnant un large trou circulaire percé en angle droit de la tubu-
lure centrale. En soufflant à travers cette ouverture, on obtient
un joli son de flûte un peu faible ; ferme-t-on les six trous, avec
les doigts, le tuyau rend son son fondamental ; en débouchant
successivement les six trous, on obtient les sept notes de la
gamme majeure, en fermant successivement les trous et en
soufflant plus fort, on obtient la même gamme d'une octave plus
haut ; enfin, en soufflant encore plus fort, de nouveau le son
monte d'un octave ; en d'autres termes on a fait produire aux
tuyaux des sons harmoniques.
D'un tube ne présentant aucun trou, ni soupape, comme le
cor sans piston de l'orchestre, on peut, en serrant les lèvres et en
augmentant le souffle, produire la série des harmoniques ; leur
existence dans les cordes du piano est facilement prouvée de la
façon suivante : abaissez la pédale de forte et donnez sur
n'importe qu'elle note dans le grave, un coup sec ; alors, écou-
tant attentivement, vous percevrez la tierce, la quinte et l'octave,
l'accord majeur de la note frappée se répétant même en octaves ;
dans ce cas, les autres cordes du piano jouent le rôle de réson-
nateurs sympathiques permettant la perception des harmoniques.
Revenons à notre flûte de tout à l'heure, et appliquons ce
que nous venons d'apprendre à un tuyau d'orgue, nous obser-
verons : 1" que la hauteur du son dépend de la longueur du
tuyau ; 2» que la hauteur du son dépend aussi de la pression du
vent faisant parler le tuyau.
On voit tout de suite l'importance d'une pression stable et
uniforme pour alimenter un orgue, autrement les tuyaux feront
entendre un harmonique au lieu de la note fondamentale, ce qui
arrive souvent.
Quand un jeu d'orgue est marqué 8p , abréviation de huit
pieds, cela veut dire que son tuyau le plus grave appelé CC
est long de huit pieds environ = 2 m. 60, et que la touche de
l'ut le plus grave du clavier lui correspond. Un jeu marqué
64
PRODUCTION DES SONS DANS L'ORGUE
i6 pieds fera entendre, sur cette même dernière touche du
clavier, un ut à l'octave au-dessous ; un jeu marqué quatre
pieds, un ut à l'octave aigué du tuyau ut de huit pieds. Ces
mesures sont applicables aux tuyaux ouverts, mais d'une façon
approximative ; car, pour une même note, des tuyaux de fort
diamètre (de grosse taille, disent les facteurs) n'ont pas besoin
d'être aussi longs que des tuyaux de fine taille, tels ceux de
gambe, d'éoline, de viole d'orchestre.
Dans ses « Musical Acoustics » page 27, Broadhouse
dit ceci : si vous prenez un tube ouvert aux deux bouts, et si
vous soufflez en travers à une extrémité, le tube donnera sa
note fondamentale, mais si vous bouchez l'autre bout avec la
main, le son obtenu sera à l'octave grave de celui obtenu avec les
deux bouts ouverts (i) ; on dira tuyau ouvert et tuyau bouché
ou bourdon, et cette différence constitue les deux grandes
classes des tuyaux qui dans l'orgue donnent des sons de flûte.
Donc, en bouchant un tuyau de quatre pieds, nous aurons
^^
^^
s^
FiG. 15 bis
la tonalité de huit pieds ouvert ; en bouchant un huit pieds, le
son grave du seize pieds ouvert, toutefois avec moins d'inten-
sité et de volume.
Les sons harmoniques, que l'on peut faire naître dans les
tuyaux bouchés, sont tout à fait différents des harmoniques
produits par des tuyaux ouverts; où leur succession harmonique est
produite par des vibrations dont le nombre à la seconde sont
dans les rapports i, 2, 3, 4, tandis que, pour les tuyaux
bouchés, les vibrations sont dans le rapport i, 3, s, 7, ces
sons harmoniques sont aussi appelés harmoniques partiels aigus.
La « Estey Organ Company» prétend qu'elle a découvert un
nouveau principe acoustique dans ses tuyaux de basse ouverte
(i) Cela n'est pas tout à fait exact, car pour donner l'octave, il faut enfoncer
le tampon du bourdon juste au niveau où se trouve le nœud du tuyau ouvert,
or ce niveau est toujours situé bien au-dessous du milieu du tuyau ouvert ; donc
en bouchant l'extrémité d'un tuvau ouvert on a un son plus grave que son octave.
D' G. B.
PRODUCTION DES SONS DANS L'ORGUE
65
dont figure ci-contre. Cette invention de William Haskell permet
de donner des sonorités de basse ouverte dans les locaux où les
boîtes de Récit expressives n'ont pas la hauteur suffisante.
En regardant la figure on verra que les tuyaux sont en partie
ouverts, en partie fermés avec une glissière d'accord dans la
TWMINC ROO
ENLAircco VIEW or TuNiNC suoe 3
FiG. 16
partie médiane. Voici la description de l'inventeur : « le tube
« inclus, ou chambre complémentaire, placé dans le tuyau à la
« longueur requise pour compléter la longueur réelle du tuyau
66 PRODUCTION DES SONS DANS L'ORGUE
« ouvert, on remarquera qu'il est d'une taille plus petite que
« l'extérieur du tuyau, l'effet est d'obtenir des vibrations
« pareilles à celles produites par un tuyau de longueur réelle et
« ne modifierait pas la qualité de son, même matériellement
« parlant il favoriserait l'émission du son surtout dans les
« trente-deux pieds ouverts qui, construit à l'ordinaire en
« longueur réelle, parlent lentement; avec le nouveau système,
« le tuyau attaque mieux et aussi vite qu'un seize pieds
« ouvert, nous avons essayé ce procédé pour toutes les familles
« de tuyaux, diapasons, flûtes, gambes, et le principe est bon
« pour tous ces tuyaux ».
Helmoltz démontra le premier que le timbre de n'importe
quel instrument dépend entièrement de la présence ou de
l'absence d'un certain nombre des harmoniques supérieurs ; le
timbre très creux de la flûte est pauvre en harmoniques supé-
rieurs, le son éclatant de la trompette en contient un très grand
nombre et des plus élevés, les cymbales donnent la presque tota-
lité des harmoniques supérieurs.
Les différentes qualités de sonorité d'un tuyau d'orgue
dépendent : i» des matériaux dont sont faits les tuyaux (i) ; 2» de
leur forme ; 3» de la pression de vent les faisant parler ; 4» de
la grandeur et de la forme de la bouche du tuyau, de la posi-
tion du courant d'air venant de la lèvre inférieure vers la lèvre
supérieure, de l'épaisseur et de la forme de cette lèvre supérieure.
Le travail, le façonnement de la bouche et de la lèvre pour obte-
nir la sonorité désirée s'appelle harmonisation du tuyau (en anglais
Voicing; en allemand Intonation), la mise en harmonie d'un tuyau
demande une habileté artistique considérable, l'auteur se rappelle
l'exemple de Gustave Shellette, un harmoniste fort habile prenant
en main un orgue d'une sonorité non satisfaisante et ayant tout
corrigé à la fin de la semaine (2).
(i) D'une façon secondaire, car avec une épaisseur de parois assez forte
pour ne pas vibrer et un même état de poli de leurs surfaces intérieures, des
tuyaui identiques de forme donneraient le même son fondamental et le même
cortège d'harm')niques, donc le même timbre. Beaucoup de bons harmonistes
«sauvent» même la transition d'un tuyau rond en métal au tuyau suivant
construit en bois et de forme carrée (basses de flûte de bourdon, de gambes) au
point que seule une oreille très exercée distinguera une différence notable de
sonorité.
(2) Il faudrait nous indiquer le nombre des jeux de l'orgue, dire s'il y avait
beaucoup de jeux de mutations, de jeux d'anches etc., etc., pour pouvoir bien
se rendre compte de l'nabileté de cet harmoniste. Ce devait être un ouvrier ti es
adroit, sachant reconnaître rapidement les défauts d'un tuyau et comment y
remédier d'une façon certaine, tandis que d'autres harmonistes n'y arrivent que
par tâtonnements et s'éternisent dans la réharmonisation d'un orgue.— D' G. B.
PRODUCTION DES SONS DANS L'ORGUE 6^
Un autre genre d'harmoniques existe, ce sont les harmoni-
ques de Tartini, célèbre violoniste italien du XVIII"»» siècle, qui
en 17 14 les a le premier décrits, Helmoitz les appelle harmoniques
résultants. Ils sont perçus toutes les fois que deux sons de
hauteur différente sont entendus simultanément d'une façon
continue et forte. Inutile de donner ici une table de toute la
collection de ces harmoniques de Tartini, prenons les deux qui
sont les plus employés : si deux sons à l'intervalle de la
quinte sont produits simultanément, on entend nettement une
note d'une octave au-dessous du plus grave de ces deux
tuyaux, ainsi les facteurs d'orgues prennent deux tuyaux, un
de seize pieds Ut, un de dix pieds 2/3 Sol à l'intervalle de la
quinte. En les faisant parler ensemble, on perçoit le ton grave
d'un tuyau de trente-deux pieds, c'est ce jeu que l'on trouve
marqué « trente-deux pieds résultant». Hope-Jones fait un jeu
appelé « gravissima » ou « soixante-quatre pieds résultant »
dans ses grands instruments. Pour certains, ce système donne
des résultats meilleurs que si l'on employait des tuyaux ayant
réellement trente-deux ou soixante-quatre pieds.
D'ailleurs, un soixante-quatre pieds donnerait un son imper-
ceptible pour l'oreille humaine ayant une portée limitée et qui
se refuse à distinguer une tonalité plus basse que le trente-
deux pieds (de même qu'une pompe ordinaire ne peut aspirer
l'eau au-dessus de trente-deux pieds) mais en réalité, ces grands
tuyaux (i) produisent des harmoniques qui renforcent merveilleu-
sement les sonorités graves de l'orgue, cela rend leur emploi légitime.
Un autre son résultant de Tartini, est celui produit par deux
tuyaux parlant à un intervalle de tierce majeure ; il donne une
note à deux octaves au-dessous du plus grave des deux tuyaux ;
l'auteur ne sait pas s'il a jamais été utilisé dans la construction
d'un orgue, mais Guilmant et quelques autres compositeurs
émérites écrivent cet effet de tierce majeure. On voit qu'un
organiste avisé peut, avec les sons résultants de Tartini, produire
sur de petites orgues des effets qu'un organiste moins instruit
négligera (2).
(1) Non pas de 64 pieds, mais bien ceux d'une quinte de 21 pieds i/3; c'est
seulement pour l'orgue de Sydney (i5o jeux, 1879) que Hill a construit un 64 pieds
réel en jeu d'anches.
(2) L'organiste allemand Sorge, théoricien célèbre (1703-1765) s'est préoccupé
de l'utilisation des sons de Tartini. Mais avant Tartini, le français J. S' uveur
avait oublié, dès 1702, son Traité de l'Applicat'on des sons Harmoniques à !a
composition des jeux d'orgue. Idée française reprise et réalisée pratiquement en
1789 par l'abbé de Vogler, dans son « Orchestrion», lequel contenait des 16 pieds
résultant d'un 8 pieds associé à sa quinte. — D' G. B.
68 PRODUCTION DES SONS DANS L'ORGUE
Revenons une fois de plus à notre flûte primitive, dont la
partie sonnante du tube est raccourcie en découvrant plus ou
moins de trous ; on ignore généralement qu'on peut traiter de
même les tuyaux d'orgue, l'auteur en a trouvé des exemples
en Angleterre, dans la cathédrale de Chester, les deux tuyaux
graves, ut et ut dièze du seize pieds ouvert de pédale étaient
construits de façon à donner chacun deux notes, au moyen d'une
valve pneumatique débouchant un trou vers le haut du tuyau.
Cette valve fermée, le tuyau donnait l'ut, mais si l'organiste
touchait l'ut dièze, la valve était soulevée pneumatiquement,
ouvrant un trou qui raccourcissait le tuyau. Le système mar-
chait très bien ; mais naturellement il était impossible de faire
entendre à la fois ut et ut dièze pour l'effet de tonnerre !
L'organiste qui jouait cet orgue deux fois par jour depuis dix
ans, ne s'en aperçut que lorsque ces tuyaux furent démontés
pour un nettoyage ; c'est un bon expédient quand la place
manque (i).
Jeu de Diapason.
(Montre ou Principal des facteurs français)
Les tuyaux qui ornent l'extérieur d'un buffet d'orgue,
appartiennent ordinairement au jeu de diapason ou montre du
Grand Orgue jeu longtemps regardé comme le seul jeu fonda-
mental ; le diapason peut varier, en diamètre ou taille, depuis
deux cent vingt millimètres jusqu'à soixante-quinze millimètres,
pour l'ut de huit pieds ; ordinairement il a quinze centimètres.
Les vieux facteurs Father Schmidt, Renatus Harris, Green, Snetzler
et d'autres aussi célèbres faisaient des diapasons d'une sonorité
exquise mais un peu faible. Cependant, tout en paraissant
très doux entendus près de l'orgue, ces diapasons ne perdaient
pas leurs qualités de finesse, même entendus à l'autre bout de
l'église. En 1862, Schulze dans son fameux orgue de Doncaster,
Angleterre, mit en vedette un diapason plus puissant et d'une
sonorité plus brillante, les tuyaux avaient des bouches très larges et
étaient fortement fournis de vent. T.C. Lewis et Willis, en Angle-
terre, imitèrent le travail de Schulze, artiste qui a eu une grande
influence sur la facture anglaise et allemande. L'harmonisation
(1) M. Debierre, de Nantes emploie constamment les tuyaux polyphones
ouverts ou fermés ; ch ique tuyau donnant dans le grave jusqu'à trois notes dans
set orgues de modèle réduit, fa sonorité est bonne. — D' G. B.
PRODUCTION DES SONS DANS L'ORGUE 69
de Schuize ajoutait certainement beaucoup au caractère tranchant
et à la puissance du son, mais donnait l'impression d'un tuyau
parlant avec trop de vent, et qui perdait ainsi la qualité
vraiment musicale et chantante des anciens diapasons. Néamoins
les diapasons à sonorité tranchante devinrent des modèles, Willis
arriva même à harmoniser ces diapasons avec des entailles;
pratique suivie par Cavaillé-Coll.
Waiker en Angleterre, et Henri Erben en Amérique, ont
continué à faire des diapasons à sonorité fondamentale très accusée ;
avec quelques autres facteurs, ils ont aidé à maintenir les vieilles
traditions.
En 1887, Hope-Jones mit en pratique sa découverte, savoir:
en garnissant de peau les lèvres des diapasons en rétrécissant
les bouches, en renversant les biseaux, augmentant l'épaisseur du
métal les tuyaux pouvaient être harmonisés avec 10, 20, même 30
pouces de pression (25, 50, et 75 centim.), sans produire aucune
rudesse, ni donner la sensation d'un tuyau forcé comme vent et
par suite « soufflant ».
Hope-Jones cessa de régler le vent par le pied du tuyau,
et obtint ce réglage par le façonnage de la bouche ; son inven-
tion a montré qu'elle avait une très grande portée, car elle repro-
duisait la qualité des vieux diapasons avec leur belle sonorité
fondamentale, mais avec la puissance en plus. L'emploi de ces
« leathered lips » (mot à mot : lèvres garnies de peau) commence
à progresser, étant destiné à remplacer les diapasons à sonorité
maigre que nous connaissions. Dans presque tous les pays
l'influence de Hope-Jones se fait sentir, et il n'y a que peu de
facteurs qui n'adoptent point le « leathered lip » ; M. Wedgwood,
dans son Dictionnaire des jeux d'orgues (pages 44, 45), dit ceci :
M. Ernest Skinner, le constructeur éminent de quelques-unes des
plus belles orgues américaines, regarde la découverte du « leathered
lip» comme l'égale de l'invention de la machine pneumatique
de Barker, et prédit qu'elle révolutionnera les sonorités de
l'orgue aussi profondément et aussi sûrement que le fit pour la
mécanique, le levier pneumatique ; idée qui n'est peut-être pas
aussi exagérée qu'on serait disposé à le croire.
Les diapasons garnis de peau ont atteint un zénith de popularité
autant en Angleterre qu'en Amérique, où beaucoup des meilleures
orgues autrefois construites par Roosevelt sont actuellement
améliorées par divers facteurs, simplement en garnissant les lèvres
70'
PRODUCTION DU SON DANS L'ORGUE
des tuyaux avec de la peau(i). Un grand facteur allemand ayant
essayé cette méthode sur la recommandation de l'auteur, a été
si frappé de la qualité de son, qu'il manifeste l'intention d'en
généraliser l'emploi dans sa facture.
Quelques tentatives isolées et imparfaites,
d'améliorer la sonorité en garnissant les lèvres
avec du papier, du parchemin, du feutre et
diverses autres substances ont été retrouvées,
mais certainement M. Robert Hope-Jones a été
le premier a en concevoir et à en réaliser toute
la valeur (2).
C'est seulement après beaucoup de médita-
tions et de travail qu'il est arrivé à passer de
la théorie scientifique embryonnaire à une
méthode pratique qui va transformer la cons-
truction de l'orgue. Les noms de Cavaillé-Coll ,
Georges Willis et de Hopejones seront trans-
mis à la postérité comme ayant réalisé les
inventions les plus importantes dans le domaine
respectif de l'harmonisation des jeux d'anches
et des jeux à bouche, inventions dont l'ère pré-
sente de la facture d'orgue donne largement
la preuve.
Le désir d'avoir une sonorité de
diapason plus puissante trouva sa réali-
sation avec la mise en place, dans
nos plus grandes orgues américaines,
du jeu de Stentorphone ; c'était un diapason en
métal de grosse taille, de construction ordinaire.
Harmonisé à forte pression, il avait une sonorité
dure, peu musicale et inartistique, et il produi-
sait comparativement peu de sonorité fondamen-
tale, celle-ci étant masquée par un puissant cortège
d'harmoniques, dont quelques-uns dissonants. En
.y^Leathered Lip
i^:^CloVied Fine
FiG. 17
(1) C'est exact: les lèvres garnies de peau donnent une modification du
son d'un tuyau faible et de petit diamètre en l'adoucissant et lui donnant du
volume, cela je l'ai vérifié moi-même; mais un bon harmoniste, avec un tuyau
bien fait à parois suffisamment épaisses, obtient la même qualité de son, sans
avoir recours à la garniture des lèvres.
Néanmoins cette méthode donne de bons résultats et constitue une innova-
tion très intéressante dont il faut tirer un parti artistique, sans vouloir la généra-
liser d'emblée, surtout pour les pressions de vent moyennes.
(a) M. Herbet Norman est considéré en Angleterre, comme pouvant faire les
mêmes revendications. — D' G. B.
PRODUCTION DES SONS DANS L'ORGUE 71
Allemagne, Weiglé de Stuttgart fit usage d'un jeu de ce type,
mais exagéra son manque de raffinement en faisant la bouche
d'une largeur dépassant la normale (i).
A mesure que la méthode de Hope-Jones fut connue,
ces jeux durs et peu musicaux disparurent, il est hors de
question, qu'en augmentant les pressions on doit chercher à
augmenter le raffinement du son, plutôt que sa puissance. Une
sonorité fondamentale douce, obtenue avec une forte pression, a
toujours une puissance satisfaisante.
Hope-Jones a aussi absolument raison quand il prétend que,
pour obtenir une grande noblesse dans les jeux de fonds, il est
inutile de multiplier les diapasons ; mais qu'il faut leur associer
des puissantes flûtes spéciales qu'il appelle tibias.
Toute innovation, destinée à faire époque, commence par
trouver des adversaires ; ceux-ci prétendent que la sonorité fon-
damentale n'est pas d'un caractère s'associant bien avec les
autres jeux, quand elle est très pure. C'est vrai, en partie : il
y a des orgues où l'on trouve des jeux de fonds très purs, qui
qui ne se fondent pas bien avec le reste des autres jeux ; mais
d'autre part, c'est une méprise de dire que la sonorité des
fonds bien pure ne se marie généralement pas bien avec les
autres jeux. Hope-Jones a prouvé indubitablement, qu'avec
l'habileté voulue on y arrive, et de même ceux qui ont suivi
ses préceptes. Une vue de la bouche d'un diapason de Hope-
Jones à forte pression, avec le biseau renversé, les lèvres supé-
rieures et inférieures garnies de peau est donnée dans la fig. 17.
La sonorité molle des anciens diapasons tenait à l'absence
du cortège des harmoniques supérieurs. Avec l'introduction du
choral luthérien, chanté par tous les fidèles, on s'aperçut que
les orgues de l'époque ne se faisaient pas entendre au-dessus
des voix ; mais la pratique fit découvrir qu'en y ajoutant des
harmoniques artificiellerrrent, la sonorité de ces orgues devenait
plus brillante et arrivait à trancher sur de grandes masses cho-
rales, d'où l'introduction des jeux de mixtures ou de mutation.
(i) Ch. Weigle m'a montré lui-même à Echterdingen dans ses ateliers, toutes
les étapes de ses « hauptdrucli stimnen » jeux à forte pression ; certains avaient
une bouche circula're dsposée comme celle d'un siiflet de locomotive; pratique
qu'il abandonna pour le tuyau à doubles-bouches adjacentes; ce fut la famille
des Séraohone-,. A:tuellement les perfectionnemen!s permettent d'obtenir la
puissance de ces jeux spéciaux, avec des tuyaux de forme ordinaire, mais à
parois épaisses. En utilisant la même pression que pour les autres jeux, on
obtient de ces tuyaux un volume de son considérable. — D' G. B.
72 PRODUCTION DES SONS DANS L'ORGUE
encore nommés «jeux composés» lorsqu'ils sont constitués par
plusieurs rangs de tuyaux. Le plus simple fut la doublette faisant
sonner la double et la triple octave sur la même note. En ajoutant
ensuite d'autres rangs, donnant la quinte et l'octave de cette
quinte, on arriva à réaliser sur une même note frappée au clavier,
non seulement l'accord complet, mais encore à introduire l'addi-
tion de quelques-uns des sons harmoniques dissonnants supé-
rieurs de cet accord.
Abandon des jeux de mixtures.
Il y a cinquante ans, il était commun de trouver le nombre
des rangs de tuyaux, formant les mixtures, en excès sur le nom-
bre des jeux de fonds : les grands instruments avaient même
des mixtures à la pédale. Les organistes de l'époque ne parais-
sent pas y avoir fait d'objection, et beaucoup des meilleurs
exécutants furent de terribles adversaires de Hope-Jones quand
il se montra le champion de l'abolition des mixtures ; ces jeux
excitaient beaucoup la fureur de Berlioz qui déclame contre eux
dans son célèbre Traité d'Orchestration.
Le sonorité de ces anciennes orgues avec toutes les mixtures
tirées fait presque sourire l'auditeur moderne, de même, quand
on lit le plaidoyer de quelques organistes bien connus de la
génération passée, en faveur du mamtien de ces jeux. Ils ont
néanmoins leur place dans un grand orgue ; mais on ne pense
plus qu'ils soient nécessaires pour maintenir le chant des fidèles
ni surtout qu'on doive les harmoniser fortement. Le déclin de
la valeur des mixtures a entièrement changé, tout en l'améliorant
beaucoup, l'eiïet sonore général de l'orgue considéré au point de
vue musical pur. La sonorité moderne est à la fois brillante et
claire.
M"" James Wedgwood dit : la tendance à exagérer les
mixtures a atteint son summum dans l'orgue construit en 1750
pour l'abbaye de Weingartem, près Ratisbonne, instrument ne
contenant pas moins de quatre-vingt-quinze rangs de mixtures,
dans lesquelles figurent deux jeux ayant chacun modestement
vingt et un et vingt rangs de tuyaux ! A la fin du XVlIlme siècle,
l'abbé Vogler (i 749-1 814) présenta son système de « Simplifi-
cation », caractérisé par le rejet des mixtures trop multipliées,
le digne abbé, théoricien remarquable, excellent exécutant,
d une personnalité excentrique et par suite très attirante, forma
PRODUCTION DES SONS DANS L'ORGUE 73
beaucoup de disciples, lesquels prêchèrent la croisade contre les
mixtures ; le succès de ce mouvement d'opinion peut être bien
jugé par l'importance de la littérature qu'il fit naître, et l'obli-
gation où il mit les théoriciens de bien examiner le rôle réel
des jeux de mutation.
L'annonce à la fin du dix-neuvième siècle, faite par Hope-
jones, du rejet complet des mixtures et des jeux de mutation,
peut être regardée comme une date importante dans l'histoire
de ce débat ; mais il n'est pas moins étrange de voir que
cet homme, qui a tant fait pour proscrire les jeux de mutation,
ne les a jamais complètement abandonnés, car actuellement, il
est le seul champion d'un jeu de mutation à deux rangs qu'il
met dans ses orgues sous le nom de mixtures célestes. Toutefois
ce sont des jeux d'une sonorité très faible et complètement
différents, par leur but et par leur effet, des vieilles mixtures
fort heureusement délaissées actuellement.
Jeux de flûtes.
Les principaux développements des jeux de flîite, dans la
période considérée, est la vulgarisation du principe des jeux
harmoniques avec tuyaux de longueur double, remis en honneur
et perfectionné par Cavaillé-CoU, par William Thynne et bien
d'autres ; car, comme nous l'a écrit le Docteur Bédart, déjà,
en 1780, Dom Bédos, avait décrit et réalisé le principe et la
réalisation du tuyau harmonique, et, en 1804, Piantanida avait
mis des flûtes harmoniques à Saint Pierre d'Avignon (i).
Ces tuyaux de double longueur, mais qui sonnent à l'octave
aiguë au moyen d'un petit trou percé à moitié hauteur, sont
employés maintenant par tous les facteurs d'orgue; D'une façon
générale la sonorité est pure et possède une grande puissance de
dispersion ; Thynne pour son Zauber Flôte emploie des tuyaux
bouchés de façon à leur faire produire le premier harmonique,
soit la douzième du son fondamental du tuyau, la sonorité revêt
alors un caractère brillant mais discret néanmoins ; ce jeu n'a
(1) Dès le milieu du XVI» siècle quelques facteurs allemands, Compenius
entre autres, seraolent avoir placé des tuyaux octaviants.dont parle aussi Joachim
Hees, facteur hollandais de la fin du XVIII» siècle. Dom Bédos cite la Basse de Viole
jeu sonnant une octave plus haut que ne le comporte la hauteur de ses tuyaux,
« quoique ce soit un 8 pieds on le fait octavier à l'unisson du prestant » et
page 443 « il est d'usage de faire parler les clairons une octave plus haut que ne
te comporte la longueur de leurs tuyaux pour avoir les sons plus forts ».
D' G. B.
74 PRODUCTION DES SONS DANS L'ORGUE
pas rencontré la faveur des autres facteurs d'orgue. Sans doute
le plus joli jeu de ce genre, fait par Tynne, est celui qu'il
plaça dans l'ordre de la résidence de M. Martin Wihte Balrud-
dery, Dundee.
M. Hope-Jones, en garnissant de peau la bouche des Tibias,
avait déjà apporté une révolution dans la structure tonale des
grandes orgues, ces jeux produisent en effet une intensité
plus grande de sonorité fondamentale que les meilleurs
diapasons, et sont tout indiqués dans les grandes orgues
modernes. Cette famille se présente avec ses variétés : Tibia
Plena, Tibia Clausa, Gross Flôte, Flûte fondamentale et Philo-
méla ; le mot « tibia » a été appliqué aux jeux d'orgue en
Europe, il y a quelques siècles ; actuellement, le même mot,
en Amérique, s'emploie pour désigner un jeu ayant une qualité
de son intensive à la fois ronde et claire, pour la première fois
obtenue par Hope-Jones, tout en reconnaissant qu'elle fut esquissée
par Bishop dans sa Clarabella.
Les tuyaux des Tibias sont de très grand diamètre, donnent un
gros volume de sonorité fondamentale, accompagnée d'un cortège
harmonique très faible. Même considérée en soi, la sonorité de
de la famille des Tibias est des plus attirantes, mais en outre sa
capacité de se marier avec toutes les sonorités fondamentales de
l'orgue, et de servir de soubassement aux jeux d'anches
modernes est inestimable. En 1887, M. Hope-Jones plaça le
Tibia Plena, qu'il venait d'inventer, dans l'orgue de St-Jones
Birkenahed ; c'était une flûte en bois de forte taille, ayant la
bouche sur le côté le plus étroit du tuyau, le bloc est renfoncé,
et la lèvre très épaisse est de plus garnie d'une mince lame de
peau pour donner à la sonorité le fini et la douceur voulue.
Harmonisé sur n'importe quelle pression au-dessus de dix
centimètres, le Tibia plena est le jeu le plus puissant et le plus
rond de toute cette famille, donc d'une valeur incomparable
dans les grands instruments (i). Le Tibia profonda, et le Tibia
profondissima, sont des jeux prolongeant le Tibia plena en
seize pieds et en trente-deux pieds à la pédale ; le Tibia Clausa
est un jeu bouché d'une grosse taille, un bourdon avec les
(i) Le jeu de tibia que nous avons entendu en igiS, à la cathédrale de
Worcester, a une rondeur et une plénitude de son superbes, qui s'associent
très bien à la sonorité des autres jeux ; c'est, à côté des diapasons, un autre jeu
fondamental dans le timbre flûte qui donne à l'ensemble des fonds une grande
majesté sans lourdeur. — D' G. B.
PRODUCTION DES SONS DANS L'ORGUE 75
lèvres garnies de peau ; la sonorité en est puissante, merveil-
leusement pure et comme fluide. Un grand défaut des Récits-
modernes est l'inégalité de ses jeux de flûte ; ce fut la consta-
tation de ce défaut qui conduisit Hope-Jones à inventer son
Tibia Clausa, le Tibia Dura est une autre de ses inventions;
c'est un tuyau en bois ouvert de forme spéciale, plus large en
haut qu'à la bouche et décrit par Wedgwood comme ayant une
sonorité brillante un peu dure et pénétrante.
Le Tibia Minor fut créé par M. John H. Compton de Nottin-
gham, un des facteurs anglais les plus artistes ; ce jeu a quelque
ressemblance avec le Tibia Clausa de Hope-Jones ; mais, étant des-
tiné à un sommier expressif, il en diffère en plusieurs points ; le
jeu, généralement en bois, a été parfois fabriqué en métal mais la
lèvre supérieure est toujours garnie de peau ; la sonorité porte
extraordinairement dans la basse où elle est ronde et veloutée,
dans l'aigu elle est pleine est claire. C'est un très beau jeu
de solo ; avec les autres jeux, il donne aux dessus beaucoup
de clarté et de rondeur, en général, il produit au maximum la
caractéristique de la famille des Tibias. La facilité, si largement
réalisée d'enrichir, tout en les adoucissant, la sonorité des
dessus des autres jeux (trop souvent brillante et dure) fait que
le Tibia Minor doit être reconnu comme une des meilleures
innovations modernes dans la sonorité.
Le Tibia Mollis de M. Hope-Jones est une flûte douce avec
tuyaux en bois rectangulaires. M. Compton donne le même
nom à une variété moins forte de son Tibia Minor.
On trouve dans les orgues d'autres tuyaux à son de flûte :
tels sont les bourdons, la clarabella, la clarinette Flûte, les Rohrflôte,
Wald flôte, Flauto Traverse, Suabe Flûte, Clear Flûte, Doppel
Flûte (avec deux bouches) Melodia, Orchestral Flûte etc.. avec
des puissances et des nuances variées de sonorité ; le Philoména
de Jardine est un mélodia à deux bouches.
Jeux imitant les instruments à cordes.
(angl. : Strings ; ail. : geigen stimmen)
*
Sous le nom de «strings» ou cordes, on comprend les jeux
imitant le violon, l'alto, le violoncelle, la contrebasse, et surtout
la viole de gambe, montée avec cinq cordes et d'une sonorité
moins ronde que notre violoncelle.
76
PRODUCTION DES SONS DANS L'ORGUE
Il y a 50 ans, la famille des « strings » telle que nous la
connaissons actuellement, n'existait pour ainsi dire pas; étant
représentée seulement par la Dulciana et la vieille gambe
allemande, lente d'attaque, ces deux jeux
ressemblaient plutôt à des diapasons fai-
bles. Edmond Schulze fit un grand pas en
construisant des gambes et «Violones»
qui, malgré leur grosse taille, avaient
une si jolie sonorité, qu'à cette époque
on les considérait comme imitant bien
les instruments à cordes.
C'est à William Thynne que l'on
accorde le crédit d'avoir beaucoup per-
fectionné ces jeux : les gambes que
Tynne et Mitchel placèrent à l'Exposition
de Liverpool en 1886, furent une révéla-
tion de ce que l'on pouvait obtenir dans
cette direction, et bientôt beaucoup d'or-
gues renfermèrent ces beaux jeux qu'ils
fournissaient eux-mêmes, notamment l'or-
gue à sonorité orchestrale de M. Martin
White, un ardent promoteur de ces nou-
veaux jeux. L'associé de Thynne, Carlton
W |2« I C. Miichell fit aussi des jeux très réussis.
Hope-jones travailla d'après le modèle
de Thynne ; en diminuant encore les
diamètres, élargissant les tuyaux dans la
partie médiane, il arriva à produire ces
violes de gambes de sonorité si tran-
chée et si raffinée, adoptées maintenant
dans toute orgue de quelque importance.
Ces violes d'orchestre si délicates sont
FiG. 18 fort étroites, l'ut de 8 pieds a seule-
ment 28 millimètres de diamètre ; cette
famille comprend la viole d'orchestre, la viole céleste, le dulcet
et son modèle de viole sourdine d'une sonorité voilée exquise.
Ces jeux, jîlus que tout autre perfectionnement, ont contribué
à rendre l'orgue mieux capable d'exécuter la musique d'orchestre.
Haskell a introduit en facture plusieurs magnifiques variétés
de jeux (en bois ou en métal) de sonorité tranchante, dont
PRODUCTION DES SONS DANS L'ORGUE
77
les plus connues sont le hautbois labial (i), le saxophone
tuyaux en forme de gambe) souvent rencontrés dans les orgues
Estey ; ces jeux de Haskell sont destinés à exercer une influence
considérable dans les méthodes d'harmonisation artistique ;
quelquefois on trouve aussi d'autres jeux imitant les cordes :
Kéraulophon, Aeoline, Gemshorn, Spitzflôte, Clariana, Fugara,
Salicional, Salicet et le Erzaeler, une sorte de Gemshorn employé
par Ernest Skinher.
(angl.
Jeux d'anches.
Reed stops; ail. : zungen stimmen).
r-A/1
Nous l'avons fait remarquer dans notre introduction, les
tuyaux avec des languettes de roseaux dans l'embouchure datent
de la plus haute antiquité, puisqu'on les trouve
à côté des flûtes dans les tombeaux égyptiens ;
ces anches, tout comme celles employées aujour-
d'hui, étaient façonnées avec la couche extérieure
de la tige d'une graminée de grande taille
(Arundo donax ou sativa), qui croit en Egypte
et dans le Sud de l'Europe. Ces anches étaient
souvent doublées, comme celles de notre haut-
bois et basson actuels ; mais le prototype du
tuyau d'orgue à anche peut être trouvé dans la
clarinette et le Krunhorn, ou l'anche est simple
et bat contre l'embouchure. Naturellement il
faut pour le tuyau d'orgue remplacer la cavité
bucale du clarinettiste, par une pièce que l'on
appelle le pied du tuyau (voyez fig. 19, la cons-
truction d'un tuyau à anche) : A est la boîte
ou pied, contenant un tube appelé « canal de
l'anche » B. portant une rainure ouverte contre
laquelle vient frapper, en la fermant, une lan-
guette de laiton C vibrant sous la pression du
FiG. 19 ^^"^- ^ ^^^ "" '■' métallique, la rasette, servant
(i) Ch. Wtfiele, de Stuttgard m'a fait entendre à la Garnison Kirche de
Strasbourg, en 1896, une gamba-oboe imitant très bien le hautbois d'orchestre,
d'autres facteurs arrivent à d'excellentes imitations de la clarinette et du oboe
par la combinaison d'un quintaton avec une gambe harmonisés d'une façon
particulière : labial >>boe, labial clarinette. Ces jeux ont l'avantage de ne pas
se désaccorder comme les jeux d'anche, et d'attaquer vivement%ans la basse, à
cause du quintaton qui parle très facilement. — D' G. B.
78 PRODUCTION DES SONS DANS L"ORGUE
à accorder la languette. E constitue le corps du tuyau, dont il forme
le résonnateur. Au milieu du XIX"" siècle, l'art d'harmoniser les
anches a été complètement révolutionné ; avant Willis, les jeux
d'anche étaient misérables, avec des sonorités maigres rappelant
le bourdonnement d'un gros insecte, de qualité peu musicale
et sans grandeur (i). La preuve de cette assertion, se trouve dans
les méthodes d'orgue de l'époque, on y lit : que les anches ne
doivent jamais être employées seules, mais toujours avec un
bourdon ou quelque autre jeu de fonds, pour améliorer 'eur
sonorité (2).
Willis créa une méthode tout à fait nouvelle de construire
les jeux d'anches, le premier, il montra que l'on peut obtenir
des sonorités réellement belles et n'ayant pas besoin d'être
arrondies par un jeu de fonds. Quand il avait besoin de puis-
sance, il l'obtenait par l'augmentation de pression, de façon à
n'avoir à considérer que la beauté sonore. Le premier, Willis,
montra que toute trace de dureté et de bruit de ferraille pou-
vait être évitée en donnant à la languette une courbure exacte ;
il diminua les vibrations de trop grande amplitude des notes graves
en vissant de petits poids à l'extrémité de leur languette (anches
lestées). Immédiatement il adopta les tuyaux harmoniques (de
longueur double) pour les dessus, obtenant une puissance et un
brillant auquels personne n'avait rêvé avant lui.
Willis laissa le canal d'anche à bords parallèles, pour
prendre l'anche à larme, il obtenait ainsi plus de raffinement
de la sonorité tout en sacrifiant un peu de la puissance ; il traça
les plans de nombreuses variétés de jeux d'anches dont les
plus remarquables furent son «Cor Anglais» et son «Orchestral
Oboe ». Sous l'impulsion du génie de Willis, le Récit qui,
jusque là avait été une partie de l'orgue de sonorité faible et
pauvre, complètement étouffée par celle du grand orgue, devint
(i) Peut-être en Amérique et en Angleterre, mais pas en France, où avant
i85o, on pouvait entendre les belles trompettes et bombardes de Saint-Denis,
Saint-Eustache, Saint-Sulpice, de la Madeleine, sans compter en province les
belles bombardes des catiiédrales de Poitiers, Albi, Bordeaux, etc., etc.
(2) Pas en France, oii dès 1766 Dom Bédos dit tout le contraire dans ses
conseils pour la" registration, recommandant de jouer les Fugues graves avec
les jeux d'anches seulement « pour les faire apparaître dans tout leur brillant
et leur beauté » Il ne veut pas qu'on y mêle le cornet qui altère la sonorité des
jeux d'anches dans le dessus ; plus loin il ajoute « si les jeux d'anches ont par
eux-mê nés une harmonie sourde et douce on les touchera sans fonds, on retran-
chera même ie prestant »... « On ne mêle aucune Pédale de Flûte avec celle; de
trompatie et de clairon ». Donc, à cette époque, en France, on savait déjà faire
de bons jeux d'anches ; Clicquot en a laissé de nombreux exemples. — D' G. B.
PRODUCTION DES SONS DANS L'ORGUE 70
un clavier à sonorité puissante, richement variée par des jeux
d'anches très tranchants, mais néanmoins d'un effet vraiment
musical (i).
Hope-Jones prit la besogne en l'état où l'avait laissé Willis,
non seulement il développa la méthode de Willis dans toutes
ses conclusions logiques, mais de plus, il trouva une nouvelle
méthode. Hope-Jones a conservé les « chorus reeds ». anches de
chœur de Willis ; mais en doublant les pressions, en augmentant
l'épaisseur et le lestage des languettes, il a obtenu des résultats
d'une magnificence incontestable ; du cor Anglais de Willis il a fait
sortir son Double Englisch Horn ; du Willis-Oboe, son Hoboe-
Horn ; de même l'Orchestral Oboe de Willis, s'est transformé
en ces jeux d'anche délicats que Austin, Skinner ont introduits
dans leurs orgues, d'après les méthodes Hope-Jones.
Les revendications de Hopes-Jones dans la construction
h des anches sont : i" la production de jeux d'anche à sonorité
I' très douce smooth toned reeds (rapidement adoptés par tous les
:: facteurs) tel son tuba de quatre-vingt-cinq notes ; 2'^ l'em-
ploi de canaux d'anches présentant comme ouverture une fente
étroite, presque un trait de scie ; 3° la réalisation pour les
anches d'une stabilité d'accord presque aussi grande que celle
I; des jeux à bouche ; enfin, 4'' l'utilisation des « vowel cavi-
ties » ( cavités de voyelles ) donnant un caractère spécial aux
jeux d'anche pour imiter les sonorités de l'orchestre.
Ces derniers sont tout à fait intéressants, ce que l'on peut
en attendre est encore en voie de développement, les résultats
I déjà obtenus permettent de penser qu'un orgue très perfectionné
pourra rivaliser avec l'orchestre. Pour démontrer le principe des
« vowel cavities» (cavités de voyelles), dès 1890, Hope-Jones
avait l'habitude, dans ses ateliers de Birkenhead, de placer
le bout de ses minces tuyaux de Kinura dans sa propre
(i) Nous pensons qu'il ne faut pas oublier l'école française dans la revendi-
cation de l'effet musical des grands claviers de Récit. Quand en 1847 H. Willis
s'étiblit comme facteur, les orgues de Saint-Eustache 1844, '^^ Saint-Sulpice
restauration de 1846 avaient déjà de grands Récits, contenant des 16 pieds et des
jeux à vent fort. Enfin, comme ces instruments (et ceux de Saint-Denis 1841
delà Madeleine 184Ô) contenaient un puissant clavier de bombardes, si caracté-
ristique de la facture française, on peut l'affirmer : nous avions songé a avoir un
clavier ou des claviers trancnant sur la sonorité de celui du Grand Orgue, avant
que Willis, en i855, ne réalisai son superbe Récit de 25 jeux de Saint-Georges
Hall, ce que Cavaillé-Coll imita en 1862, à Saint-Sulpice. Cavaiilé et Willis
avaient d ailleurs été devancés par M»V1. Elliot et HiU qui, dès 1841, sur les
52 jeux de Great George street Chapel à Liverpool, en placèrent 20 dans la boîte
expressive, dont 5 jeux d'ancnes avec basson de 16 pieds ; Cuique suum I
D' G. B.
80
PRODUCTION DES SONS DANS L'ORGUE
cavité buccale et, en donnant à celle-ci la forme nécessaire pour
prononcer les voyelles a, e, i, o, il modifiait complètement les
qualités du son émis par ce tuyau. Il y a quelques années,
dans l'orgue du Presbyterian Church Irvington-on-Hudson, New-
York, Hope-Jones, mit un jeu d'anches battantes sans tuyau ni
'Brait SHda
FiG. 20, 21, 22
résonnateurs et il emploie ce nouveau jeu dans la plupart
de ses orgues (i). En Angleterre, le principe de la cavité
voyelle a été appliqué au jeu de Hautbois, Kinuras, Voix
(i) Mais c'est l'antique réeale à anches battantes connue dans ta « vieille
Europe » de temps immémorial I Le phys irmonica à anches libres, sans tuyaux
ni résonnateur, est également en usage depuis longtemps en Allemagne et
donne une sonorité très belle que j'ai entendue dans l'immense cathédrale de
Ulm, et dans celles de Berne, de Fnbourg. — D' G. B.
PRODUCTION DES SONS DANS L'ORGUE 81
humaines ; en Amérique, introduit il y a sept ans, il n'avait
été adapté qu'a l'Orchestral Oboe. Pendant l'impression de ce
livre, Hope -Jones l'a étendu aux voix humaines et au
kinuras (orgues Walaker New-York, Park Church, Elmira Buf-
falo-Cathédral, Columbia Collège, Saint-James Church, New-
York ; Collège of the City, New-York ; Océan Grove Audito-
rium). Il y a là un grand avenir pour l'extension de la variété
des sonorités orchestrales ; la fîg. 20 montre une Voix humaine
(Norwich Cathédral) la figure 21 Orchestral Oboe (Vorcester
Cathédral), la figure 22, un Kinura, (orgue de Kinoul Ecosse),
avec des « cavités voyelles ».
Les facteurs qui n'ont point acquis la maîtrise nécessaire
pour donner une bonne courbure' à leur languette, afin de les
empêcher de claquer ou de bourdonner, ont essayé d'obtenir la
douceur en garnissant de peau l'ouverture du canal de l'anche.
Ce mauvais moyen a été malheureusement adopté trop fréquemment
en Allemagne et aux Etats-Unis ; on ne saurait trop le condamner,
car il enlève au jeux d'anches leur sonorité virile si caractéristique ;
de plus, les changements atmosphériques influent sur ces
anches garnies de peau et désaccordent les tuyaux.
L'Ecole Française, se guidant sur Cavaillé-Coll, a produit
toute une série de jeux d'anches justement renommés ; beaucoup
de jeux d'anches de facteurs français sont vraiment beaux et
raffinés, leurs grandes trompettes et leurs tubas bien que un peu
agressives et beuglantes (i), ont un caractère musical ; néanmoins
l'école française ne paraît pas destinée à avoir une grande
influence sur la facture américaine. Pour plus amples renseigne-
ments sur les anches voir le chapitre sur l'accord des tuyaux.
Jeux ondulants ou célestes.
L'auteur ne sait pas qui le premier plaça dans un orgue un
rang de tuyau à sonorité douce, mais intentionnellement
accordé un peu plus bas ou un peu plus haut que le reste de
(i) En France nous aimons, depuis Clicquot, les jeux d'anches à sonorité
éclatante, comme celle du grand chœur de St. Sulpice: mais les étrangers
y trouvent à redire ; et l'auteur en employant le mot « blatant - beuglant»
traduit une impression que j'ai souvent recueillie en Angleterre et en Allemagne,
sur la sonorité de nos anches dans les effets de grand chœur. D'autre part,
nos jeux d'anches imitant les timbres de l'orchestre y sont très prisés. C'est
une impression comparable à celle que nous avons en entendant dans les
meilleurs orchestres allemands la sonorité des hautbois et des cors, si différente
de celle de nos instrumentistes français ; dans un autre ordre d'idées, certains
préfèrent le Champagne « goût anglais » au Champagne « goût français ».
D' G. B.
82 PRODUCTION DES SONS DANS L'ORGUE
l'orgue, afin d'obtenir un battement ou une ondulation dans la
sonorité résultante (i). Il y a 50 ans, ces jeux n'étaient introduits
dans un orgue qu'avec discrétion ; car beaucoup d'organistes en
rejetaient l'emploi ; dans les petites orgues il n'y en avait pas et
les plus grands instruments en contenaient rarement plus d'un ;
depuis, leur usage s'est développé et semble devoir se généraliser
encore. Déjà presque tous les facteurs mettent une céleste dans
leur petites orgues, et deux ou trois dans leurs grands instruments ;
alors que les orgues de Hope-Jones sont conçues avec des Vox
Humana Célestes, Physarmonica Célestes, Kinura Célestes et
même des Mixtures Célestes.
La plupart des Voix Célestes sont maintenant accordées un
peu plus haut que l'unisson ; l'effet étant plus vivant qu'accordées
un tantinet plus bas ; mais l'eflet obtenu est beaucoup plus
heureux, en mettant deux rangs de tuyaux : l'un accordé plus
haut, l'autre plus bas que l'unisson. Une Céleste à trois rangs
(Scharp' flat, unisson) était une des particularités nouvelles de
l'orgue construit en 1896 par Hope-Jones pour la cathédrale de
Worcester. La Bennet Organ C' et M. Compton de Nottingham
emploient beaucoup ces Célestes à trois rangs, dont Wedgwood
attribue l'invention au facteur anglais Thomas Casson.
En sus de la beauté particulière de ces jeux, on peut
insister sur leur utilité, toutes les fois que l'orgue doit-être
employé comme auxilliaire ou remplaçant de l'orchestre, car en
y regardant de près, l'ensemble d'un orchestre constitue une
agrégation d'instruments constamment oscillants comme des voix
célestes. Quand cet effet manque, la sonorité y paraît froide et
comme morte ; il y a bien peu d'instrumentistes qui aient jamais
réussi à jouer, même une seule mesure, absolument d'accord
avec tous les autres instruments.
Jeux à percussion.
Cette classe de jeux trouve maintenant sa place dans les
orgues bien plus souvent qu'autrefois , des gongs donnant, quand
(i) Ulric Sponsel, dans son Orgel Historié, page io5, dit: « l'Unda IVlaris a
deux tuyaux par note, ils sont accordés pas tout à fait juste, de façon à créer, par
leur différence d'accord, un battement ou ondulation du son ». Sponsel était
contemporain de Dora Bédos, donc, vers le- milieu du XVlll" siècle, les jeux
ondulants avec deux tuyaux étaient employés ; ce constat rend inutile toute
discussion sur le BifTara, ondulant par un seul tuyau, ayant deux lèvres dont
l'une était coupée un peu plus haut que l'autre pour créer le battement ? pro-
cédé de nature à produire tout au plus une instabilité irrégulière de la hauteur
tonale du tuyau. — D' G. B.
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PRODUCTION DES SONS DANS L'ORGUE 83
on s'en sert adroitement, des effets rappelant beaucoup ceux de
la harpe, sont fréquemment employés par Aeolian Company
dans ses orgues de salon. Dans ce cas il n'y a pas d'objection
à faire, car la sonorité est très musicale et se marie fort bien
avec celle des autres jeux. Sous le nom de carillon, nous
retrouvons ces gongs dans beaucoup d'orgues d'Eglise et de
concert, enfin des tubes sonores, imitant les cloches, sont
employés par tous les grands facteurs dans le même but.
Dans cette voie c'est l'Orgue "Unit" de Hop-Jones. qui en
donne l'exemple le plus typique, on y voit qu'un tiers des jeux
parlants ont recours a la percussion pour produire leur effet ; même
les petits instruments du type " Hope-Jones-Unit-Orchestra "
possèdent Carillon, Crysoglott, Glockensplel, Electric Bells (avec
résonnateur) Xylophone, et Clochettes de traîneau « Sleigh-bells »
(bien accordées) en sus des instruments à percussion ordinaire : tam-
bour, grosse caisse, timbale, tambourin, castagnette, triangle, cim-
bale et gongs chinois. Tous ces appareils à percussions ont enfermés
dans une boîte expressive à parois épaisses, permettant à un
artiste de les employer avec autant de raffinement que lorsqu'on
les entend dans un orchestre symphonique. Monsieur Hope-Jones
fait connaître à l'auteur qu'il a trouvé une transmission électrique
donnant une percussion proportionnelle à la force avec laquelle,
on attaque la touche, donc procurant l'expression par la seule
action du doigt, tout comme au piano. Bien employés ces jeux
à percussion se marient d'une façon si parfaite avec les jeux
d'anches ou les jeux de fonds qu'ils deviennent partie intégrante
des sonorités de l'instrument et non pas seulement des jeux de
fantaisie d'un usage occasionnel (i).
Les Diaphones.
L'invention du diaphone par Hope-Jones en 1894, sera
regardée plus tard comme le pas en avant le plus marqué dans
la facture d'orgue. Actuellement les brevets empêchent encore
(i) En 1894, Th. Puget de Toulouse, dans le grand orgue de salon de 40
jeux de M. G. Pauilhac, avait établi l'accouplement électrique d'un Pieyel à queue.
Lorsque le piano était bien d'accord, la percussion se fondait merveilleusement
avec l'orgue et donnait aux anches une vivacité d'attaque, un mordant spécial
que l'on retrouve dans l'Orphéal du facteur bruxellois Clootens. M. Marty
l'excellent organiste de Saint-François Xavier de Paris, en tirait des effets éton-
nants pour les rentrées de pédale de certaines fugues de Bach, La facture des
orchestrions, si en progrès actuellement permet d'ailleurs de juger, de la réelle
valeur de certains de ces effets de percussion, autrefois employés ep Italie même
dans les orgues d'église. — D' G. B.
84
PRODUCTION DES SONS DANS L'ORGUE
son adoption générale, et limitent son emploi dans les instruments
de quelques facteurs seulement ; d'autre part le diaphone a des
formes si variées et ouvre un champ expérimental si grand, que
bien des années passeront avant que l'on en ait tiré tout ce qui est
possible. Néanmoins, les orgues faites il y a 12 ans, et même 18 ans,
FiG. 23
en Angleterre par Hope-Jones contiennent des diaphones, montrant
que la période des essais est terminée et que cette invention
prendra dans l'avenir une importance pratique considérable.
L'opinion de l'auteur c'est qu'avant peu tous les nouveaux
instruments de grandes dimensions auront le diaphone comme
jeu fondamental ; opinion admise par tous ceux qui ont eu
l'opportunité d'entendrece nouveau jeu. Par aucun autre des moyens
PRODUCTION DES SONS DANS L'ORGUE
85
connus jusqu'à ce jour, on n'a pu produire quelque chose
d'approchant comme grandeur et majesté dans le genre de la sono-
rité du diapason. Si on mettait 20 gros diapasons à « Océan Grove »
ou au « Temple Baptiste» de Philadelphie, à la place du seul
diaphone qui y est actuellement, la sonorité de ces orgues
en serait beaucoup diminuée. A la
pédale, aucun jeu de fonds, ou d'an-
ches ne peut lui être comparé, comme
volume et comme franchise d'attaque.
Fig. 23 on voit une coupe du
premier diaphone, construit par Hope-
Jones en 1896 pour la Cathédrale Wor-
cester (i), M est un moteur pneumati-
que, auquel est attaché un laiton qui
commande la soupape composée V V,
relevée par le ressort S. Quand le vent
pénètre dans la boîte A, M s'applatit en
ouvrant V. L'air comprimé passe alors
dans la chambre B, mais repassant dans
l'intérieur du moteur M par le canal C,
les deux faces de M. sont à la même
pression, alors S ferme V I et le cycle
recommence à nouveau.
La fig. 24, montre le diaphone
placé dans l'orgue de l'Université d'Aber-
déen(2); voici comment il fonctionne : le
vent des soufflets rentre par le pied F,
et augmente la pression dans la cham-
bre C en pressant sur V qu'il tend à
maintenir fermée ; mais en même temps,
le vent comprime le petit soufflet M et,
comme celui-ci a plus de surface que V,
il s'aplatit et par la queue T ouvre V. Immédiatement l'air com-
primé s'introduit dans le tuyau ou résonnateur P ; en vertu de
son inertie, la colonne d'air contenue dans P subira une compres-
(i) J'ai entendu ce diaphone en septembre igiS, et quelques jours après, à
Bristol j'ai entendu le diaphone de l'orgue de Colston Hall (90 jeux). En changeant
de place dans la salle, et en faisant alterner le diaphone avec les diapasons, pour
bien les comparer, on a nettement l'impression que le diaphone produit une
sonorité fondamentale d'orgue d'une grande majesté alliée à beaucoup de
puissance.
(2) Erreur de citation, car cet orgue d'Aberdéen ne contient aucun diaphone
D' G. B.
Fig. 24
86
PRODUCTION DES SONS DANS L'ORGUE
sion momentanée, d'où naîtra à la partie inférieure du résonna-
teur une réaction sur l'intérieur du moteur M, M ayant ainsi la
même pression en dedans et en dehors, laissera se refermer V
et le ressort S ouvrira M et par suite fermera V.
La compression, causée par la rentrée d'une bouffée d'air à
la partie inférieure de P, sera suivie d'une raréfaction, et, comme
cette raréfaction aura pour effet d'atténuer la pression intérieure
de M. celui-ci s'aplatira de nouveau en ouvrant V, et le cycle
de ces ouvertures et fermetures successives continuera envoyant
Fig.25
Sectional Plan qfy
Piston and
Cylinder
Fig, "27
FiG. 25, 26, 27
une série régulière de bouffée d'air à la partie inférieure du
tuyau du résonnateur, d'où production d'une note musicale.
Les flg. 25 26 27 représentent le premier diaphone entendu
publiquement en Amérique en 1905 dans l'orgue de St-Patrick's
Cathedra! New- York ; cette forme de diaphone permet de faire
varier la pression de 10 pouces à 300 (de o™ 25 à 10 mèties) pouces
sans faire varier la hauteur du son. La chambre de W étant remplie
PRODUCTION DES SONS DANS L'ORGUE 87
d'air sous pression, quand l'organiste abaisse une touche de
clavier, la pression de l'air pénètre à travers la fente circu-
laire S, d'où augmentation de pression dans le compartiment C
et par suite soulèvement du piston en aluminium P par la
cloison D fmarquée en noir) qui forme le fond de ce piston.
Mais quand le bord inférieur de ce piston se sera soulevé
d'une certaine quantité, il découvrira la fente (circulaire comme
un tiroir de piston) E et permettra à l'air comprimé de s'éva-
cuer dans l'atmosphère ; d'autre part, à ce moment là, l'éléva-
tion du piston aura fermé la porte d'entrée S amenant le
vent sous le piston. Néanmoins, en vertu de la vitesse acquise
(voir fig. 27) celui-ci aura une tendance à monter un petit peu
plus, et par ce mouvement produira une compression d'air
à la partie inférieure du résonnateur P. Cette compression sera
augmentée par l'ouverture simultanée des 8 lumières circulaires
S P.
La pression de l'air comprimé au pied du résonnateur R
s'exerçant sur la face supérieure de la cloison D repoussera
vers le bas le piston d'aluminium, jusqu'à ce que dans ce
mouvement il ouvre à nouveau la lumière S. A ce moment
la compression, née au pied du résonnateur R, se sera transmise
sous forme d'onde sonore jusqu'au bout supérieur, tout en
étant suivie d'une onde complémentaire de raréfaction ; cette
raréfaction à la partie supérieure rendra encore plus effective
l'action de l'air comprimé passant à travers S pour venir au-
dessous du piston V, naturellement ce cycle d'opérations recom-
mencera aussi longtemps que l'organiste tiendra la note.
Comme ce piston en aluminium P est très léger et qu'il ne
rencontre aucun obstacle dans ce mouvement de va-et-vient, sa
rapidité de vibration, et par suite la hauteur du son produit, sera
entièrement déterminée par la longueur du tuyau résonnateur R.
La sonorité fournie par ce petit diaphone possède une
grande douceur tandis que d'autre part sa puissance dépend de
la pression d'air employée.
Dans la fig. 28 nous donnons le diapason du grand Diaphone
placé à «Océan Grove», P est une soupape réglant l'entrée de
l'air dans le corps du tuyau P i ; M est un soufflet pour ouvrir
P au moyen de la pièce S, la boîte B est constamment remplie
d'air sous pression venant du soufflet. Quand les soupapes V et
V I sont dans la position indiquée sur le croquis, le diaphone
PRODUCTION DES SONS DANS L'ORGUE
ne parle pas parce que l'air comprimé de la boîte B s échappera
par l'ouverture de V qui se trouve ouverte dans l'intérieur du
moteur M.
Lorsqu'on veut faire parler la note, les petits moteurs exté-
FiG. 28
rieurs M i M 2 se gonflent ensemble (par transmission électro-
pneumatique) aussitôt V se ferme tandis que V i s'ouvre, mais
la pression de l'air à l'intérieur du moteur M trouvant une voie
vers le résonnateur P, ce moteur M s'aplatira en ouvrant la
soupape P ; alors malgré l'action du ressort S qui tend à la
PRODUCTION DES SONS DANS L'ORGUE
89
fermer, le vent de B pénétrera subitement par P dans l'intérieur
de P I, d' où production d'une compression d'air venant augmenter
la pression à l'intérieur de M ; aussitôt P se refermera et le cycle
de ces opérations se répé-
tera indéfiniment, admettant
une série de bouffées d'air
dans le pied du tuyau P i et
par suite produisant un son
musical d'une grande puis-
sance.
Comme la soupape V i
est ouverte les ondes sono-
res formées dans le tuyau
P 1 détermineront la rapidité
de vibration du moteur M.
Par suite on comprend
que le diaphone donnera
toujours une note d'accord
avec son résonnateur P i ,
et que la hauteur de cette
note variera comme la lon-
gueur du tuyau.
La fig. 39 montre le
diaphone avec «anches-sou-
papes» mis par Hope-Jones
à la cathédrale de Buffalo ;
le vent rentrant dans B fera
plaquer la soupape V contre
son siège malgré le ressort
S. Cela toutefois ne peut
se produire que lorsqu'une
bouffée d'air a passé déjà
par le pied du tuyau P,
produisant ainsi une onde
sonore qui, réagissant sur V,
permet aux ressorts S d'ouvrir V et à une autre bouffée d'air de
pénétrer dans le tuyau P ; de cette façon la soupape V est
maintenue en vibration rapide produisant un son très puissant
dans P.
A Middlesborough, en Angleterre, Hope-jones mit, en 1899,
Fig. 29
90
PRODUCTION DES SONS DANS L'ORGUE
un diaphone de i6 pieds de ce modèle ; mais le résonnateur était
cylindrique et n'avait que huit pieds.
La fig. 30 donne un autre modèle de diaphone dans lequel
la sonorité est produite par un certain nombre de billes de
Fig. 30
métal couvrant une série de trpus dans le fond du résonnateur
et admettant des bouffées d'air intermittentes, voici le fonc-
tionnement : le vent des soufflets arrive dans B, et par les
petits conduits Ci, C2 pousse les billes de métal D, Di, Da
PRODUCTION DES SONS DANS L'ORGUE 91
au-dessus des trous communiquant avec la chambre E, formant
le pied du résonnateur. La pression de l'air au-dessus des billes
s'accroît jusqu'à ce qu'elle devienne égale ou à peu près à la
pression de l'air en B, parce que la colonne d'air remplissant
le tuyau E a du poids et de l'inertie, de plus, étant élastique,
sa tranche inférieure subit momentanément une compression. Cette
augmentation de pression, ajoutée à la pesanteur, plaque de
nouveau les billes D, Di, Da sur les trous, mais pendant le
temps que ces billes ont mis pour revenir à leur position pre-
mière l'impulsion de l'air à fait route dans le tuyau sous forme
d'une onde sonore, et ainsi de suite avec comme résultat une
note musicale de sonorité fondamentale très pure (i).
Le diaphone est accordé comme un jeu de fonds et reste
d'accord avec eux, la pression de l'air et, par suite, la puissance
du son peut être variée sans affecter la hauteur du son. La
forme du résonnateur modifie la qualité du timbre, on peut
lui donner un caractère fluté ou celui d'un violon de pédale,
d'un tuba éclatant ou rond, d'un hautbois ou d'une clarinette ;
En finissant ce chapitre, l'auteur désire exprimer toute l'obli-
gation qu'il doit pour les matériaux et documents qu'il a puisés
dans le Dictionnaire des jeux d'orgues par James Ingall,
Wedgwood, Fellow of the Society Antiquaries Scotland, and of the
Royal Historical Society. Bien que le titre semble un peu rébar-
batif, c'est un livre fort intéressant et qui prouve un ensemble
de recherches originales et une connaissance personnelle des
orgues d'Angleterre ou du Continent qui est tout simplement
merveilleuse. Ce livre a sa place dans la Bibliothèque de tous
les organistes (2).
(i) M. Clootens, l'ingénieux facteur bruxellois, a réalisé des sonorités
analogues avec un appareil se rapprochant du diaphone, mais d'une conception
originale.
(2) Dictionary of Organ Stops (igoS Vincent Music Co Londres) ouvrage que
je recommande à ceux qui ont lu l'Orgue Moderne de M' A. Cellier (1914) ce
dernier y aurait trouvé des matériaux pour la mise au point de son livre trop
incomplet. Cela devait être, en voyant la mince bibliographie citée par M.
Cellier, qui signale seulement cinq ouvrages dont, quatre trop surannés pour
documenter en igiS, une étude sur l'Orgue Moderne. — D' G. B.
L ANTIQUE KLUTB DE PAN
CHAPITRE XI
DE L'ACCORD (Angl. : Toning)
Ayant décrit les améliorations et inventions récentes dans les
tuyaux dorgue, considérons comment on les accorde. D'abord nous
devons parler de l'introduction du tempérament égal ; il y a
50 ans environ la plupart des orgues étaient accordées de façon
que l'exécutant était limité à certaines tonalités, s'il voulait que
sa musique sonnât bien ; car l'usage de toute modulation exces-
sive, allant s'égarer dans le domaine des tonalités interdites, ame-
nait des dissonnances terribles connues sous le nom de «loup».
L'auteur se rappelle qu'en 1866 il se trouvait à la reprise du
Messie de Haendel à St. Georges Hall de Liverpool ; l'orgue
était alors accordé à tempérament inégal et une discussion ani-
mée s'éleva entre le chef d'orchestre et M. M. T. Best qui
demandait que l'orchestre jouât l'air de «Every Valley» dans le
ton de mi mineur, afin d'être plus d'accord avec l'orgue.
Le clavier moderne est imparfait, puisque la même touche
noire représente le ré dièse et le mi bémol, alors qu'en réalité
les deux sons ne sont pas absolument identiques. Quelques or-
gues ont été faites (notamment celui de Temple Church à Londres)
avec des touches noires séparées pour les bémols et les dièses.
On a perdu en adoptant le tempérament égal, mais on y a
gagné encore plus. Pour des oreilles très sensibles, les tierces
et les quartes diésées, les quintes bémolisées et aussi d'autres
intervalles discordants, non séparés dans nos claviers modernes,
sont bien une source constante de sensations désagréables ; mais
la plupart des organistes se sont tellement habitués à ce défaut
qu'ils ne s'en aperçoivent plus.
L'adoption du tempérament égal a, d'autre part, beaucoup
DE L'ACCORD 93
augmenté la libre carrière de l'orgue, lui rendant possible l'exé-
cution de toute composition ou transcription, sans se préoccuper
des modulations ni de la tonalité.
L'accord des tuyaux d'un orgue est très affecté par la tem-
pérature ambiante, la chaleur dans les tuyaux ouverts dilate l'air
et ils montent^ à rencontre des bourdons dans lesquels l'air ne
peut pas se mouvoir aussi facilement. Les jeux d'anches sont
affectés d'une autre façon : la chaleur allonge les languettes et
les fait baisser d'une façon suffisante pour compenser la cause
qui les ferait monter d'autre part (i), d'où l'importance d'une tem-
pérature égale et d'une circulation facile de l'air à travers les
bottes expressibles, comme nous l'avons dit plus haut.
NOUVELLE MÉTHODE
POUR ACCORDER LES JEUX D'ANCHES
Les jeux d'anches, notamment ceux à sonorité délicate,
tiennent mal l'accord, surtout quand l'accordeur pressé (ou ne
connaissant pas bien son métier) obtient l'accord en faisant
travailler la rasette comme un ressort. Peu de personnes com-
prennent totalement pourquoi les jeux d'anches ne tiennent pas
aussi bien l'accord qu'ils devraient. Les fig. 31, 32, 33, donne-
ront plus clairement les causes de ce défaut : la fig. 3 1 repro-
duit le bloc, l'anche, la languette et la rasette (fil métallique
pressant contre la languette), dans ce cas la rasette presse forte-
ment en B contre la languette, position dans laquelle la rasette
ne subira aucune déformation anormale.
Regardez la fig. 32, si nous relevons la rasette en frappant
en C la friction de la rasette contre la languette en B, empê-
chera B de monter, car n'oublions pas que le coefficient de
friction au repos est plus grand que le coefficient de friction en
mouvement ; par suite, en poussant vers le haut la rasette au
point C, la résistance à la friction en B serrera fortement la
rasette, la partie descendante de celle-ci travaillera comme un
(i) En réalhé. quand on orgue a été bien accordé, les changements de tem-
pérature feront peu Tarier les jeux à anches battantes, inflaenceront moins encore
(es anches libres arec rasene, et pas du tout les anches avec languettes nssées des
jeux d'harmonium ; mais d'autre part la température, modifiant ia densité de
l'air, créera des écarts d'accord très marqués entre les fonds ei les anches. Prati-
quement les anches battantes varient par ces petits déplacements de la rasette
dont l'auteur parle plus loin, et aussi par d'autres causes encore mal définies.
D' G. B.
94
DE L'ACCORD
ressort, et prendra la forme montrée en 32 et le point A s'écar-
tera de la languette. Alors si l'on se sert de l'orgue pendant
quelque temps, on verra le point B de la rasette se déplacer
vers le haut, jusqu'à ce que la déformation exercée sur la rasette
ait été compensée, par suite cette note chantera plus bas qu'elle
n'avait été accordée.
DE L'ACCORD 95
D'autre part si, en accordant, la portion de la rasette marquée
C, est poussée vers le bas (fig. 33) la résistance à la friction
en B aura pour effet de faire cintrer la rasette. Alors quand
on jouera l'orgue, sous l'action des vibrations de la languette,
on verra graduellement le point B se déplacer vers le bas,
pour remédier à la déformation produite sur la partie descen-
dante de la rasette. duand le point A aura ainsi trouvé sa
position d'équilibre, le tuyau chantera plus haut.
Naturellement sur les fig. 32 et 33, on a exagéré la défor-
mation de la rasette pour mieux faire comprendre, mais en fait
cette courbure des rasettes se produit à un degré beaucoup
plus marqué que ne l'imaginent beaucoup de facteurs ; c'est
une des principales raisons pour lesquelles certains jeux d anches
ne tiennent par l'accord.
duand le point A de la rasette est maintenu d'une façon
rigide dans sa position normale, un tuyau à anches conservera aussi
bien sa tonalité qu'un tuyau de jeux defonds(i); la fig. 34 montre
la méthode de Hope-jones pour maintenir la rasette au point A,
au moyen d'un bout de tube de cuivre T inséré dans les moules
avant la fonte du bloc, dont il devient ainsi partie intégrante ;
le diamètre intérieur de T est choisi de façon que le fil de la
rasette y glisse à frottement dur, la fig. 35 représente une autre
méthode ; le bloc porte une saillie venue de fonte avec lui, son
extrémité recourbée empêche la rasette de se déformer au niveau
du point A (2). Cette méthode de construction des blocs rend
l'accord plus facile et plus durable qu'avec les moyens ordinaires.
(1) C'est e?tact; mais cela ne veut point dire que des jeux d'anches ainsi
accordés d'une façon beaucoup plus stable vont rester mieux d'accord avec les
jeux de fonds, malgré les variations de la température 1 Nullement, car à ce
compte les anches d'harmonium, avec languettes en tonalité fixée par leur rivnre
sur leur cadre, devraient être toujours d'accord avec les tuyau-x de fonds, or, on
sait que c'est précisément le contraire. Si je fais cette remarque c'est que
l'énoncé de l'auteur pourrait servir de démonstration apparente à la vantardise
de certains facteurs osant dire « notre maison fait des jeux d'anches qui ne
se désaccordent pas » en laissant ainsi croire à de naïfs curés et organistes, qu'ij
s'agit du maintien de la tonalité des anches par rapporta celle des jeux de fonds_
(2) M' Compton, il y a 7 ans, employa ce même système dans l'orgue de
Grosvenor Chapel à Manchester, avant M' Hopes-Jones. — D' G. B.
CHAPITRE XII
PROGRÈS DE LA RÉVOLUTION
EN AMÉRIQUE
Dans l'étude de l'art de la facture, personne ne peut man-
quer d'être frappé par ce fait que tous les grands progrès sont
dus à des anglais, savoir : les soufflets à table horizontale, (i) les
soufflets anti-secousses, la boîte expressive, le levier pneuma-
tique, le système tubulaire, le système électro-pneumatique, le
sommier Universel, les tuyaux avec lèvres et lumière recouverts
de peau, le diaphone, les anches à sonorité douce, les jeux
imitant les instruments à cordes, les cavités voyelles, la basse
convenable, l'Unit Organ, la console mobile, les pédaliers conca-
ves et rayonnants, les pédales de combinaison, les pistons et
touches de combinaison, le ventilateur pour soufflerie, tout
cela est d'invention anglaise (2).
D'une façon générale, en Amérique jusqu'à ces dernières
années, nos facteurs se trouvaient très en arrière non seule-
ment sur leurs confrères anglais, mais sur ce qui se faisait en
France, et même en Allemagne; récemment la facture américaine
a fait des progrès extrêmement rapides et, si maintenant elle n'est
(i) Voir note, page 12.
(2) Nullement : Dans cette énumération, il y a des inventions de premier
ordre et des inventions accessoires. Parmi les inventions fondamentales, les sys-
tèmes tabulaires, aspirant et refoulant, le système électro-pneumatique sont
d'invention et de réalisation françaises et, sans ces systèmes, l'orgue moderne
n'eiisterait pas. — D' G. B.
PROGRÈS DE LA RÉVOLUTION EN AMÉRIQUE 97
pas la première, elle marche de front avec les meilleurs facteurs
des autres nations.
A partir de 1874, Hilborne Roosevelt construisit en Amé-
rique une quantité de beaux instruments ; s'ils manquaient un
peu de la noblesse et de la grandeur impressionnante des orgues
européennes de la même époque, ils étaient déjà remarquables
par le fini et le souci artistique de la construction des détails.
Roosevelt trouva la « combinaison de jeux variable ad libitum »,
fait destiné à influencer considérablement la façon de jouer
l'orgue. D'ailleurs, tout ce que fit Roosevelt en Amérique fut
remarquable et d'un grand intérêt pour l'art de la facture,
qu'il avait étudié en Europe et particulièrement en France ;
il importa en Amérique une foule de détails pratiques qui y
étaient inconnus ; beaucoup des orgues qu'il construisit fonc-
tionnent encore très bien, ils contiennent des flûtes qu'il serait
difficile de surpasser, des diapasons d'une sonorité solide et
tranchante et très au-dessus de la moyenne, quoique certains
trouvent qu'ils manquent de volume et de grandeur.
La transmission des mouvements est excellente, les maté-
riaux et la main-d'œuvre ne peuvent qu'être appréciés très
hautement, donc il faut proclamer que Roosevelt est bien le chef
de la révolution qui, en important les méthodes étrangères, a
complètement transformé, il y a vingt ans, la facture dans
les Etats-Unis d'Amérique. Roosevelt fut encore le pionnier du
système électro-pneumatique ; en Angleterre la réputation de ce
facteur était bien établie par ce que l'on y connaissait de son
bel orgue électrique de Garden City Cathedral, divisé en 4 parties
placées respectivement : sur la tribune du portail ouest, dans le
sanctuaire, dans les voûtes et dans le soubassement du vestiaire
des choristes.
L'auteur de ce livre arrivant en 1893 à Philadelphie comme
organiste de Saint-Clement's, était très désireux de voir un
orgue électrique de Roosevelt et fut prié de venir voir celui
de la Salle des Concerts dans la manufacture de chapeaux de
M. Steson's; on lui montra un des électro-aimants qui n'avait
pas moins de 15 centimètres de long(i)! Dans le Musical News
(i) L'important dans un électro, c'est son rendement pour les watts qu'il
laisse passer, et non ses dimensions linéaires. Il est étonnant que dans la patrie
d'Edison, les électriciens n'aient pas imaginé, en 1893, pour Roosevelt, une
solution électrique aussi satisfaisante que celle réalisée, dès 1866, par Peschard,
pour l'orgue de Saint-Laurent, de Salon ; où je tiens à le répéter, les électro-
aimants, placés à cette époque, font encore un très bon service après 48 ans ;
je l'ai vérifié en septembre 1912, de visu et de auditu. — D' G. B.
,98 PROGRÈS DE LA RÉVOLUTION EN AMÉRIQUE
de février 1896, il y a un compte rendu de l'orgue construit
par Roosevelt dans Grâce Church New-Yorit City : Cette «église
contient trois orgues, un dans le sanctuaire, un sur la tribune
de l'ouest et un troisième faisant orgue écho dans, les voûtes,
elles sont reliées électriquement et peuvent être jouées sur deux
consoles de claviers, placées l'une dans le sanctuaire et l'autre
sur la tribune. Le système électrique est d'un vieux modèle,
un peu lourd, alimenté par des accumulateurs chargés par le
courant de la ville et demandant une surveillance constante,
les grands chœurs comme l'ensemble du récit parlent avec un
effet désagréable bien connu des exécutants sur un instrument
défectueux ». Cet orgue a été récemment reconstruit avec
une nouvelle transmission et d'autres perfectionnements par
M. Skinner.
En 1894, l'auteur fit la connaissance de M. Edmond
Jardine, alors en train de construire un nouvel orgue pour
l'église Ecossaise Presbytérienne de Central Park West, avec
un nouveau système électrique inventé par son neveu. Déjà
les inventions de M. Hope-jones étaient connues, et M. Jardine
dit à l'auteur que les autres facteurs se servaient de systèmes
imitant et copiant celui de Hope-Jones jusqu'à la limite
extrême pour ne point tomber dans la contrefaçon. Le système
de Jardine était une copie presque exacte, et l'auteur, ayant
eu à Ail Angel's Church la pratique de ce système pendant
trois ans, peut affirmer qu'il était excellent. Les pionniers
du système électrique rencontrèrent des difficultés intrinsèques
causées par l'usage d'électro-aimants trop puissants et épuisant
la batterie de piles plus vite qu'elle ne pouvait être
réalimentée.
L'auteur, en fit l'expérience plusieurs fois ; mais les facteurs
ne se rendaient pas un compte exact de la nature de ce
défaut. C'est que l'emploi de l'orgue, pour des répétitions de
chœurs dépassant une i heure 1/2, épuisait la batterie d'accu-
mulateurs ; on avertissait le facteur qui, arrivant le lendemain
trouvait tout fonctionnant bien, la batterie ayant été rechargée
dans l'intervalle ; finalement on mit deux batteries avec un
commutateur de façon à se servir de la seconde batterie
aussitôt que la première montrait des signes d'épuisement.
Dans beaucoup d'orgues, le courant destiné à la trans-
mission des claviers est fourni par une petite dynamo gêné-
PROGRÈS DE LA RÉVOLUTION EN AMÉRIQUE 99
ratrice à bas voltage, mais même dans certains cas, l'orgue
montre des signes de faiblesse et avec tous les jeux tirés,
l'organiste a la sensation qiae toutes les notes jouées au clavier
ne parlent pas. C'est le même défaut pour la même cause :
électro-aimant consommant trop(i). La raison pour laquelle le
système d'Hope-jones a une prééminence sur tous les autres
la voici : une seule pile (a single cell) suffisant à fournir le
courant qui lui est nécessaire, tandis que dans les orgues
jouées par l'auteur il y avait de sept à huit piles (2). Beaucoup
des orgues électriques montées en Amérique de 1894 à 1904,
ont dues être entièrement reconstruites.
Vers 1894, M. Ernest Skinner, alors super intendant de la
Hutchings Organ Co Boston Mass., vint en Angleterre pour
y étudier la facture, et reçut bon accueil de Hope-jones et
de Willis entre autres. Il rapporta pas mal des inventions
anglaises, savoir : i" La console mobile (Saint-Bartholomew's,
New- York, Symphony Hall Boston, etc.) ; 2" La forte pression
et les lèvres garnies de peau (Orgues de Grâce Church,
Plymouth Church, Columbia Collège, Collège of the City N. Y.
Cleveland Cathedral, etc.) ; 3° Les jeux d'anches doux à fortes
pressions, les jeux de la famille des tibias « Philomela » et les
gambes de très fine taille. Dans tout ce travail, Skinner
eut l'avantage de la collaboration de Hope-Jones en qualité
de Vice-Président de sa firme, et également la coopération
d'un certain nombre d'ouvriers qu'il avait ramené d'Angleterre.
Vers 1S95, Carlton C. Michell, un anglais ancien associé
de Thynne, et de Hope-Jones, construisit, comme représentant
de celui-ci, des orgues nouveau modèle à Baltimore et à
Tauton, (Massachusetts). Puis il rentra dans la Austin Organ Co
Hartford, (Connecticut) où il fît prévaloir, avec beaucoup
d'autres perfectionnements, la sonorité des gambes modernes,
imitant les instruments à cordes.
(1) C'est que la dynamo ne débite pas assez de ceurant et voilà tout. Mais,
cette préoccupation des très petites consommations d'électricité, fort juste à
l'époque des piles, ou même des accumulateurs, est devenue inutile avec les
dynamos génératrices à bas voltage ; j'ajouterai qu'avec les pare-étincelles de
rupture actuels, les très bas voltages n'ont plus besoin d'être recherchés.
(2) Tout cela est vague ; sauf le terme «single cell » qui, précisant l'emploi
par Hope-Jones d'un seul élément de pile, précise par suite un courant de deux
volts au maximum ? Mais il vaudrait mieux nous dire combien de centièmes de
watt consomme l'électro-airaant pour soulever l'armature commandant le déclan-
chement pneumatique. Actuellement en Angleterre, en Allemagne, en France,
les orgues électriques emploient de six à huit volts, et de 60 à 80 centièmes de watt
pour soulever la soupape de décharge (voir aussi la remarque, p. 101). — D'G.B.
100 PROGRÈS DE LA RÉVOLUTION EN AMÉRIQUE
Enfin en 1903, Hope-Jones lui-même vint en Amérique,
et rentra comme Vice-Président de la Austin Organ Co ; à
partir de ce moment, cette maison adopta les touches de
jeux, les fortes pressions de vent, les diapasons avec lèvres
garnies de peau, les jeux à sonorité orchestrale, etc. (Orgues
d'Albany Cathedral, de Wanamaker et de l'Académie de
Brooklyn entre autres).
En 1907, la Compagnie de facture d'orgues Hope-Jones
et C" à Elmira, New- York commença à construire des orgues
contenant tous les perfectionnements précités et d'autres
encore, réalisés par Hope-Jones dans les instruments de Océan
Grove, Buffalo Cathedral, New-Orléans, etc. L'influence des
travaux faits par les pionniers nommés précédemment, s'est
fait sentir dans toute l'Amérique et a produit une grande
amélioration du mécanisme et de la sonorité.
Les musiciens entendant les sonorités nouvelles et les
effets ainsi obtenus, ont, pour la première fois, une notion
très nette de la grandeur, du raffinement et de l'étonnante
variété de ce qu'un orgue peut rendre comme effets musi-
caux. En revenant à leurs orgues, ils sont remplis d'un «divine
discontent» (d'un malaise divin) et n'ont de cesse que
lorsqu'ils peuvent avoir un orgue, neuf, ou au moins une
modernisation de leur ancien orgue. On commence à aban-
donner les vieilles idées sur la limitation des capacités musi-
cales de l'orgue ; maintenant une rénovation, qui s'étendra
sur tout le pays, est franchement établie et implantée.
Sans aucune discussion possible, jusqu'à ces temps derniers,
l'Angleterre a tenu la tête dans le développement de la fac-
ture de l'orgue ; et Hope-Jones en fut le véritable leader en
Angleterre ; maintenant que son génie s'exerce en Amérique,
qui viendra limiter notre marche en avant ? Même en passant
à travers les procédés des autres facteurs, l'influence de Hope-
Jones a complètement modifié les vieilles pratiques fonda-
mentales ; et, depuis que cette action s'exerce plus directe-
ment, les perfectionnements dans l'ensemble de la facture
américaine vont plus rapidement encore.
L'opinion de l'auteur, basée sur une connaissance des orgues
anglaises et américaines est que, dans ces dix dernières années,
l'Amérique a fait de si grandes « enjambées » dans l'art de la
facture, qu'elle peut revendiquer la prétention de construire des
PROGRÈS DE LA RÉVOLUTION EN AMÉRIQUE
101
orgues aussi belles que les meilleurs instruments anglais.
L'auteur risque la prophétie : En moins de dix ans, les orgues
construites à l'américaine seront regardées dans le monde entier
comme le plus parfait modèle.
En 1906, dans le banquet donné en son honneur à New-
York, Alexandre Guilmant se plaignait de ce qu'aucun des
orgues joués par lui en Amérique, ne possédait la majesté
de sonorité désirable. L'arrivée de Hope-jones a changé tout
cela ; M. Tertius Noble, le célèbre organiste anglais de la
cathédrale de York, vient justement de faire un voyage en
Amérique, il déclare qu'actuellement on y peut jouer des
instruments égaux, sinon supérieurs, à ceux qu'on trouve en
Angleterre ; le fameux organiste-virtuose Edwin Lemare déclare
que les jeux d'anches d'Océan Grève sont les plus beaux
qu'il ait jamais entendus.
REMARQUE. — Comme complément aux notes pages ^7 et 99, il faut dire
que la pratique actuelle (avec la facilité d'avoir du courant à bas voltage) est de
supprimer le petit soufflet intermédiaire M {fig. 6. page 29), inventé par
Peschard et conservé par Hope-Jones. On revient à l'attaque directe de la sou-
pape de décharge du moteur pneumatique ou du relai pneumatique, comme
Peschard et BarKer l'oat mise, il y a 48 ans, à Salon. Cette tendance à la sup-
pression de tout relai intermédiaire se manifeste aussi dans la construction des
pianos automatiques de marque réputée : simplification sans aucune perte de
rapidité d'attaque, quand le tout est bien agencé. La conservation des deux
relais, primaire et secondaire, avec un très faible électro pour déboucher le
très petit trou de décharge du relai primaire, n'est pratiquement indiquée que
dans le cas du courant fourni par des piles ou des accumulateurs. — D' G. B.
UN DOCUMENT HISTORIQUE
/r/ij
<^^^c^W ^^^^
C ic)'.^--
REPRODUCTION PHOTOGRAPHIQUE DES SIGNATURES DU CONSEIL DE FABRIQUE
DE NOTRE-DAME DE LA DALBADE, DE TOULOUSE, PASSANT MARCHÉ AVEC
MOITESSIER, POUR LA CONSTRUCTION DU PREMIER ORGUE TUBULAIRE (1846).
CHAPITRE ZIII
LES PRINCIPAUX ACTEURS DU DRAME
Maintenant, nous nous proposons de donner une biographie
rapide des principaux acteurs qui ont travaillé à révolutionner
le roi des instruments, ce furent des hommes dont le génie
.et l'indomptable persévérance, en face des préjugés, du découra-
gement et d'obstacles en apparence insurmontables, financiers
ou autres, ont rendu possible l'orgue moderne. En tête de
tous, nous trouverons
Charuss-Spachman BARK.ER
Né à Bath (Angleterre), le lo Octobre 1806, orphelin à
cinq ans, fut élevé par son grand-père qui dirigea son instruction
vers la carrière médicale, et il fut même apprenti chez un phar-
macien droguiste de Bath. Ce pharmacien était aussi arracheur
de dents, Barker devait parfois tenir la tête des patients ; leurs
gémissements et leurs cris lui portaient tellement sur les nerfs,
qu'il refusa d'apprendre le métier, et lâcha tout avant même
d'avoir fini son temps d'apprentissage. Le Docteur Hinton n'a-
joute pas crédit à certaine histoire d'après laquelle Barker, assistant
par hasard aux travaux du célèbre facteur Londonien Bishop, qui
construisait un orgue près de chez lui, se décida tout d'un coup
à faire de la facture et à se mettre sous les ordres de Bishop.
Il semble à peu près certain, qu'après un assez long séjour
à Londres, il revint à Bath pour s'y installer comme facteur
Charles-Spachman BARKER
INVENTEUR DU LEVIER PNEUMATIQUE
LES PRINCIPAUX ACTEURS DU DRAME 103
d'orgues. En 1832, le nouvel orgue que l'on venait de placer à
la cathédrale de York attirait l'attention générale, et Barker, très
frappé par les efforts que causait à l'exécutant la dureté des
claviers, médita sur les moyens de surmonter la résistance ainsi
opposée par les touches aux doigts de l'organiste. Ces médita-
tions aboutirent à l'invention du levier pneumatique, système
ingénieux, dans lequel la pression même du vent qu'il s'agis-
sait, de vaincre, fut annihilée par l'emploi de cette pression elle-
même. Barker écrivit au docteur Camidge, alors organiste de la
cathédrale de York, lui demandant l'autorisation d'attacher un
de ces leviers pneumatiques de façon temporaire à l'une des
notes les plus dures au toucher, car le Docteur Camidge
admettait que les efforts pour jouer son instrument étaient
suffisants pour fatiguer plusieurs personnes ; mais des questions
d'argent s'opposèrent à l'application du remède.
Barker offrit son invention à plusieurs autres facteurs
anglais, rebuté par leurs refus successifs, il vint à Paris en
1837, au moment où Cavaillé-CoU construisait le grand orgue
de la Basilique de Saint-Denis. M. Cavailié-Coll avait adopté la
pratique de faire donner à ses jeux de fonds et à ses jeux
d'anches des sons harmoniques au moyen d'une pression plus
forte, mais non sans certaines difficultés, car le toucher deve-
nait pratiquement trop dur (i). Aussi la machine de Barker qui,
d'une façon très simple surmontait cette résistance inévitable, lui
fut présentée au moment tout à fait opportun. En 1839, Barker
prit son brevet d'invention français, et M. Cavaillé-Coll installa
la machine de Barker dans l'orgue de Saint-Denis en même
temps que plusieurs jeux harmoniques. Cavaillé-Coll mit aussi
des machines de Barker à Saint-Roch, à la Madeleine et à
d'autres orgues de Paris.
La collaboration de Cavaillé avec Barker ne dura pas
longtemps, et bientôt nous trouvons Barker travaillant dans la
maison Daublaine et Callinet, alors en train de reconstruire le
magnifique orgue de Saint-Sulpice, chef-d'œuvre de Cliquet,
(i) Inexact : Ce n'est pas par une augmentation de pression que Cavaillé-
Coll obtenait, dans les dessus de certains jeux, des sons harmoniques ; mais en
faisant les tuyaux de longueur double, avec un petit trou vers le milieu de la
hauteur; procédé qui permet d'avoir des jeux harmoniques même avec des pres-
sions de vent très faibles : ^ %. La dureté des claviers, à Saint-Denis, provenait
uniquement des considérations exposées dans la note de la page 17 ; car les basses
n'étaient pas harmonisées sur le vent fort, qui était réserve aux dessus, non
pour leur faire rendre des harmoniques, mais pour leur donner plus de brillant
ou de rondeur. — D' G. B.
104 LES PRINCIPAUX ACTEURS DU DRAME
le « Father Schmith » français. Durant le cours de cette recons-
truction de Saint-Sulpice, Louis Callinet eut des embarras
financiers personnels et ne pouvant obtenir que son associé
Daublaine lui avançât des fonds, Callinet devint exaspéré, au
point qu'il rentra dans l'orgue, sous un prétexte quelconque,
et y brisa tout, à coups de marteau.
Cet acte de vengeance, ou de folie criminelle comme
on voudra, entraîna Daublaine lui-même à la ruine, et ainsi
la maison, dans laquelle Barker semblait avoir trouvé une
position stable, disparut à la suite de ces événements vraiment
tragiques. Callinet, était sans fortune, ne put être rendu
responsable et termina sa carrière comme harmoniste et
accordeur chez Cavaillé-Coll. Ce ne fut pas le seul désastre
qui arriva pendant que Barker était chez Daublaine et Callinet.
Le i6 Décembre 1844, Barker eut la malchance de faire
tomber une bougie allumée en essayant de guérir un corne-
ment dans l'orgue, récemment inauguré de Saint-Eustache ; ce
petit accident piovoqua un incendie qui détruisit tout l'instru-
ment. L'avenir était donc très sombre pour Barker au moment
de la ruine de Daublaine et Callinet ; mais à ce moment
M. Ducroquet (un capitaliste) racheta le fonds de la maison
de facture de Daublaine et en confia la direction à Barker,
J.-B. Stoltz, contremaître de Daublaine, homme très capable
et excellent ouvrier, n'accepta pas que le poste de directeur
fut ainsi donné à Barker, et il partit pour fonder une nouvelle
maison, qui a doté les églises françaises d'un nombre important
d'excellentes orgues, bien faites et bien harmonisées.
Stoltz fut remplacé par M. Verschneidcr, chez lequel
Barker trouva une collaboration efficace comme habileté techni-
que. Pendant que Barker était chez Ducroquet, on y cons-
truisit le nouvel orgue de Saint-Eustache remplaçant celui
incendié précédemment et aussi l'orgue exposé à Londres,
en 1851.
A l'Exposition de Paris, de 1855, Barker comme exposant
personnel (en dehors de M. Ducroquet, alors très malade et
sur le point de liquider ses affaires), obtint la médaille d'or
de première classe et le ruban de la Légion d'Honneur. A
la mort de Ducroquet survenue peu après, Merkiin prit la
suite des affaires ; Barker resta avec lui jusqu'en 1860. A ce
moment, il quitta Merkiin pour s'associer avec Verschneidcr et
c'est durant cette décade i86o-i87oque fut réalisé l'orgue électrique.
LES PRINCIPAUX ACTEURS DU DRAME 105
L'histoire de la mémorable invention du D'' Peschard a déjà
été esquissée dans ce livre (voir page 28). Barker paraît en
avoir été quelque peu jaloux en appelant le système « Pneu-
mato-électrique » au lieu d'Electro-pneumatique en mettant
ainsi la charrue avant les bœufs. Le Docteur Hinton nous
a dit : « Bien que je fusse en relations constantes, personnelles
« avec Barker durant une partie de cette mise au point de
« l'orgue électrique, le nom de Peschard fut rarement prononcé
« et n'avait guère de signification pour moi ; je ne savais pas
« si Peschard était un savant encore en vie, et pour moi, alors
« un tout jeune homme, je croyais que c'était une sorte de
« revenant avec lequel Barker avait intérêt à rester en bons
« termes. »
A l'Exposition de Paris, au Champ-de-Mars, en 1867, les
frères Bryceson installèrent un orgue sur lequel M. Templin
donnait des auditions tous les jours. M. Templin engagea
MM. Bryceson à aller voir l'orgue électrique construit par
Peschard et Barker à Saint-Augustin. Les deux frères Bryceson
acquirent du premier coup la conviction que là se trouvait
l'avenir de la transmission entre les tuyaux et les claviers ;
sans perdre de temps, ils examinèrent le système à fond et
s'arrangèrent pour avoir la concession exclusive du système
aussitôt que Barker aurait obtenu le brevet anglais, ce qui
arriva l'aTinée suivante. Cependant Barker regretta d'avoir
conclu cette affaire, car des licences furent quelquefois rétro-
cédées à d'autres facteurs par les frères Bryceson, tout en
conservant le droit d'exploiter eux-mêmes leur brevet.
Les Bryceson apportèrent beaucoup de petits perfection-
nements à l'invention de Barker, dont le défaut résidait dans la
résistance des soupapes qu'il fallait décoller de leur siège, car
il n'employait pas la soupape dite «brisée» (i) ; ils remédièrent
à la dépense de l'entretien des batteries qui se détérioraient
rapidement sous l'influence des acides forts employés pour
le dégagement du courant. Une description complète du
système Peschard-Barker se trouve dans l'Histoire de l'orgue
électrique du D^ Hinton.
Cette même Exposition de Paris, en 1867, ^^^ aussi la cause
(i) Mais pas du tout; puisque l'étectro attaquait non pas la grande soupape
du sommier, mais la très petite soupape de la machine pneumatique qui n'avait
pas besoin d'être brisée. Le système original de Peschard-Barker fonctionne,
depuis 48 ans, à l'orgue de Salon, sans soupape brisée.
106 LES PRINCIPAUX ACTEURS DU DRAME
de l'introduction en Angleterre du système tubulaire par Henry
Willis. Le fameux facteur anglais put y voir de près un orgue
de ce système construit et exposé par le français Permis (i) ; cet
examen détermina Willis à adopter immédiatement la transmis-
sion tubulaire et à la pousser jusqu'à son présent degré de
perfectionnement. La guerre Franco-Prussienne de 1870 chassa
Barker de Paris. Ses ateliers furent détruits par le bombarde-
ment, et, à l'âge de 64 ans, il fut de nouveau à la dérive.
Revenu en Angleterre, il s'aperçut, en voulant reprendre
un nouveau brevet pour sa machine pneumatique, que tous les
facteurs employaient son système, qu'ils avaient d'abord méprisé.
Barker réussit à obtenir une commande pour l'orgue de la cathé-
drale catholique de Dublin ; il était spécifié qu'il recevrait une
certaine somme d'avance, puis des versements mensuels au fur et
à mesure de l'avancement du travail. 11 eut des difficultés pour
trouver de bons ouvriers, car il ne réussit qu'à avoir une
escouade bigarrée d'ouvriers français, allemands, hollandais et
américains, parlant tant de langues différentes que c'était une
nouvelle tour de Babel, Hilborne Roosevelt, le grand facteur
américain faisait alors une tournée en Europe ; il répondit à
une demande pressante de Barker, et vint à Dublin en inco-
gnito, de façon à ne pas amoindrir la réputation de Barker.
Ses conseils et sa direction furent d'une valeur inestimable pour
Barker. La conduite de Roosevelt était dictée par un sentiment
généreux et tout à fait chevaleresque ; malgré tout et quoique
construit avec d'excellents matériaux, cet orgue ne fut pas un
succès, ni au point de vue artistique, ni au point de vue
financier. Barker ne fut guère plus heureux pour l'orgue de la
cathédrale catholique de Cork, ce fut son dernier travail.
Ces malchances accumulées, le réduisirent à faire appel dans
les journaux musicaux à ses compatriotes, sous forme de souscrip-
tion. Déjà très vieux, il s'était marié avec la fille de son contre-
maître M. Ougby ; en 1879, le 26 novembre, Barker mourut
à Maidstone (Angleterre).
Ce résumé de la carrière de la vie de Barker est emprunté
(r) Donc, dans la dernière moitié da XIX" siècle, les deux bases de la
révolution actuelle en facture d'orgue : la transmission tubulaire (1847), la
transmission électrique (1862), sont bien d'invention française; si elles ont
été délaissées pendant longtemps en France, c'est à cause de l'influence néfaste
de certains grands organistes parisiens, dont j'établirai la responsabilité dans
un livre en préparation. — D' G. B.
LES PRINCIPAUX ACTEURS DU DRAME 107
au dictionnaire de Grove, aux historiques de Hopkin's et Rim-
bault's, mais surtout au « Story of the Electric Organ » du
Docteur Hinton (i). Quelques paragraphes sont textuellement
tirés de l'ouvrage du Docteur Hinton, auquel nous sommes aussi
redevables de la photographie de Barker.
Aristide CAVAILLE-COLL
Le résumé de la vie de cet éminent artiste est tiré en partie du
Chapitre « Cavaillé-Coll et les Orgues de son temps », dans un
ouvrage du Professeur Bédart, qui va prochainement paraître, en
partie extrait des articles publiés, en 1899, par le Monde Musical,
auquel nous empruntons aussi le portrait de Cavaillé-Coll.
Aristide Cavaillé-Coll, né à Montpellier (France), le 4
Février 181 1, était le fils de Dominique Cavaillé-Coll, facteur
d'orgues réputé dans le Languedoc et petit-fils de Jean-Pierre
Cavaillé qui avait construit à Barcelone les orgues de Sainte-
Catherine et de l'église de la Merci. Le nom de Coll était
celui de sa grand-mère. Si nous remontons au commencement
du XVIIN siècle, nous trouvons à Gaillac, département du Tarn,
en France, trois frères : Gabriel Cavaillé, père de Jean-Pierre,
Pierre Cavaillé, et aussi Joseph Cavaillé qui, lui, était un facteur
d'orgues, c'est donc par tradition professionnelle qu'à l'âge de
18 ans, Cavaillé apprit l'art de la facture et fut envoyé, en 1829, à
Lérida pour la construction d'un orgue, dans lequel il mit,
pour la première fois (2), un accouplement du pédalier au
manuel, et le système d'équilibration dans les grands réservoirs
de la soufflerie.
En 1834, Aristide Cavaillé, comprenant la nécessité d'acquérir
des connaissances en physique et en mécanique, vint à Paris
comme élève de Savart et de Cagnard de la Tour. La
(i) Edité à Londres par Simpkin Marshall Hamilton. Voir aussi «Organ
Construction », par le D' Hinton, Weekes, éditeur, Londres.
(2) Ce n'était pas précisément une nouveauté: puisque en i55o, à l'orgue de
Luneberg, il y avait une tirasse perpétuelle du G. O. sur le pédalier I En 1600,
nous retrouvons cette tirasse à Sainte-Marie-de-Lubeck, mais déjà avec faculté,
pour l'organiste, de s'en servir on non ad libitum ; en 1829, c'était une pratique
courante. — D' G. B.
108 LES PRINCIPAUX ACTEURS DU DRAME
même année s'ouvrit un concours pour l'orgue à construire
dans l'Eglise royale de Saint-Denis ; Cavaillé-Coll envoya un
projet qui réussit à lui faire obtenir la commande. Ce succès
décida MM. Cavaillé-Coll à transporter leurs ateliers à Paris,
où ils s'établirent d'abord rue Neuve-Saint-Georges ; à cause
des réparations de maçonnerie, l'orgue de Saint-Denis ne put
être terminé qu'en 1841, mais il montra des perfectionnements
de grande importance, dont le plus grand et le plus remar-
quable était l'application du levier pneumatique de Barker.
La distribution du vent était nouvelle, les dessus du
jeux ayant une pression plus forte, afin de leur donner une plus
grande puissance. Les réservoirs régulateurs étaient munis de
doubles soupapes assurant une alimentation plus stable, que
l'on jouât tous les jeux ensemble, ou séparément. L'intro-
duction des jeux harmoniques était pratiquement une inno-
vation, leur usage ayant été jusque là presque interdit par
les difficultés d'avoir du vent à forte pression (i). Ce système
enrichissait l'orgue d'un nouveau groupe de jeux, sonnant
mieux comme rondeur et volume.
En 1840, Cavaillé soumettait à l'Académie des Sciences
ses résultats expérimentaux sur les travaux d'orgue, l'archi-
tecture et la tonalité normale de l'orgue, la longueur des
tuyaux par rapport à leur intonation et à la pression à
employer. Cavaillé a fait beaucoup de recherches et d'amé-
liorations dans la soufflerie, il fût même l'inventeur du Poiki-
lorgue qui fut un des ancêtres de l'harmonium expressif
De 1834 à 1898, il construisit plus de 700 orgues y compris
ceux de Saint-Sulpice, Notre-Dame, Sainte-Clotilde, La Madeleine,
le Trocadéro. Saint-Augustin, Saint-Vincent-de-Paul, la Trinité
(Paris), Saint-Ouen, à Rouen, Saint-Sernin à Toulouse, les
cathédrales de Nancy, Amiens, Orléans, Perpignan et les orgues
de Amsterdam et Moscou, de Sheffiels et Manchester en Angle-
terre. Le plus célèbre de tous est l'orgue de Saint-Sulpice
inauguré en avril 1862, qui contient 100 jeux, mais le Docteur
W.-C. Cari, de New-York, qui connaît bien ces instruments,
considère que l'orgue de Notre-Dame quoique un peu plus
(1) Voir note page io3. Actuellement chez Cavaillé comme chez les autres
facteurs, il est exceptionnel de trourer (même avec des réservoirs séparés) une
pression notablement plus forte pour les dessus des jeux harmoniques, dont les
tuyaux parlent à la même pression que les basses, et sur le même sommier que
les jeux non harmoniques. — D' G. B.
Aristide CAVAILLE-COLL
LES PRINCIPAUX ACTEURS DU DRAME 109
petit (90 jeux), donne une meilleure idée de la facture de
Cavaillé-Coll. On en trouvera plus loin la description.
La belle période de CavailIé-CoU fut sous l'empire, Napoléon III,
pour se faire bien venir du clergé et des évéques, favorisa la
restauration des orgues des cathédrales et de beaucoup d'églises;
et souvent Cavaillé-Coll en fut chargé. Dans beaucoup de ces
restaurations, il conserva les anciens sommiers, en les divi-
sant en deux layes séparées pour les fonds et les anches ; il
augmenta les pressions de vent, améliora la soufflerie, mit des
leviers pneumatiques et transforma les petits récits qui s'arrê-
taient au 4 pieds (récits de 42 notes) en de grands récits de
15 à 20 jeux. Il mit des anches de 16 pieds dans la boîte expres-
sive, donnant ainsi un brillant couronnement aux beaux jeux de
fonds et de mutation des anciennes orgues des cathédrales
françaises. Nous connaissons tous le magnifique effet d'un
grand récit, beaucoup d'orgues des cathédrales et églises fran-
çaises, en 1850, étaient privées de cette précieuse ressource
sonore, et Cavaillé-Coll par des reconstructions bien comprises,
pour lesquelles il employa de bons matériaux, et surtout par
l'addition de grands récits, transforma complètement leur sonorité.
Ces grands instruments placés d'ailleurs dans des positions très
favorables, au dessus du grand portail ouest, trouvaient dans les
nefs de ces grands édifices gothiques, une résonnance acoustique
convenant admirablement aux sons de l'orgue,
Cavaillé-Coll, durant sa longue carrière, reçut dans les Exposi-
tions universelles des récompenses les plus élevées : Chevalier de la
Légion d'Honneur en 1849, Officier en 1878, il fut aussi
Président honoraire de la Chambre Syndicale des instruments de
musique. Très affaibli par l'âge, en 1898, il laissa la direction des
ateliers à un de ses meilleurs élèves, M. Charles Mutin, qui n'a
jamais cessé de maintenir la haute réputation de la maison.
Aristide Cavaillé-Coll s'est éteint sans souffrance, le 13 octobre
1899, dans sa quatre-vingt-neuvième année ; comme Chevalier
de la Légion d'Honneur, il eut à ses funérailles les honneurs
militaires. Un service très simple fut célébré à Saint-Sulpice, et
M. Charles Widor joua encore une fois, devant la dépouille de
l'illustre facteur, le magnifique instrument qui fut la plus belle
conception de sa vie artistique.
Au cours de notre revue des étapes de la facture, nous
avons mentionné les principales contributions apportées par
110 LES PRINCIPAUX ACTEURS DU DRAME
Cavaillé-Coll au perfectionnement de l'Orgue, notamment dans
l'emploi des jeux harmoniques et des fortes pressions de vent.
M. W. T. Best, dans son rapport à la Philharmonique de Liver-
pool sur l'achat d'un orgue pour leur salle de concert, recom-
manda Cavaiilé-CoU « comme le meilleur pour la sonorité
d'orgue pure à cette époque » ; immédiatement après lui il pla-
çait T. C. Lewis & Sons, puis W. Hill & Son (i). Mais les orga-
nistes du monde entier doivent surtout remercier Cavaillé-Coll
pour l'assistance qu'il donna à Barker, en adoptant et déve-
loppant l'usage de la machine pneumatique, sans laquelle il eut été
absolument impossible de réaliser le système actuel de sonorité,
basée sur les fortes pressions de vent.
Béni soit l'homme « dit Sancho Pança, qui le premier a
inventé le sommeil, et quel bonheur qu'il n'ait pas gardé cette
découverte pour lui tout seul ! » Joseph Booth de Wakefield, avait
placé ce qu'il appelait un « puflf bellows » (soufflet à gonflement)
pour aider au tirage des notes de pédales de l'orgue d'Arter-
cliffe, près Scheffield dès 1827 (3); mais il garda l'invention pour
lui, et c'est seulement 24 ans après sa mort, que la chose a été
divulguée ; d'autre part, notons la persévérance de Barker :
pendant cinq ans il se promena essayant de convertir l'un après
l'autre les facteurs anglais, mais sans aucun succès ; alors il se
décida à traverser la mer avec son invention.
Son histoire rappelle celle de Rev. William Ly, l'inventeur
de la machine à tricoter les bas, au temps de la Reine Elisabeth.
Ses compatriotes méprisèrent son invention, et le découragèrent
si bien que peu de temps après, invité à venir en France par
Henri IV, avec promesses de privilèges d'honneurs et de récom-
penses, il partit avec neuf ouvriers et neuf machines pour
Rouen, où il travailla au milieu de l'approbation générale. C'est
ainsi que l'histoire se répète.
(i) Oubliant le célèbre H. Willis, avec lequel il s'était brouillé (voir p. 114).
(2) Dans cet orgue, Booth avait mis les grosses basses de la montre de 16,
sur un sommier spécial, dont les soupapes étaient rattachées à de petits soufflets
ronds (comme le pli d'une lanterne vénitienne) ; leur gonflement entraînait la
soupape ; c'est donc bien Booth qui fut le premier inventeur et le réalisateur
de la machine pneumatique. En i835, David Hamilton plaça une machine pneu-
matique à Saint-John-d'Edimbourg ; mais, à ce moment, Barker avait déji
proposé, depuis deux ans, son système au D' Camidge pour la cathédrale de
York. — D' G. B.
LES PRINCIPAUX ACTEURS DU DRAME 111
Henry ^WILLIS
Le résumé suivant sur le plus grand constructeur anglais
de la période Victorienne est tiré de l'interview dont il fut
l'objet, en 1898, par le Musical Times. Né en 1821, à
Londres, d'un père qui, tout en étant entrepreneur de cons-
tructions, était aussi choriste à Old Surrey Chape! et timbalier
à l'orchestre d'amateurs les Céciliens, Henry Wiliis commença à
jouer de l'orgue dans son tout jeune âge Ce fut entièrement
un autodidacte, car il ne reçut jamais de leçons de personne.
En 1835, il avait à peine 14 ans, quand il fit son engage-
ment de sept ans d'apprentissage chez le facteur d'orgues
John Gray (plus tard Gray et Davidson). Comme apprenti, il
inventa un système d'accouplement des manuels au pédalier,
qu'il employa ensuite pendant plus de 60 ans dans toutes
ses orgues ; en accordant l'orgue de la Chapelle de Windsor,
il fit la connaissance de Sir George Elvey, qui prit en grande
affection ce tout jeune accordeur. Pendant qu'il finissait son
apprentissage, Henry Wiliis fut nommé organiste de Christ
Church à Hoxton. Vers 1850, nous le trouvons organiste de la
paroisse de Hamsptead, dont il avait construit le nouvel orgue,
enfin pendant 30 ans, il fut organiste de Chapel of Ease, à
Islington ; il abandonna ce poste seulement lorsqu'il eut
dépassé, comme dit le Psalmiste : « trois vingtaines et dix
années ».
En dépit des obligations toujours croissantes de ses affaires,
Henry Wiliis s'acquitta toujours de ses devoirs d'organiste
avec une ponctualité remarquable ; souvent le samedi il fît
un voyage de 150 milles, pour être présent à son office du
dimanche. Dans sa jeunesse, il joua aussi de la contrebasse,
prenant part au Festival de Musique Provinciale de 187 1 et
1874. Son apprentissage terminé, il passa trois ans à Chel-
tenham, chez un facteur nommé Evans, plus tard très connu
par ses instruments à anches libres ; de cette collaboration,
sortit un orgue à anches libres à deux claviers et pédalier
de 30 notes, qui fut exposé chez l'éditeur Novello, à Londres ;
c'est là que Wiliis fit la connaissance du très célèbre organiste
Samuel Sébastien Wesley. Enfin en 1847, Henry Wiliis,
s'établit pour son compte et son premier grand succès fut,
la reconstruction de l'orgue de la Cathédrale de Gloucester.
112 LES PRINCIPAUX ACTEURS DU DRAME
« Ce fut la pierre basilaire de ma réputation, aimait-il à dire ;
« le Récit, qui descendait jusqu'au huit pieds, avait 12 jeux,
« avec un double rang de lames expressives. L'effet pianissimo
« était absolument étonnant, on me donna . 400 livres
« (10.000 francs), pour cette besogne; j'en devins assez pré-
« somptueux pour me marier. »
Pour la grande Exposition de 1851 au Crystal Palace de
Hyde Parck, Henry Willis installa un orgue magnifique qui
fut très remarqué et eut les honneurs de la visite de la
Reine et du prince Consort : avec trois claviers manuels, 70 jeux
parlants et sept pédales d'accouplements, il comptait 22 jeux
au récit. L'étendue des manuels montait jusqu'au sol suraigû,
et le pédalier avait 32 notes. Il y avait bien d'autres parti-
cularités dans ce bel instrument, qui fut un acheminement
vers les révolutions prochaines dans la facture d'orgue : notons
tout d'abord l'introduction de pistons placés entre les barres
des claviers, et remplaçant les lourdes pédales de combi-
naisons alors en vogue.
Cet orgue, fait pour une Exposition, marquait un grand
perfectionnement dans le levier pneumatique; car un enfant pouvait
abaisser les touches du clavier avec tous les jeux tirés (i); et
jamais cet orgue ne se dérangea. Remonté, l'année suivante,
dans la cathédrale de Winchester, il fonctionna pendant 40 ans,
avant d'être retouché.
Ce succès fit donner à Willis la commande de l'orgue de
Saint-Georges Hall, Liverpool « Le secrétaire de la municipalité de
« Liverpool m'écrivit un jour, dit M. Willis, pour m'informer qu'une
« Commission municipale visiterait l'Exposition un certain jour,
« dès six heures du matin, dans le but d'essayer les différents orgues
« exposés et de choisir le facteur pour le nouvel instrument projeté
« à Saint-Georges Hall ; il me demandait si je pourrais y être,
« j'y fus ; et nous étions d'ailleurs tous là. Les deux autres
« facteurs concurrents X et Y, en prévision de cette visite,
« avaient accordé leurs orgues la veille au soir, avec ce joli
« résultat que, par l'excessive chaleur du soleil passant à
(1) Je ne saisis pas la portée de cette remarque, car la résistance pour enfon-
cer la touche, ouvrant la petite soupape d'introduction p de la machine pn u-
matique (voir page ig, fig. 3) est identiquement la même, qu'il y ait un ou tous
les jeux tirés, que l'on )oue avec ou sans les accouplements. C'est dans une
autre partie dn mécanisme (et au-delà de cette soupape p) que la résisiance
croit avec le nombre des jeux et des accouplements ; elle n'eit donc pas trans-
mise aux touches du clavier. — D' G. B.
LES PRINCIPAUX ACTEURS DU DRAME 113
« travers le toit de verre, les jeux d'anches étaient horribles
« à entendre. Je ne dis rien, mais le lendemain dès cinq heures
« du matin, j'étais là avec mes hommes pour accorder les
« anches pendant la fraîcheur du matin de cette belle journée
« d'été.
» A six heures, la Commission venue de Liverpool, fit
« son entrée, il y avait avec le maire et le secrétaire,
« MM. Samuel Wesley et T. A. Walmisley, leurs conseillers
« au point de vue musical, MM. X et Y avaient spécialement
« engagé deux organistes éminents ; moi, je n'avais retenu
« personne ; mais j'avais fait dire d'abord à Best, qui avait
« donné plusieurs récitals sur mon orgue à cette Exposition :
« ce ne serait pas une mauvaise idée, si vous vouliez bien
« venir demain à six heures du matin, comme vous le faites
« ordinairement quand vous devez répéter. Best était là; quand
« on eut entendu les deux orgues de mes concurrents, le
« secrétaire vint à moi et me dit, maintenant nous allons
« entendre votre orgue M. Willis, est-ce que vous le jouerez
« vous même ? Je répondis : mais il y a là un de vos conci-
« toyens (c'était Best), demandez lui s'il veut jouer ; il le
« lui demanda, M. Best ne voit aucune difficulté à jouer;
« me dit le secrétaire, mais il demande cinq guinées (125 francs)
« Eh bien ! donnez-les lui ! La municipalité de Liverpool peut
« bien faire cela ! L'affaire s'arrangea. Best joua l'Ouverture
« de Jessonsda, de Spohr, et il la joua si superbement, que
« l'audition de mon orgue fut toute une révélation pour les
« gens de Liverpool. »
Après avoir délibéré en petit comité, pendant environ
vingt minutes, la Commission décida de recommander Willis
au Conseil de la Ville de Liverpool, pour construire l'orgue
de Saint-Georges Hall.
Willis, néanmoins, eut quelques sérieuses difficultés avec le
D' Sam. Wesley qui voulait que les claviers manuels et la
pédale commencent au sol grave. « Je vous fais la conces.
« sion pour les manuels, dit Willis, mais je vous le répète,
« à moins que vous n'acceptiez le pédalier en ut, je refuse
« absolument de faire l'orgue ». L'orgue fut construit avec
ce compromis, mais néanmoins Willis vécut assez longtemps
pour pouvoir modifier son magnifique orgue de Liverpool,
dont il étendit les manuels jusqu'à l'ut grave en 1898.
114 LES PRINCIPAUX ACTEURS DU DRAME
L'orgue fini, il recommanda de prendre Best comme titulaire,
bien que le D^ Wesley en eut fait l'inauguration. Non seu-
lement Willis fit nommer Best à Liverpool, mais auparavant
il lui avait appris à jouer des transcriptions d'Ouvertures et
d'autres pièces orchestrales arrangées pour l'orgue. « Je l'avais
couvé » répétait ce vétéran de la facture d'orgue ; et nous
savons avec quel magnifique résultat. Malgré que tout ce que
Best devait ainsi à Willis, il lui chercha maintes querelles à
la fin de sa carrière à propos de l'entretien de son orgue
de Saint-Georges. Comme Best demandait non pas des modi-
fications que Willis ne pouvait pas faire, mais que ce maître
facteur ne voulait pas faire, il ne put y réussir ; mais Best
parvint à faire donner l'accord de l'orgue à T. Lewis & Sons,
Cependant à la mort de Best, Willis fut remis en possession
de son bel orgue.
Willis a conquis une haute réputation bien méritée pour
ses orgues de cathédrales, il n'en construisit pas moins de
seize. Son plus grand instrument est celui du Royal Albert
Hall renfermant 150 jeux; il en fit entièrement le plan lui-
même, ne fut mis en concurrence avec aucun autre facteur,
on lui donna carte blanche. On raconte une amusante histoire à
propos de la hauteur du diapason auquel devait être accordé
l'instrument. Les membres du comité décidèrent que Sir
Michael Costa, M. R. K. Bowley Directeur du Crystal Palace
et quelques uns des meilleurs instrumentistes à vent de
l'époque, y compris le fameux clarinettiste Lazars, se réuni-
raient dans les ateliers du facteur pour décider la question
du diapason.
« Ils amenèrent avec eux un violoniste, dit Willis, mais
« je ne vois pas ce qu'un violoniste, quoique très expert, peut
« avoir de compétence pour déterminer le diapason d'un orgue?
« Je dois vous dire, ajoutait Willis, qu'avant l'arrivée de ces
« gentlemen, j'avais quelque idée de ce que devrait être le
« diapason exact de l'instrument... On commença. Costa
« présidait ce conclave, mais quand chacun d'eux commença à
« souffler dans son instrument, chacun donnait un la diffé-
« rent de son voisin, c'était un pandemonium typique ! Enfin
« peu à peu, nous arrivâmes à quelque chose qui fut regardé
« comme satisfaisant, et nous nous souhaitâmes le bonjour
« réciproquement ».
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LES PRINCIPAUX ACTEURS DU DRAME 115
Il n'est pas besoin de dire ce qui s'en suivit, nous laissons
à nos lecteurs le soin de conclure si l'orgue de Royal
Albert Hall fut accordé à la hauteur du diapason de
MM. Costa, Bowley, Lazarus & C», ou à celui antérieurement
. choisi par Willis.
Willis construisit deux grands instruments : l'un pour
Alexandre Palace, et l'autre pour le Château de Windsor, cet
orgue ayant deux consoles de clavier, l'une dans la salle Saint-
Georges, l'autre dans la chapelle privée de Sa Majesté, ce qui
permet de jouer l'instrument et de le faire entendre dans les
deux endroits. Si l'orgue de la cathédrale de Saint-Paul fut
construit dans sa forme actuelle, c'est entièrement dû à la
personnalité si dominante de Willis. 11 exigea l'enlèvement de
l'ancien jubé et du buffet qui le surmontait ; puis trouvant
qu'il avait les deux façades pareilles, il fit couper le buffet
en deux, et réinstalla ces façades de chaque côté, entre les
piliers du chœur, à la place des statues de Lord Nelson et de
Lord Cornwalis. Quelqu'un du comité lui ayant demandé s'il
se proposait d'avoir deux organistes pour cet orgue divisé en
deux, Willis répondit « laissez-moi faire » et il se mit à cons-
truire son système tubulaire en s'inspirant de l'orgue tubulaire
à vent rentrant du français Permis, qu'il avait examiné à
l'Exposition de Paris en 1867, car nous avons dit précédemment
que le système tubulaire avait été réalisé antérieurement en
France, dès 1849, mais avec vent aspirant, par Moitessier.
L'orgue de Saint-Paul reconstruit, fut joué, pour la première
fois, en 1872, à l'occasion du service d'actions de grâce pour la gué-
rison du Prince de Galles, après une typhoïde. Ce jour là, la tubu-
larisation de la pédale n'était pas terminée, Willis installa un clavier
de pédale de fortune, tout contre le sommier des tuyaux de pédale,
et joua lui-même la partie de pédales pendant tout le service, tandis
que l'organiste Georges Cooper jouait les claviers situés beaucoup
plus haut (à neuf mètres au-dessus du sol). A la fin de l'office,
M. Goss dit à M. Ousley qui se trouvait là. « Que pensez-vous des
jeux de pédales de l'orgue? » Superbes ! répliqua le professeur
d'Oxford. Vous savez que les tuyaux sont loin des claviers, est-ce
que la pédale vous a paru attaquer, bien exactement, avec les manuels,
demanda Goss ? Parfaitement, répliqua Ousley, mais pourquoi me
demandez-vous cela ? Alors Goss lui dévoila le secret, et, à cette
époque, c'était vraiment un secret.
116 LES PRINCIPAUX ACTEURS DU DRAM
« Le grand dada de Willisfut le yachting ; il possédait l'Opale,
« un yacht de 54 tonneaux, et attribuait le maintient de sa belle
« santé à ses nombreuses sorties en mer. J'ai fait le tour, dans
« mon bateau, de toute l'Angleterre et de l'Ecosse,, disait-il ; je
« suis mon propre capitaine et ces deux gaillards-là, disait-il, en
« montrant deux de ses ouvriers, sont mon steward et mon char-
« pentier. Mon steward est un pêcheur, or un pécheur est un
« homme très utile pour la prévision du temps qu'il fera. Je
« répare mon yacht moi-même, déjà j'ai réparé son doublage en
« cuivre deux ou trois fois, je lui ai fait un gréément tout neuf,
« voici l'ancien mât. 11 y a quelques années, une corde, en glissant
« fortement entre mes mains, m'abîma les troisième et quatrième
« doigts des deux mains ; ils restèrent recourbés me forçant, pen-
« danl longtemps, à faire mon service d'organiste en utilisant
« seulement le pouce^ l'index et le médius de chaque main ; mais le
« docteur Macready, le fameux chirurgien, me demanda de tenter
« une opération sur mes doigts crochus ; le résultat fut que je puis
«f m'en servir, comme autrefois, ou peu s'en faut. »
Henry Willis mourut à Londres, le 11 Février 1900, âgé de
80 ans, profondément regretté de tous ceux qui le connurent, il
fut inhumé dans le cimetière de Highgate.
Dans le cours de cette étude, nous avons mentionné les multi-
ples perfectionnements que Willis apporta dans la facture d'orgue,
notamment dans les jeux d'anches. Comme dit Sir Georges Glowes,
« les orgues de Willis resteront célèbres pour les merveilleuses
« qualités de leur mécanisme ». Homme adroit, ingénieux, auda-
cieux même, plein de ressources, qualités heureusement associées
avec beaucoup de bon sens et un jugement très sûr, voilà les traits
caractéristiques de la remarquable personnalité de Willis. Il s'occu-
pait lui-même des moindres détails de son atelier, rien ne lui
paraissait indigne d'attirer son attention. Cette puissance détaillée
dans le travail était extraordinaire, on peut dire que chaque tuyau
lui passait entre les mains. Etant organiste lui-même, quand il faisait
le plan d'un instrument, il pensait toujours à l'exécutant.
Son génie inventif était remarquable et le servit étonnam-
ment dans la partie mécanique. Il prenait souci des moindres
choses, son enthousiasme était sans bornes, avant tout il possédait,
au plus haut degré, cette qualité qu'un de ses confrères en
facture, appelait de la persévérance obstinée. Il avait beaucoup
d'aversion pour les journalistes et les congédiait sans cérémonie.
S'il était sans vanité, il n'était pas très facile à se laisser mener,
LES PRINCIPAUX ACTEURS DU DRAME 117
spécialement dans ses discussions avec les architectes, discussions
dont les architectes sortaient un peu malmenés.
Il considérait l'orgue de Saint-Paul, remanié en 1899, comme
son « magnum opus ». Il n'y a rien au monde de pareil, disait-il,
avec un orgueil bien pardonnable, un jour que Sir Georges Martin
jouait, on peut le dire, d'une façon vraiment royale, ce roi des ins-
truments. Paraphrasant l'inscription du monument de Purcell',
à Westminster Abbey, nous ajouterons :
Il est parti pour le seul séjour où ses belles harmonies pour-
ront être surpassées, laissant derrière lui une quantité de nobles
spécimens de ses exploits artistiques en facture d'orgue.
Robert HOPE-JONES
Robert est le troisième fils de William Hope-jones, de
Hooton, Grange, Cheschire (Angleterre). Son père, un homme
de ressources, est cité comme un des pionniers qui organisèrent
l'armée des volontaires en Grande-Bretagne. C'était un musicien
jouant du cornet à piston, et possédant une voix de ténor
remarquable. Sa mère Agnes Handforth, fille du Recteur de
Asthon-Under Lyne, Lancashire, était aussi bonne musicienne,
chanteuse très douée, ayant une grande impressionnabilité
artistique.
Elle eut neuf enfants, deux filles et sept garçons. Robert
naquit le 9 Février 1859, héritant à un degré exagéré de la
nature très émotive de sa mère. Avec une enfance mélanco-
lique, faible et maladive, on croyait qu'il ne vivrait pas, et
pour éviter les durs hivers anglais, on envoya le jeune Robert
tous les ans dans le Sud de la France. Jugé trop délicat pour
aller à l'école, on lui donna un précepteur ; avec une enfance
aussi sensitive et aussi délicate, il ne fut jamais question de
lui faire faire du sport, et alors il n'est pas étonnant qu'il
devint un peu rêveur et un intellectuel. Trop malade pour faire des
études suivies, son instinct musical l'attira vers l'orgue, à
l'âge de 9 ans, nous le trouvons jouant, à l'occasion, l'orgue aux
offices de Eastham Paris Church.
A la mort de son père, il avait 14 ans, et suivait d'une façon plus
118 LES PRINCIPAUX ACTEURS DU DRAME
OU moins régulière les cours d'un collège. Au moment de sa confir-
mation, il se persuada qu'un effort surhumain de sa volonté compen-
serait sa faiblesse physique et qu'il pourrait faire quelque chose de
bien dans la vie. Alors commença une lutte désespérée dans laquelle
il surmonta peu à peu tous lés obstacles, et q\ii eut pour
résultat dt développer chez Hope-Jones une volonté de fer et
une détermination de réussir qu'aucune malchance n'a été pos-
sible de faire fléchir. Jusqu'à 30 ans, son état de santé l'a
beaucoup gêné ; à peine âgé de 15 ans, il était organiste
volontaire et maître de Chapelle Birekenhead School ; trois ans
plus tard, il avait les mêmes fonctions à St-Luke-s-Tranmere,
où il dirigeait un chœur d'enfants qui devint rapidement
célèbre.
Dans cette église, il acheta et fit placer un bel orgue, il en
devint même marguillier, montrant aussi une activité sans pareille
dans d'iiutres postes ecclésiastiques ; il fit installer un Orgue dans
Claugton Music Hall, y organisa et y fit exécuter des oratorios pour
le bénéfice de plusieurs « Church funds ». Hope-Jones faisait répéter
et dirigeait de grandes masse chorales et orchestrales, constituées
par des exécutants de bonne volonté. Pour les psaumes, dont les
vers sont arrangés en groupes ternaires, il écrivit ce qu'il appela
« triple chant », une forme musicale adoptée depuis par d'autres
musiciens, et composa des cantiques, des kyrie et beaucoup d'autre
musique religieuse.
Bien que la paroisse de Saint-Luke's fut située dans un
milieu peu fortuné, les hommes et les enfants formant les
chœurs, non seulement chantaient gratuitement, mais sonnaient
les cloches, soufflaient l'orgue, achetaient toute la musique néces-
saire, payaient le blanchissage des surplis et même faisaient des
collectes pour les fonds de la paroisse.
L'enthousiasme de Hope-Jones n'avait pas de limite ; et il
savait le communiquer à ses collaborateurs ; ce jeune homme
était si énergique, qu'en dépit de sa petite santé, et, sans
même résilier ses fonctions à Saint-Lucke's, il devint maître
de Chapelle et organiste honoraire à Saint-John's Church de
Birkenhaed, et dirigea simultanément les deux maîtrises de ces
paroisses ; l'auteur de ce livre, dont le fils était à la maîtrise de
Saint-John's, aida souvent Hope-Jones comme organiste le
Dimanche. C'est dans cette église que Hope-Jones réalisa son
premier travail important comme facteur d'orgue ; la trans-
LES PRINCIPAUX ACTEURS DU DRAME 119
mission électrique améliorée, la console des claviers transpor-
table, et beaucoup d'autres questions destinées à retentir dans
le monde des organistes, furent conçues et réalisées par lui,
après la besogne quotidienne et les répétitions des chœurs. Il
avait d'ailleurs l'assistance volontaire de ses choristes adultes
et enfants qu'il avait enthousiasmés et qui travaillaient très tard
le soir, ils y passèrent même la nuit plus d'une fois. Quelques-
uns de ces collaborateurs bénévoles occupent maintenant des
postes élevés dans la Hope-Jones Organ C°.
Tout cela était une occupation de ses loisirs. C'est à
i8 ans que Robert Hope-Jones commença un travail profes-
sionnel, en rentrant comme apprenti dans la grande maison
de Laird Bros, constructeurs de navires et de machines, à
Birkenhaed.
Après avoir porté le bourgeron de l'ouvrier et avoir fait
les travaux manuels des différents ateliers, puis séjourné dans
des salles de dessin de l'usine, il fut nommé chef électricien
de la. Compagnie Téléphonique de Lanscahire et Cheschire (plus
tard National Company). Dans les téléphones, il inventa une
foule de perfectionnements dont quelques-uns sont encore en
usage. A cette époque, il imagina une méthode pour accroître
la puissance de la voix humaine, au moyen d'un relai à air
comprimé, principe encore utilisé dans les phonographes et
autres machines reproduisant la voix. Il inventa aussi le
Diaphone, maintenant employé officiellement au Canada, pour
les signaux de brumes, et considéré comme le plus puissant
des appareils sonores ; en le modifiant, Hope-Jones l'appliqua
ensuite à l'orgue.
En i88t), il donne sa démission de téléphoniste-ingénieur,
afin de donner une plus grande partie de son attention aux
perfectionnements de l'orgue d'Eglise ; préoccupation qui, nous
l'avons vu, avait autrefois accaparé tous ses loisirs. Il conserva
un bureau comme ingénieur consultant, mais graduellement son
dada de la facture d'orgue étouffa les autres occupations, et ce à
son désavantage financier, mais au plus grand profit du monde
musical.
Son orgue de Saint-John's Church Birkenhead devint fameux,
de toutes les parties du monde, des milliers d'amateurs de musique
vinrent pour le voir, et des orgues construits sur le même
modèle furent commandés pour l'Amérique à Tauton, à
Baltimore, pour l'Inde, l'Australie, la Nouvelle Zélande, Terre-
120 LES PRINCIPAUX ACTEURS DU DRAME
Neuve, pour la France (i), l'Allemagne, pour Malte, sans compter
un certain nombre de cathédrales et de salles de concert en
Angleterre.
Rien néanmoins, ne fut dépensé pour payer de la
réclame; la presse musicale anglaise, pendant des années,
consacra ses colonnes à une discussion très âpre des inventions
de Hope-Jones, inventions destinées cependant à faire époque ;
les échos de ces discussions se répercutaient dans les journaux
de musique des autres pays. Mais en dépît de toutes ces
oppositions et d'embarras financiers, Hope-Jones construisit des
orgues qui ont influencé l'art de la facture dans toutes les
parties du globe. 11 prouva qu'il était un inventeur prolifique,
et put légitimement revendiquer que durant ces vingt dernières
années les 9/10 des perfectionnements en facture lui sont dûs.
C'est avec raison qu'en parlant de Hope-Jones, on a pu dire :
« le plus grand esprit, appliqué à la construction de l'orgue,
maintenant, et avant notre époque. »
Tout organiste qui connaît bien l'œuvre de Hope-Jones
acceptera ce jugement, et plus de trente facteurs se sont
honorés en écrivant des témoignages admiratifs du même
genre ; la « Austin Organ Company », dit : « Nous avons
« pris beaucoup de peine pour étudier le système Hope-Jones,
« et pour avoir satisfaction touchant les résultats qu'ils a obte-
« nus ; nous n'avons plus de doute sur ce fait qu'il a réalisé
« une révolution complète dans le développement des sono-
« rites. » Dans son Dictionnaire de Musique, page 551, Sir
Georges Growe écrit : « aucune description de la transmission
« électrique, telle quelle existe maintenant, ne serait complète
« sans mentionner le nom de M. Hope-Jones, les recherches
« dans le domaine de la sonorité de l'orgue poursuivies par
« M. Hope-Jones et par tous ceux qui, sans relâche, luttent
« pour la prééminence de l'emploi des pressions variées entre
« 3 et 25 pouces (c'est-à-dire entre 75 et 620 millimètres !)
« ont produit dans les sonorités de l'orgue moderne une
« variété et une supériorité plus grande que tout ce qui a
« existé auparavant. »
Elliston, dans son Organ Construction, consacre un
long article à la description des instruments de Hope-Jones,
(i) Un seul fut importé en France par Mader, de Marseille, pais fut transporté
à Paris, à l'Ecole Niedermeyer. — D' G. B.
LES PRINCIPAUX ACTEURS DU DRAME 121
en Angleterre et en Ecosse, disant que ce système contient
énormément de nouveautés comme mécanisme et sonorité.
Mathews, dans Handhook of the Organ, dit « par son
système électrique, M. Hope-Jones chercha non seulement à
obtenir une répétition d'une rapidité maximum, mais encore
à provoquer les vibrations des anches comme celles des
autres tuyaux par une bouffée percutante « percussive blow » ;
ce qui lui a permis d'obtenir certaines qualités de son,
impossibles dans les anciens systèmes (i). Ses orgues sont remar-
quables par la rondeur et la douceur des jeux d'anches
même les plus puissants, et aussi par la profondeur, le
volume et la majesté de sonorité des jeux de pédales ».
M. Ernest Skinner, de Boston lui écrivait ceci : « votre
patience, vos recherches, vos expériences, ont plus fait que
tous les autres pour rendre la sonorité de l'orgue moderne
ce qu'elle est actuellement. Je regarde votre invention des
lèvres garnies de peau comme étant, en matière de sonorité,
l'équivalent de ce que fut le levier de Barker pour le méca-
nisme, je pense que la portée de vos découvertes ne sera
pas moindre, je crois que vous fûtes le premier à reconnaître
l'importance d'un petit voltage, et que le monde entier doit
vous remercier pour le contact par fils ronds et l'électro
renversé. Depuis que je me suis familiarisé avec votre œuvre
et vos écrits, je les trouve pleins de suggestions fort
utiles ».
Au début, Hope-Jones donna des licences à pas mal de
constructeurs pour exploiter ses inventions, mais le résultat
n'étant pas satisfaisant il rentra lui-même dans la lutte comme
facteur d'orgue, soutenu très libéralement par M. Thomas
Threlfall, Président de l'Académie Royale de Musique, par
M. Martin White, Membre du Parlement britannique, et par
quelques autres amis. C'était sans doute beaucoup trop
demander en pensant que tous ceux qui avaient profité des
brevets et des travaux de Hope-Jones, lui resteraient favorables,
quand il devint leur rival et leur compétiteur.
Pendant vingt ans, il rencontra une opposition organisée
qui aurait brisé un homme ordinaire, et il fut attaqué
tour à tour sur ses connaissances électriques, son goût musical.
(i) Voir note page 28.
122 LES PRINCIPAUX ACTEURS DU DRAME
ses capacités comme harmoniste de tuyaux, sa situation finan-
cière et même sur son caractère personnel Ses vrais admira-
teurs sont ceux qui, comme l'auteur de ce livre, le connaissent
depuis trente ans ; ses plus grands partisans sont les gens
des villes dans lesquelles il a résidé ; ses plus chauds amis,
ce sont les collaborateurs associés qui l'ont suivi en Amérique,
après avoir longtemps travaillé avec lui en Angleterre,
Bien avant que Hope-Jones eut atteint sa prééminence
actuelle, et ne visant qu'une seule de ses inventions, M.
Wedgwood, Membre de la Royal Hislorical Society, homme
instruit en matière d'orgue, le classait à côté de Qvaillé-Coll
et de Wiilis, le déclarant un de ceux dont le nom sera transmis
à la postérité comme celui de l'inventeur des plus importants
perfectionnements.
Au début de sa carrière de facteur, M. Hope-Jones eut
la bonne fortune de rencontrer, en Ecosse M. Martin White, de
Dundee, homme riche et d'une grande influence, qui le sauva de
difficultés financières et le maintint dans la facture d'orgues, mais
rendit un service plus spécial à Hope-Jones en le poussant à réali-
ser dans l'orgue des sonorités orchestrales. M. White malgré ses
devoirs de membre du Parlement Britannique et ses occupations
innombrables en Ecosse et en Amérique, consacra beaucoup du
meilleur de son temps à ce qui concerne les perfectionnements à
obtenir dans le jeu de l'orgue et dans sa construction.
Thynne qui a été le vrai pionnier dans l'art d'imiter le qua-
tuor à cordes avec des tuyaux, doit beaucoup à Martin White ;
et d'autre part Hope-Jones déclare que toutes les idées qu'il a
eues dans ce sens là, il les a prises en entendant le bel orgue
de M. White. M. White a toujours soutenu que le clavier de
récit, dans un orgue, devait avoir une qualité prépondérante
dans la sonorité, rappelant celle des violons, comme les cordes
à l'orchestre, où tout en formant la base de l'accompagnement,
elles sont aussi capables de se suffire à elles-mêmes. M. Martin
White prêta à Hope-Jones quelques uns de ses tuyaux imitant
le violon, afin d'en faire de semblables pour la cathédrale de
Worcester.
Plus tard, M. White soutint que l'ensemble d'un orgue
devrait être entièrement expressif. 11 est extraordinaire qu'un non-
professionnel comme M. White, très occupé à des affaires
totalement différentes, ait exercé une telle influence sur l'art
LES PRINCIPAUX ACTEURS DU DRAME 123
de construire les orgues, car du fait de son discernement
artistique uni à la libéralité de ses encouragements, en Amérique,
dans les théâtres et dans les hôtels, l'orgue tend à supplanter
l'orchestre, et d'autre part, dans les églises et salles de con-
certs, l'orgue a subi de grandes modifications. M. White
pendant près de trente ans, a encouragé, aidé, non seulement
des facteurs d'orgues artistes comme Casson, Thynne, Hope-
Jones et Compton, mais son influence s'est aussi exercée sur
les hommes les plus en vedette parmi les meilleurs organis-
tes ; donc, honneur à M. Martin \yhite.
Au printemps de 1903, Hope-Jones vint en Amérique; à
l'instigation de M. R. P. Elliot, organisateur, Vice-Président et
secrétaire de La Augustin Organ Company (Hartford, Connec-
tient) Hope-Jones se décida à rester parmi nous, acceptant la
Vice-Présidence de cette maison. Plus tard, une nouvelle firme
Hope-Jones et Harisson fut tentée à Bloomfields New-Jersey en
juillet 1904; mais les fonds n'ayant pu être réunis, Hope-Jones,
avec son équipe d'ouvriers spécialistes, entra dans la Compagnie
de Ernest Skinner à Boston, dont il devint Vice-Président en
1905. C'est alors qu'il construisit le bel orgue de Park Church
Elmira, à New- York, à la mémoire de Thomas K. Beecher.
A cette occasion, il fit la connaissance, dans le comité de
l'orgue, de M. Jervis Langdon qui était trésorier de la Chambre
de Commerce de Elmira. Ce gentleman s'arrangea pour que la
facture d'orgues devint une industrie locale et créa une Société
pour construire exclusivement les orgues du système Hope-
Jones. Mais cette Compagnie commençant ses travaux en Février
1907, au moment de la grande panique financière, la réalisation
du capital fut difficile et gêna beaucoup son évolution. Pendant
les trois années qu'elle dura, cette Compagnie construisit une
quarantaine d'orgues, dont le plus remarquable est celui du
Grand Auditorium d'Océan Grove, New-Jersey.
Les brevets et le fond de la Compagnie Hope-Jones à
Elmira furent achetés par la « Rudolph Wurlitzer C° » en
Avril 19 10. Hope-Jones y entra en qualité de directeur, et
dans les immenses ateliers (mammoth factory) de North Tona-
wanda à New-York, il put y continuer la facture en son
propre nom.
M. Robert Hope-Jones est membre du British Institute of
Electrical Engineers, du Royal Collège des Organistes de Londres,
124 LES PRINCIPAUX ACTEURS DU DRAME
de « American Guild des Organistes » et de bien d'autres
Corporations.
En 1893, '' épousa Cécile Laurence, une bonne musi-
cienne, membre d'une des meilleures familles de Maidstone,
en Angleterre. Cette femme s'initia à toutes les difficultés
des inventions de son mari ; à son aide et à ses encoura-
gements dans les moments difficiles, Hope-Jones rattache une
partie de ses succès.
Nous supposons que la raison du proverbe *< Le monde
se répète continuellement » réside en ce que la nature
humaine varie peu, et de génération en génération reste au
fond la même. Dans la Bible, nous voyons que Demetrius,
l'argentier d'Éphèse, s'alarma beaucoup de la diminution des
commandes d'ex-voto en argent pour l'autel de Diane, à la suite des
prédications de l'apôtre Saint-Paul. Il souleva tous ses ouvriers
avec le cri « notre art est en danger !» ; et mit toute la ville
d'Ephèse en rumeur. (Actes 19 et 24.)
En 1^62, on voulut faire un nouvel orgue pour Temple
Church, à Londres. Father Smith et Renatns Harris, les réputés
facteurs de l'époque avaient chacun tellement d'influence dans
le Conseil paroissial, que celui<i autorisa chacun de ces deux
facteurs à installer un orgue aux deux extrémités opposées
de cette église. Certains jours alternativement les deux orgues
étaient entendues : Purcell et le D^ Blow jouaient l'orgue de
Smith, tandis que Baptist Draghi, organiste de la Reine Cathe-
rine jouait l'orgue de Harris. Une tentative des membres du
comité de Middle Temple, pour faire choisir l'orgue de Smith,
fit éclater une explosion violente de la part des membres de
Inner Temple, lesquels préféraient Harris. La dispute fit rage
pendant près de cinq ans au bout desquels on acheta l'orgue
du Père Smith, en donnant à Harris l'ordre d'enlever le sien.
C'est la fameuse Histoire de la « Bataille des Orgues » ; où, dans le
feu de la lutte, un des partisans de Harris, plus zélé que discret,
s'introduisit dans l'orgue de Smith et creva les soufflets.
En 1875-1876, les facteurs J. C. Witheley furent choisis
pour reconstruire l'orgue de la cathédrale de Chester. Les
« argentiers » de Londres s'alarmèrent de ce qu'un orgue de
cathédrale tombât entre les mains d'un petit facteur local, ils se
liguèrent et arrivèrent à débaucher tous les ouvriers des Witheley,
en leur offrant de venir à Londres avec des salaires plus élevés.
LES PRINCIPAUX ACTEURS DU DRAME
125
Si les Witheley n'avaient pas été quatre frères, tous facteurs de
leur métier, il leur aurait été impossible de remplir leurs enga-
gements pour la cathédrale de Chester. Cette vilenie fut cause de
la mort du chef de la maison, qui se désorganisa peu après. Tout
cela s'écoute comme une histoire du Moyen-Age, arrivée il y a
longtemps, longtemps, car l'on ne pourrait croire que de pareilles
choses puissent se produire actuellement ? Mais écoutez encore :
en 1895, le premier orgue électrique de Hope-Jones, fut acheté
pour l'Eglise de Saint-George's Church, Hanover Square de Londres.
La fureur causée par cette acquisition ne s'apaisa brusque-
ment qu'à la suite d'un incendie qui brûla l'orgue et une
partie du clocher. Immédiatement, avec une sollicitude tout à
fait curieuse, on attira l'attention sur le danger « qu'il y avait
à permettre à des amateurs de faire des expériences de facture
d'orgue, dans les Eglises historiques à cause du grand danger
que présentait la transmission électrique». Mais comme d'autre
part la malveillance était plus que soupçonnée, le Conseil de
l'Eglise fit immédiatement à Hope-Jones la commande d'un
orgue électrique identique, pour remplacer celui détruit par le feu,
A la même époque, un clou fut planté dans le câble élec-
trique de la console de l'orgue de Hope-Jones à Hendon Parish
Church. Peu après, le câble de son orgue à Ormskirk Parish
Church (Lancashire, Angleterre) fut sectionné, pendant qu'à
Burton-on-Trent on dérobait certains tuyaux des jeux à sono-
rité spéciale que Hope-Jones y avait placés.
A l'Auditorium d'Océan Grove, quelques instants avant un
des Concerts d'inauguration on tenta de « saboter » l'orgue, et la
même année le dimanche qui précéda le récital d'Edwin Lemare
sur l'orgue de Hope-Jones à First Universalist Church Rochester
N.-Y., subitement dans presque tous les jeux il se trouva que
plusieurs tuyaux ne pouvaient plus parler !!!
CHAPITRE XIV
OU EN SOMMESsNOUS AUJOURD'HUI ?
Jetant un regard en arrière sur le chemin parcouru, nous
voyons que l'orgue moderne est un instrument tout à fait
différent de celui du X1X« siècle, les vergettes, les poids sur
les soufflets, toute la cohorte des jeux à sonorité maigre et
floue ont disparu. A leur place, nous avons des jeux d'un
caractère plus musical, tout en ayant plus de puissance, et d'un
maniement parfait et facile, nous trouvons de nouveaux jeux à
sonorité orchestrale, dont quelques uns imitent le quatuor à
cordes. Enfin les jeux transmis et dédoublés présentent infini-
ment plus de ressources avec un instrument beaucoup moins
volumineux que les anciennes orgues.
Dans son Hatidbook Of the Organ (page 24), J. Malthews
nous dit qu'il ne peut pas y avoir de limite dans la cons-
truction des orgues ; si le violon nous fascine par sa perfec-
tion, l'orgue y arrivera aussi par tout ce qui peut s'y faire
encore, car la science transforme rapidement l'orgue moderne
en un instrument très expressif. Les effets d'orchestre et les
crescendo d'une énorme puissance, possibles sur les orgues du
type décrit ci-dessus, la double touche, les nouvelles méthodes
de créer des sons comme dans le diaphone, la facilité avec
laquelle toutes les ressources d'un instrument puissant peuvent
être placées instantanément sous les doigts de l'exécutant,
constituent un domaine dont ni Bach, ni Haendel n'ont pu
rêver.
ou EN SOMMES-NOUS AUJOURD'HUI ? 127
Aussi la tendance des meilleurs constructeurs modernes
est d'augmenter encore le caractère orchestral de ces orgues
en y ajoutant des carillons et d'autres instruments à percussion.
W. T. Best, un des plus grands exécutants qui ait jamais existé,
déclarait à un ami de l'auteur demandant pourquoi il n'avait
jamais joué l'Ouverture du Tannbauser. « Je considère son
exécution à l'orgue impossible d'une façon convenable, et
cependant j'y ai longtemps songé ». Actuellement beaucoup
d'organistes trouvent qu'il est possible d'interpréter cette Ouver-
ture et l'auteur tout le premier « plaide coupable. » Le D"- Peace
a joué ce morceau à l'inauguration de l'orgue de M. White à
Ballruddery et a déclaré que les effets, imitant le quatuor,
réalisés dans cet instrument étaient une ressource particulière
pour les transcriptions wagnériennes. Le D"" Bédart dans une
très intéressante étude sur l'orgue moderne {Musical Opinion,
1910) a fait judicieusement remarquer qu'il reste à écrire pour
ces nouveaux instruments de la musique nouvelle.
Tout en considérant que l'orgue est surtout associé aux
cérémonies religieuses, un nouveau champ lui est ouvert dans
les salles de concerts, les théâtres, les auditoriums, les collè-
ges, les salles de bals, les hôtels, les promenades publiques,
les casinos au bord de la mer, et cela non seulement comme
un simple auxiliaire de l'orchestre, mais souvent dans le but
de le remplacer. Les récitals d'orgue du dimanche soir au
« Collège of the City » de New-York, sont suivis par plus de
deux mille cinq cents personnes et beaucoup ne peuvent
trouver la place. En 1909, à Océan Growe, les récitals
d'orgue ont fait une recette quotidienne de 2000 francs (400
dollars).
Dans les Palace-Hôtels de Nev^^-York et d'autres villes on a
mis des orgues ; en ce moment-ci on fait des plans d'un orgue
destiné à une jetée-promenade ; les tuyaux seront au-dessous
du niveau de la mer, et les sons seront dirigés là où l'on aura
besoin ; des calorifères avec thermostats maintiendront l'orgue
à une température constante.
Les organistes américains ont tellement bien fait sentir qu'il
fallait une étude spéciale pour apprendre à jouer ces nouveaux
instruments, que l'Université de New- York a trouvé la question
d'une importance suffisante pour justifier la création d'une Classe
de Hope-Jones Unit Orchestra.
128 OU EN SOMMES-NOUS AUJOURD'HUI ?
Parmi ces innovations notre revue serait incomplète si on ne
mentionnait pas les appareils automatiques. Quand on entend un
Welte Mignon Pianista, il est difficile de ne pas croire qu'un
pianiste habile est assis devant les claviers. La durée exacte de
la note, la vigueur d'attaque sont enregistrées et reconstituées
d'une façon tout à fait exacte, et l'appareil arrive à reproduire,
avec une différence inappréciable, la puissance avec laquelle l'exé-
cutant a enfoncé les touches.
Le premier de ces éléments, la durée de la note est
directement reproduite d'après l'artiste au moment où il joue,
le second de ces éléments, la puissance sonore, est ensuite
retouchée, soit par l'artiste lui-même, soit par de bons musiciens
qui ont noté les particularités de son jeu ; comme résultat, on
obtient une reproduction fidèle de l'interprétation donnée par
l'artiste. Dans le cas de l'orgue, la pression sur les touches
n'a pas besoin d'être notée ni reproduite, mais il nous faudra
enregistrer l'orchestration et les différentes nuances des crescendo
et des diminuendo, si nous voulons assurer une reproduction
exacte du morceau que l'artiste aura joué sur l'orgue.
Les appareils automatiques sont maintenant adjoints à
beaucoup de grandes orgues, certains d'entre eux sont semblables
au pianista et font mouvoir soit les touches, soit le mécanisme
actionné par les touches du clavier ; c'est un peu élémentaire
et le résultat reste un peu mécanique et même insuffisant,
on ne peut faire jouer qu'un seul clavier (i); la registration, les
boîtes expressives, les pédales ne sont pas actionnées. L'Eolian C»
de New-York, il y quelques années, a introduit ce qu'elle
appelle la double flûte de Pan (double tracker bar), dans cette
disposition, les trous de la flûte de Pan sont plus petits que
ceux des pianistas, et disposés sur deux rangées commandant
chacune un clavier manuel.
Tous les numéros pairs correspondent à la rangée infé-
rieure, tous les numéros impairs à la rangée supérieure, si le
papier se déroule bien exactement, le système de l'Eolian permet
(i) En igo7, Puget en combinant les c Solo attachements » dans l'orgue à trois
clavier*, de M. J. Boittiaui, à Lille, a montré, ique, même en utilisant des
rouleaux ordinaires pour piano, on pouvait obtenir à l'orgue des effets orches-
traux très réussis, en faisant chanter en Pédale-solo et en Récit-solo, des jeux
différents de ceux tirés au G. O. pour l'accompagnement. Les effets ainsi réalisés
sont encore plus variés avec des jeux et des accouplements à l'unisson et à
l'octave, divisés en dessus et en basses, tels que le traducteur tes a lait mettre dans
son oiguc d'étude. — D» G. B.
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ou EN SOMMES-NOUS AUJOURD'HUI ? 129
le jeu automatique indépendant des deux claviers d'un orgue ;
mais le tirage des jeux et l'ouverture de la boîte expressive
doivent être effectués à la main.
Tout récemment Hope-Jones a trouvé un plan permettant
l'exécution simultanée sur deux claviers manuels et la pédale, en
même temps qu'il permet le tirage individuel de tous les jeux et
les nuances de la boîte expressive automatiquement. Un bouton
permet d'ailleurs, quand on le désire, d'avoir le tirage des jeux
et la boîte expressive séparés du mécanisme automatique pour
pouvoir les manœuvrer ad libitum. Le Tracker bar de Hope-Jones
n'a pas moins de dix rangées de trous, il est naturellement large
en proportion. Nous croyons que les appareils automatiques pour
l'orgue prendront un grand développement. Le Pianista a
beaucoup fait pour généraliser le piano, et dans le même sens,
nous pensons que l'appareil automatique fera beaucoup pour
populariser l'orgue. Bien des personnes, qui ne savent pas jouer
l'orgue, seront poussées à en acquérir quand elles sauront
qu'elles peuvent, même en l'absence d'un organiste expérimenté,
entendre de la musique d'orgue au moment où elles le dési-
reront.
Maintenant nous donnons les spécifications de quelques
uns des orgues les plus remarquables du monde, tous ont été
construits ou restaurés depuis 1888 et renferment des réalisations
modernes en mécanisme, pression de vent et ressources sonores.
Le premier, d'après l'estimation de l'auteur, est celui de Saint-
Georges Hall, Liverpool.
Orgue de SaintsGcorge's Hall, Liverpool
Ce magnifique instrument fut construit par Henry Willis,
d'après la spécification du Docteur SS. Wesley qui l'inaugura le
29 et le 30 Mai 1855, l'auteur l'entendit pour la première fois
en 1866 ; il était alors accordé à tempérament négal, quand
Best succéda à Wesley en 1867, il obtint que l'orgue fut mis
au tempérament égal (accord bien tempéré), on fit quelques
améliorations et quatre jeux d'anche du clavier de solo eurent
leur pression de vent élevées de 9 pouces 1/2 à 22 pouces (de
220 à 550 %).
En 1898, la machine de Barker de cet orgue fut enlevée, et
remplacée par le système tubulaire ; l'étendue des manuels fut
130
OU EN SOMMES-NOUS AUJOURD'HUI ?
modifiée et portée à cinq octaves des cendant jusqu'à l'ut, les
anciens claviers ne dépassaient pas le sol grave, Best obtint 32
notes au pédalier, un accouplement de récit sur positif fut
ajouté (!), plusieurs jeux furent changés, la voix humaine passa
du récit au solo, et deux des sommiers du clavier de solo eurent
irisa» CONSOLE DE SAINT-GEORGES HALL
a/ï gauche deux rangées de boutons de jeux ne sont pas représentés
dans ce dessin.
leurs tuyaux mis dans une boîte expressive, mais les tubas
furent laissés hors la boîte expressive. Les tuyaux en fonte de
fer de la dernière octave de 32 pieds, le double diapason de 16
de la pédale furent remplacés par des tuyaux de zinc épais,
et le récit reçut quatre pédales de combinaison. Voici la com-
position actuelle :
PREMIER MANUEL: CHOIR (POSITIF) (18 Jeux)
Double diapason 16
Open diapason 8
Clarabella 8
Stoped diapason 8
Dulciana 8
Viol de Gamba 8
Vox Angelica 8
Principal 4
Harmonie flùie 4
Gamba 4
Twelfth 2 2/3
Fiheenth 2
Flageolet 2
Sesquialtera 3 ranks
Trumpet 8
Cremona 8
Orchestral Oboe 8
Clarion 4
ou EN SOMMES-NOUS AUJOURD'HUI ?
131
DEUXIÈME MANUEL : GREAT (GRAND ORGUE) (15 Jeux)
Double Open diap (métal) Itt
Open diapason N" 1 8
Open diapason N° 2 8
Open diapason wood.... 8
Open diapason N° 3.... 8
Stopped diapason 8
Violloncello 8
Quint 5
Viola 4
Principal N» 1 4
Principal N» 2 4
Flûte 4
Tenth 3
1/2
1/2
Tweifth 2 2/3
Fifteenth 2
Harmonie Piccolo 2
Doubletie 2 ranks
Sesquialtera 5 ranks
Mixture 4 ranks
Trombone 16
Trombone 8
Ophicleide 8
Trumpet 8
Clarion No 1 4
Clarion No 2 4
TROISIÈME MANUEL : SWELL (RÉCIT) (28 Jeui)
Double diapason (métal).. 16
Open diapason N» 1 8
Open diapason N» 2 8
Dulciana 8
Viol de Gamba 8
Stopped diapason 8
Voix Céleste 8
Principal 4
Octave Viola 4
Flûte 4
Tweifth 2
Fifteenth No 1 2
Fifteenth N« 2 2
2/3
Piccolo 2
Doubleite 2 ranks
Fourniture 5 ranks
Trombone 16
Contra Hautbois 16
Ophicleide 8
Trumpet 8
Horn 8
Oboe 8
Clarionet 8
Clarion N* 1 4
Clarion N» 2 4
QUATRIÈME MANUEL SOLO (15 Jeux)
Viola di Gamba 8
Open diapason, wood.... 8
Stopped diapason 8
Flûte (orchestral) 4
Flûte Piccolo 2
Contra Fagotto 16
Trombone 8
Bassoon 8
Vox Humana 8
Orchestral Oboe 8
Corno Di Bassetto 8
•Ophicleide 8
*Trumpet 8
'Clarion No 1 4
'Clarion No 2 4
Tous ces jeux sont placés dans une nouvelle boîte, exceptés
ceux marqués d'une astérique, qui sont à forte pression.
132 OU EN SOMMES-NOUS AUJOURD'HUI >
PEDAL ORGAN (17 Jeux)
Diapason (wood) 32 Fifteenth 4
Diapason (métal) 32 Fourniture, 5 ranks.
Open diapason (wood)... 16 Mixture, 3 ranks....
Open diapason (métal). .. 16 Posaune 32
Salicional Cmétal) 16 Contra Fagotto. 16
Bourdon (wood) 16 Ophicieide 16
Bass flûte (wood) 8 Trumpei 8
Principal (wood) 8 Clarion 4
Quint (métal) 5 1/2
ACCOUPLEMENTS
Solo Super-Octave Choir to Great
Solo Sub-Octave Choir Super-Octave
Solo to Great Choir Sub-Octave
Swell to Great Super-Octave Solo to Pedals
Swell to Great Unisson Swell to Pedals
Swell to Great Sub-Octave Great to Pedals
Swell to Choir Choir to Pedals
En SUS de ces pédales d'accouplement, il y a d'autres
mécanismes accessoires représentés par 36 pistons pneumatiques;
six pour chaque manuel, et douze actionnant des jeux de
pédales ; il y a aussi six pédales de combinaison agissant
sur les jeux du grand orgue et de la pédale simultanément ;
quatre pédales agissant sur les pistons du récit, et deux
trémolos (récit et solo). La soufflerie très grande, placée dans
les sous-sols de la salie, consiste en deux grands soufflets
alimentés par deux machines à vapeur de huit chevaux, il y
a dans l'orgue quatorze réservoirs répartissant des pressions
variant de 3 pouces i/a à 22 pouces (de 75 ^ à 550 %).
Orgue de la Cathédrale NotresDame
de Paris
L'ancien orgue de la Cathédrale de Notre-Dame de Paris
fut construit sous Louis XV par Thierry Leselope, avec les
meilleurs ouvriers de l'époque. Au XYlll» siècle, Clicquot le
répara et l'agrandit, puis de 1832 à 1838, Dalsey le retoucha
enfin, en 1863 le gouvernement confia à Cavaillé-Coll sa recons-
truction complète. 11 y mit cinq ans, et le nouvel orgue fut
ou EN SOMMES-NOUS AUJOURD'HUI ?
133
solennellement inauguré en mars 1868. Il est placé dans une
tribune au-dessus du grand portail ouest ; les cinq manuels
ont chacun 56 notes et la pédale 30, il y a 86 jeux parlants
actionnés par 110 registres; 22 combinaisons par pédales et
6.000 tuyaux dont les plus longs ont 32 pieds, le mécanisme
est le système de Barker, perfectionné par Cavaillé ; la souf-
flerie contient 25.000 litres d'air; il y a six paires de pompes
donnant 600 litres d'air par seconde, voici sa composition :
PEDAL ORGAN (16 Jeux)
Principal Basse 32
Contre Basse 16
Grosse Quinte 10 2/3
Sous Basse.- 16
Flûte 8
Grosse Tierce 6 2/5
Violoncelle 8
Octave 4
Quinte 5 2/3
Septième 4 4/7
Contre Bombarde 32
Bombarde 16
Trompette 8
Basson 16
Basson 8
Clairon • 4
FIRST CLAVIER (GRAND CHŒUR) (IJ Jeux)
Principal 8
Prestant 4
Bourdon 8
Quinte 2 2/8
Doubletite 2
Tierce.
Larigot 11/3
Septième 11/7
Piccolo 1
Tuba Magna 16
Trompette 8
1 3/5 Clairon 4
SECOND CLAVIER (GRAND ORGUE) (14 Jeux)
FEET
Violon Basse 16
Montre 8
Bourdon 16
Flûte Harmonique 8
Viole de Gambe 8
Prestant 4
Bourdon 8
Octave
Doublette
Fourniture, 2 to 5 rangs
Cymbale, 2 to 5 rangs...
Basson 16
Basson-Hautbois 8
Clairon 4
FEET
4
o
TROISIÈME CLAVIER (BOMBARDES) (14 Jeux)
Principal Basse 16
Principal 8
Sous-Basse 16
Flûte Harmonique 8
Grosse Quinte 6
Octave 4
Grosse Tierce
Quinte 2 2/3
Septième 2 1/7
Doublette 2
Cornet 2 à 5 rangs
Bombarde 16
Trompette 8
Clairon 4
134
OU EN SOMMES-NOUS AUJOURD'HUI ?
QUATRIÈME CLAVIER (POSITIF) (i4 Jeux)
Montre 16
Flûte Harmonique 8
Bourdon 16
Salicional 8
Prestant 4
Unda Maris 8
Bourdon 8
Flûte Douce 4
Doublette 2
Piccolo 1
Plein jeu, 3 à 6 rangs...
Clarinette Basse 16
Cromorne 8
Clarinette Aiguë 8
CINQUIÈME CLAVIER (RÉCIT EXPRESSIF) (16 Jeui)
8
Voix humaine
Basson Hautbois 8
Diapason 8
Flûte Harmonique 4
Voix céleste 8
Bombarde 16
Viol de Gambe 8
Quintaton 16
Prestant 4
Plein jeu, 4 ou ou 7 rangs
Quinte 2 2/3
Octave 12
Flûte Octaviante 4
Cornet 3 à 5 rangs
Trompette 8
Clairon 4
CONSOLE DES CLAVIERS DE NOTRE-DAME DE PARIS
Violer que cette image n'est pas une photographie, mais une gravure sur bois
exécutée par un dessinateur qui n'était certes pat un musicien,
car il n'a mis que 38 touches aux claviers manuels, alors qu'il y en a 56,
(NOTE DE l'auteur)
Cette composition nous a été aimablement fournie par le
Docteur Cari de New- York, qu'il l'avait demandée spécialement
à M. Mutin, successeur de Cavailié-CoU. La question des
accouplements n'y est pas très bien détaillée, il semble que
tous les manuels peuvent être appelés sur le clavier de grand
ou EN SOMMES-NOUS AUJOURD'HUI ? 135
chœur, que le grand orgue et le grand chœur peuvent être
accouplés à la pédale et que chaque manuel à un accouplement
de l'octave sur lui-même ? Une des combinaisons de la pédale
est marquée : Effet d'orage. L'orgue de Notre-Dame fut entière-
ment relevé et retouché par Cavaillé-Coll, en 1899, peu avant
sa mort, tous les jeux du récit marqués d'un astérisque furent
changés. Le programme de l'inauguration revendique que cet
orgue est le plus grand et le plus complet en Europe ! Et
qu'indépendamment de la perfection du mécanisme, il possède
une puissance et une variété jusqu'alors inconnue en facture
d'orgue, et réalisée pour la première fois(i), c'est certainement
le chef-d'œuvre de Cavaillé et un monument remarquable
de son génie.
Orgue de la Cathédrale de SaintsPaul
Le vieil orgue de la Cathédrale de Saint-Paul que jouait
Sir John Coss, et qui ressentit le jeu magique de Mendelsohn,
avait treize jeux au Grand orgue, sept au Récit, huit au
Positif et un seul jeu à la pédale ! Il était placé dans un
buffet qui couronnait le jubé séparant le chœur de Fa nef;
nous avons déjà dit précédemment comment Willis exigea le
déplacement de ce Jubé, et la reconstruction de l'orgue divisé
en deux parties de chaque côté du chœur; en 1 891, il fut
reconstruit dans l'état actuel que nous décrirons plus bas,
l'auteur vit et entendit cet orgue pour la première fois en
1872 et depuis il n'a jamais manqué dans ces fréquentes
visites à Londres d'assister aux offices qui ont lieu deux
fois par jour avec les choristes, car il n'y a pas de vacances
d'été à Saint-PauL L'effet du tuba éclatant sous le dôme est
superbe Willis regardait cet instrument comme son chef
d'œuvre aimant à dire « il n'y a rien de pareil au monde ! » (2)
(i) Assertions fort discutables, pour ne pas dire insoutenables, en 1899 ; le
rédacteur du programme ignorait donc l'existence des instruments de Saint-Paul,
de Londres, de Albert Hall, de Saint-George's Hall, etc., etc. ??
(2) J'ai eu l'occasion d'entendre plusieurs fois cet orgue magnifique avant et
après la restauration de 1891, et mes dernières impressions en igiS confirment
les précédentes : l'orgue de Saint-Paul, de Londres est un instrument incompa-
rable ; comme majesté, il ne le cède en rien à celui de Saint-Sulpice ; comme
puissance, il lui est supérieur, de même au point de vue de la variété des timbres
et des ressources du mécanisme. — D» G. B.
136 OU EN SOMMES-NOUS AUJOURD'HUI ?
Le grand orgue est situé sur le côté Nord du sanctuaire, le
récit et le positif en face sur le côté sud, le sommier de
solo et un tiers des jeux de pédales sont sous la première
arche du côté Nord du sanctuaire ; l'orgue près de l'autel
« Altar Organ », qui peut être joué par le clavier de solo, est
dans la seconde arche du côté Nord, le reste de la pédale et
les trois tubas occupent la galerie Nord-Est sous le dôme. Les
claviers sont du côté Nord enfoncés dans le buffet, on peut les
voir étant dans le « whispering gallery », (faisant tout le
tour du dôme à l'intérieur) ; il y a cinq manuels de 6i notes
et les pédales ont 52 notes.
PÉDAL ORGAN (GALERIE NORD DU DOME) (10 Jeui)
Double diapason 32 Octave 8
Open Diapason N» 1 16 Mixture. 3 rangs
Open Diapason N» 2 16 Contra Posaume 32
Violone Open Diapason 16 Bombardon 16
Violoncello 8 Clarion 8
PÉDAL ORGAN (UNDER ARCH, NORTH SIDE OF CHANCEL) (6 Jeux)
Violone 16 Octave 8
Bourdon 16 Ophicleide 16
Open Diapason 16
POSITIF CHŒUR 111 Jeux)
Contra Gamba 16 Fl(^te Harmonique 4
Open Diapason 8 Principal 4
Dulciana 8 Flageolet 2
Violoncello 8 Corno di Bassetto 8
Lieblich Gedackt 8 Cor Anglais 8
Claribel Flûte 8
GREAT ORGAN (16 Jeux)
Double Diapason 16 Principal 4
Open Diapason N» 1 8 Octave Quint 3
Open Diapason N» 2 8 Super Octave 2
Open Diapason N» 3 8 Fourniture, 3 rangs
Open Diapason N» 4 8 Mixture, 3 rangs
Open Diapason 8 Trombone 16
Quint, métal 6 Tromba 8
Flûte Harmonique 4 Clarion 4
ou EN SOMMES-NOUS AUJOURD'HUI ?
137
SWELL ORGAN (13 Jeax>
Contrat Camba 16
Open Diapason 8
Lieblich Gedacke 8
Salicional 8
Vox Angelica 8
Principal 4
Fifteenth 2
Echo Connet, 3 rangs
Contra Posaume 16
Cornopean 8
Hautbois 8
Clarion 4
Flûte Harmonique , 8
Concert Flûte harmonique 4
SOLO (hors la boîte expressive, 3 Jeux)
Piccolo
SOLO (10 Jeux expressifs)
Open Diapason 8
Gamba 8
Contra Fagoito 16
Cor Anglais 8
Contra Posaune 16
Tuba 8
Orchestral Oboe 8
Corno di Bassetto 8
Cornopean 8
Flûte 8
ALTAR ORGAN (Joué par le clavier de Solo, 8 Jeux)
Contra gamba 16
Gamba 8
Vox angelica, 3 rangs
Vox Humana.
Tremblant
Dans la
galerie
du dôme
TUBA ORGAN (S Jeux)
Double tuba.
Tuba
Tuba
16
8
4
Au-dessus
du
grand orgue
Tuba major.
Clairon.. ..
ACCOUPLEMENTS ACCESSOIRES PNEUMATIQUES
Récit sur grand Orgue octave grave.
Récit au grand orgue unisson.
Récit au grand orgue octave aiguë.
Solo au récit.
Grand orgue à la pédale.
Positif à la pédale.
Tubas du dôme au grand orgue.
Tubas du sanctuaire au grand orgue.
Tubas du sanctuaire au récit.
Tuba organ à la pédale
Solo à la pédale.
Récit à la pédale.
Six pistons, groupent les différents jeux de l'orgue ; il y a, en
plus, quarante pistons ou pédales de combinaison. Le mécanisme
entièrement neuf depuis 1891, la portion placée dans le dôme
138 OU EN SOMMES-NOUS AUJOURD'HUI ?
électro-pneumatique, tout le reste tubulaire ; il y a loi boutons de
registre.
Les particularités nouvelles de cet orgue sont : le « altar organ »
et le « tuba organ » ; le premier, avec la voix humaine, la voix
angélique, les deux gambes de seize et de huit, sert pour des
effets d'écho mystérieux, et pour soutenir la voix du célébrant à
l'autel ; tandis, qu'au contraire, le chœur des tubas produit un
effet extrêmement brillant : trois des tubas étant placés dans la
galerie d'angle Nord-Est sous le dôme, d'où leurs sons se répandent
dans tout l'édifice.
Parmi les mécanismes accessoires, notons le grand nombre des
combinaisons ad libitum qui peuvent appeler les différentes sections
de l'orgue sous les doigts de l'exécutant ; le:> pressions de vent
varient de 75 % à 62 %.
Orgue de WestminstersAbbey
Tout bon Américain visitant Londres, va à Westminster-Abbey
et y trouve un bel orgue très intéressant, car nous croyons fort
qu'il a été érigé avec des fonds, venus en grande partie d'Amérique.
La Maison William Hill & Son qui l'a construit est la plus ancienne,
en Angleterre, puisqu'elle a été fondée en 1755, par John Sneltzer.
Les affaires de ce célèbre facteur, continuées d'abord par Thomas
EUiot, passèrent ensuite à son gendre W. Hill, l'inventeur du tuba
au début du XIX"» siècle. Actuellement, sous la direction du
Dr Arthur Hill, petit-fils de William Hill, l'affaire est donc dans la
famille depuis près de cent ans. Ce facteur a construit, en Angleterre
et dans ses colonies, beaucoup d'instruments, tous remarquables,
par le raffinement et la beauté de leur sonorité, notamment le
1 50 jeux de Sydney. L'orgue de Westminster est placé de chaque
côté du jubé du chœur, sauf le Celestial Organ (clavier céleste)
placé dans le triforium du transept sud, coin des poètes et relié
par un câble électrique de 70 mètres de long, le système est spécial
à M. Hill et les touches de jeux faites sur un modèle de Sir Frédéric
Bridge se voient à gauche du pupitre sur la photographie des claviers
et remarquez que cet orgue peut être joué par deux claviers diffé-
rents; la partie principale de l'orgue est tubulaire: commencé en
1884 et augmenté à mesure que les fonds arrivaient, il fut terminé
en 1895. La description avec des additions faites en 1900, 1909,
est la suivante :
ou EN SOMMES-NOUS AUJOURD'HUI ? 139
GREAT ORGAN (GRAND ORGUE) (14 Jeux)
Double Open Diapason 16 Harmonie Flûte 4
Open Diapason, large scale 8 Twelfth 8 2/3
Open Diapason, N» 1 8 Fifteenth 8
Open Diapason, No 2 8 Mixture 4 rangs
Open Diapason, N» 3 8 Double Trumpet 16
Hohl Flote 8 Posaune 8
Principal 4 Clarion 4
CHOIR ORGAN (POSITIF) (U Jeux)
Gedackt 16 Nason Flûte 4
Open Diapason 8 Suabe Flûte 4.
Keraulophon 8 Harmonie Gemshorn 4
Dulciana 8 Contra Fagotto 16
Lieblich Gedackt. 8 Cor Anglais 8
Principal 4
SWELL ORGAN (RÉCIT) (18 Jeux)
Double Diapason (Basses) 16 Dulcet 4
Double Diapason (Dessus) 16 Principal 4
Open Diapason, N» 1 16 Lieblich, Flûte 4
Open Diapason, No 2 8 Fifteenth 2
Rohr Flûte 8 Mixture, 3 ranks
Salicional 8 Oboe 8
Voix Célestes H Double Trumpet 16
Dulciana 8 Cornopean 8
Hohl Flûte 8 Clarion 4
SOLO ORGAN (8 Jeux)
Gamba 8 In a Swell Box
Rohr Flûte 8 Orchestral Oboe 8
Lieblich Flûte 4 Clarinet 8
Harmonie Flûte.. 4 Vox Humana 8
Tuba Mirabilis (hçavy wind).. 8
CELESTIAL ORGAN (17 Jeux en 8 groupes)
PREMIER GROUPE (7 JeUx)
Double Dulciana, Bass 16 Voix Célestes 8
Double Dulciana, Treble 16 Hohl Flûte 8
Flauto Traverso 8 Dulciana Cornet, 6 ranks
Viola di Gamba 8
DEUXIÈME GROUPE (10 Jenx)
Cor de Nuit 8 Vox Humana
Suabe Flûte 4 Place réservée pour un jeu . .
Flageolet 2 Glockenspiel, 3 ranks
140 OU EN SOMMES-NOUS AUJOURD'HUI ?
DEUXIÈME GROUPE (10 JeUX) {Suitt)
Harmonie Trumpet 8 3 octaves de Gongs en bronze.
Musette 8 frappés par des marteaux
Harmonie Oboe 8 éleetro-pneumatiques
Les jeux de ce deuxième groupe peuvent être joués
séparément au clavier de solo, donnant ainsi l'effet d'un deuxième
clavier « céleste ».
PÉDAL ORGAN (10 Jeux)
Double open diapason 32 Bass Flûte 8
Open Diapason 16 Violoncello 8
Open diapason 16 Contra Posaune 32
Bourdon 16 Posaune 16
Principal 8 Trumpet 8
L'instrument est alimenté par une turbine et des compres-
seurs à haute pression mus par un moteur à gaz ; il y a 24 pédales
d'accouplement, 10 pédales de combinaison, 24 pistons de combi-
naison et trois pédales de crescendo.
En 1909, l'orgue fut remanié avec adjonction du dernier
système tubulaire de William Hill, sauf l'orgue céleste qui resta
électrique ; la console des claviers fut entièrement refaite, un
-.<(KtamsÈÊ»mimm-
9^V
CONSOLE DES 5 CLAVIERS DE WESTMINSTER ABBEY
diapason de grosse taille y fut ajouté sur les sommiers des anches
du grand orgue, et de nombreuses additions complétèrent la
collection des accouplements et des pistons de combinaison.
William Hill & Son ont aussi construit le fameux orgue
de la Salle de concerts du Town Hall de Sidney, en Australie;
ou EN SOMMES-NOUS AUJOURD'HUI ? 141
il fut pendant longtemps le plus grand du monde entier,
avec ses 1 26 jeux parlants, on peut le regarder comme
l'apothéose de la facture d'orgues ancien style, avec des
pressions de vent, relativement faibles, la répétition de jeux
à peu près du même timbre et le maintien des mixtures et
mutations.
La pression maximum est de 30 centimètres ; il n'y
a pas moins de 45 rangs de tuyaux dans les jeux de mutation
formant un ensemble que l'éminent organiste de Westminster,
Sir Frédéric Bridge compare à des « Streaks of Silver », à
des « rayures d'argent » brochant sur le tout. L'auteur a
vu cet orgue dans l'atelier avant son départ pour Sidney :
une nouveauté vraiment unique était le contre-trombone de
pédale de 64 pieds de longueur réelle, les derniers tuyaux
graves étaient faits en trois morceaux, et la languette de l'ut
de 64 pieds avait 60 centimètres de long. Quoique presque
imperceptible, joué tout seul, ce jeu produisait néanmoins un
cortège harmonique, renforçant très nettement la sonorité du
grand chœur. Le buffet de l'orgue de Sidney fut dessiné par
M. Arthur Hill, d'après des buffets Style Renaissance.
Orgue de Monsieur Martin White, Esq.
dans sa résidence de Balruddery (Ecosse)
Toutes les orgues décrites jusqu'ici sont plus ou moins bâties
à l'ancienne manière ; mais en 1894, nous assistons à l'aurore
d'une ère nouvelle, et l'étoile de Hope-Jones apparaît à
l'horizon. Si l'on excepte l'instrument reconstruit par Hope-
Jones, à Paris, Church de Dundee, l'orgue que nous allons
décrire est le premier bâti, en Ecosse, avec le système électrique.
Balruddery, la maison de campagne de M. Martin White,
est située dans un joli pays, à 10 kilomètres à l'ouest de
Dundee ; les terres qui en dépendent offrent la vue de magni-
fiques forêts ; plus loin c'est le lit élargi de la rivière Tay, et
au delà, c'est la ligne bleue de la côte de Fife ; cet orgue est
l'œuvre de trois facteurs : construit d'abord par Thomas Casson,
ce fut Thynne (1) qui lui donna un caractère très particulier
(i) Voir page 122.
142 OU EN SOMMES-NOUS AUJOURD'HUI ?
de sonorité, et à M. Hope-Jones on doit, dans un relevage complet,
l'addition du système électrique, des touches dappel de jeux,
de la double-touche, du pizzicato-touche et de quelques jeux
nouveaux ; la console est mobile, rattachée à l'orgue par un câble
d'environ un pouce de diamètre contenant environ i .000 fils, ce
qui permet à l'exécutant d'entendre l'orgue absolument comme
les auditeurs l'entendent eux-mêmes ; si l'on regarde la figure hors-
texte, le Grand Orgue est dans un local situé derrière les tuyaux de
montre de la galerie, le Récit et le Solo sont dans l'attique située
au-dessus, et les sonorités de ces deux claviers peuvent être éloi-
gnées ou rapprochées par le jeu des lames d'expression ; les tuyaux
de pédale sont mis la tête en bas, afin que leur bout libre soit
dirigé vers la salle de musique.
SPÉCIFICATION
3 manuels 58 notes {ut à la). Pedal 30 notes (ut ifa).
PEDAL ORGAN (6 Jeux)
Open Diapason 16 Principal
" Great Bourdon " 16 accouplements
" Swell " Violone 16 G. O. to Pedal
Ophicleide (en Ire et 2e touches) 16 Swell to Pedal
"Swell" Viola 8 Solo to Pedal
L'Open diapason 16 est un jeu réel de Pédale qui, par dédoublement,
donne le principal de huit. L'ophicléide de 16 est réel mais emprunte son
octave de 16 au Solo. — Les autres jeux sont transmis du G. O. ou du Récit.
GREAT ORGAN (G. O.) (9 Jeux|
Boîte Expressive N» 2 excepté : Open Diapason, Clarabel, Sourdine
Bourdon 16 Principal 4
Open Diapason 8 Zauber flûte 4
Clarabel 8 Piccolo 2
Sourdine 8 Mixture, 5 ranks
Gedackt 8
Swell to Great (en première et seconde touches).
Swell to Great Sub-Octave.
Accoupl. < Swell to Great Super-Octave.
' Solo Unisson to Great (première, deuxième et pizzicato touches.)
Solo To Super Octave to Great.
SWELL ORGAN (RÉCIT) (10 Jeux dans boîte exp. n' 1)
Violone 16 Geigen Principal 4
Geigen Open 8 Horn 8
Violes d'Orchestre 8 Oboe 8
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ou EN SOMMES-NOUS AUJOURD'HUI ? 143
SWELL ORGAN (RÉClTy (10 Jeui dans boîte exp. n» i] {suite)
Harmonie Flûte 8 Violes Célestes (Ténor C) 8
Echo Salcional 8 Vox Angelica (Ténor C) 8
l Sub-Octave and Super Octave.
Accouplements | Solo to Swell (seconde touche).
( Great to Swell (seconde touche).
Cinq pédales pour combinaisons de registres.
SOLO ORGAN (5 Jeux) (Boîte expr. N* 2).
Harmonie Flûte (vent 250 %). 8 Tuba Mirabilis (vent 250 %). . 8
Violoncello 8 Cor Anglais 8
Clarionet 8
Accouplements : Sub Octave : Super Octave.
3 Pédales de jeux groupés p ; f ; ff.
Sforzando Pedal /, ff.
Commutateur de jeux (Manuels et Pédale).
Tremulant (Swell et Solo).
Orgue de la Cathédrale de Worcester
(Angleterre)
Dans l'ordre chronologique, c'est l'orgue construit par
Hope-Jones en 1896, à la cathédrale de Worcester qu'il faut
considérer comme faisant époque, Hope-Jones y rendit public
le fruit de ses recherches originales dans la production des
sonorités d'orgue, et nous oserons dire qu'aucun autre ins-
trument n'a eu, par son caractère révolutionnaire, autant
d'influence sur l'art de la facture, en Angleterre comme en
Amérique.
Pour la première fois, nous sommes mis en présence
du diaphone, cette merveilleuse invention tonale, et même la
nomenclature des jeux, quelque familière qu'elle puisse nous
paraître maintenant, 17 ans plus tard, était alors toute
nouvelle.
On dit que Hope-Jones passa plusieurs jours à étudier les
propriétés acoustiques de la cathédrale, avant de faire le plan
de son orgue, dont le résultat fut une merveille de sonorité,
la renommée s'en étendit dans toutes les parties du monde.
Des musiciens éminents vinrent en pèlerinage voir et entendre
144 OU EN SOMMES-NOUS AUJOURD'HUI ?
cet orgue, comme nous le mentionnons plus bas dans la
description de Torgue de Yale University. Charles Heinroth
organiste et directeur de musique Inst. Carnegie à Pittsburg
nous disait : « je ne crois pas que je puisse jamais oublier ma
« première impression en entendant l'orgue de Worcester, je
« le tiens pour un pur chef-d'œuvre ; tout de suite, le sentiment
« de quelque chose dépassant l'ordinaire me saisit en enten-
« dant la qualité de l'ensemble sonore, puis celle des différents
« mélanges qui me semblèrent tout à fait à part ». Beaucoup
d'organistes ont exprimé des opinions semblables.
Il y avait deux orgues dans la cathédrale : le plus ancien
était placé au nord du choeur et, bien que déjà réparé par
Hill et Son, il contenait encore des tuyaux ayant plus de
200 ans, et provenant du premier orgue construit par Rénatus
Harris; le deuxième orgue construit en 1875 par Hill et Son,
était dans le transept sud, il avait été donné par le comte
de Dudley.
En 1895-1896, Hope-Jones construisit un nouvel orgue,
en conservant quelques-uns des jeux de Rénatus Harris et
de Hill. Cet orgue est divisé en trois parties, une dans le
transept sud, les deux autres parties de chaque côté du
chœur, l'organiste joue les claviers placés dans le bas côté
nord du chœur, auparavant ils étaient à l'intérieur du jubé.
Le plan primitif comportât un tuba avec une pression de
100 pouces anglais (2 m. 50) mais on peut regretter que le
manque de fonds n'ait point permis cette réalisation. Les
manuels ont 61 notes, les pédales 30 notes.
Voici la composition :
GRAND ORGUE (11 Jeux)
Diapason Phonon 16 Octave Diapason 4
Tibia Plena 8 Quintadena 4
Diapason Phonoii 8 Harmonie Piccolo 2
Open Diapason 8 Tuba Profunda 16
HohI Flûte 8 Tuba 8
Viole d'Amour ■ 8
SWEIX ORGAN (15 Jeux)
Contra Viola 16 String Gamba 8
Violes Célestes 8 Quintaton 8
Tibia Clausa 8 Gambette 4
Horn Diapason 8 Harmonie Flûte 4
ou EN SOMMES-NOUS AUJOURD'HUI ? 145
SWELL ORGAN (18 Jeux) {suite)
Harmonie Piccolo 2 Cor Anglais (anches libres) 8
Double English Horn 16 Vox Humana 8
Cornopean 8 Clarinette 8
Hautbois 8
POSITIF (10 Jeux)
Double Open Diapason 16 Dulciana 8
Open Diapas 'n 8 Flûte 4
Cône Leiblich Gedacht 8 Flûtina 8
Viola d'Orchestre 8 Cor Anglais (anches battantes) 8
Tiercina 8 Clarionnette 8
SOLO (3 Jeux)
RohrFlûte 4 Orchestral oboe 8
Bombarde 16 Tuba sonora 8
Tuba Mirabillis 8
PEDALE (13 Jeux)
Gravissima 64 Ociove Violon 8
Double Open Diapason 32 Flûte 8
Contra Violone 32 Diaphone 82
Tibia Profonda 16 Diaphone 16
Open Diapason 16 Tuba profunda 16
Violone 16 Tuba 8
Bourdon 16
ACCOUPLEMENTS
Positif, Grand Orgue, Récit, Solo, sur la pédale.
Jeux doux du grand orgue ; à l'octave grave.
Jeux d'anche du grand orgue ; à l'octave aigûe.
Solo sur Grand Orgue, Unisson, Octave Grave, Octave Aiguë.
Récit sur grand Orgue, Unisson, Oct. Aigûe, Oct. Grave.
Positif sur grand Orgue. Unisson, Oct. Grave. ■
Récit Oct. Aigûe et Oct. grave sur lui-même.
Solo sur Récit.
Positif sur Récit.
Positii, Oct. Aigûes, Oct. Graves.
Récit sur positif à l'unisson, à l'Oct. aigûe, à l'Oct. Grave.
Solo Oct. aigûe et Oct. grave sur lui-même.
Tuba du Solo sur Grand Orgue en deuxième touche.
Récit sur Grand Orgue en deuxième touche.
Récit sur Positif en deuxième touche.
Positif sur Récit en deuxième touche.
Les tubas du Solo et de la Pédale ont des languettes doubles,
et harmonisées sur 50 centimètres de pression.
146 OU EN SOMMES-NOUS AUJOURD'HUI ?
Accessoires : 5 touches de registration pour G. O. et Pédale,
Récit et pédale, Solo ; 3 pour Positif et Pédales. 2 à chaque manuel
pour les accouplements. Trémolo du récit. 5 pédales décomposition.
Les touches de combinaisons, placées entre les claviers
manuels, si touchées au milieu, donnent des jeux de pédales conve-
nant aux jeux déjà tirés sur ce clavier, si touchées sur le côté, elles
ne modifient pas la pédale.
Toutes les combinaisons font mouvoir les touches des jeux
appelés par la combinaison. Le «stop switch » permet un groupe-
ment spécial de jeux et d'accouplements préparés à l'avance, que
l'on introduit au moment voulu. Un moteur de six chevaux fait
marcher la soufflerie (i).
Orgue de Woolsey Hall, Yale University
New Haven, Connecticut
Ce magnifique instrument, construit par Hutchings-Votey
Organ Company, en 1902, possède des jeux fondamentaux d'une
grande puissance, car ils sont à forte pression, le regretté profes-
seur Samuel Sanford, y consacra beaucoup de temps et de soins ;
avant d'arrêter la composition de l'instrument, il vint à Worcester
et fut profondément frappé par la modernité sonore mise si fortement
en relief dans l'orgue de la cathédrale; il s'efforça d'obtenir que
M. Hope-Jones lui construisit des jeux de tuba et de tibia, pour
l'orgue de Yale University. Il n'y arriva point, mais, néanmoins,
les caractéristiques de l'orgue de Worcester furent franchement
copiées, et généreusement reconnues comme telles dans cet orgue
par le facteur M. George Hutchings, qui interpréta très largement
les termes du contrat qu'il avait avec l'Université ; celle-ci, recon-
nai.ssant le grand effort artistique de M. Hutchings, lui conféra
l'honoriat de Master of Arts.
Les diapasons ont des pressions variant de 75 millimètres à
550 millimètres, les anches du Récit et du Grand Orgue parient
sur 250 millimètres, celles du tuba sur 550 millimètres. Les
constructeurs font remarquer que les jeux de mutation ont été
introduits à la requête de plusieurs éminents organistes.
Il y a 78 jeux (manuels de 61 notes, pédales 32 notes).
(1) Ce bel orgue, entendu en igiS, quoique sans jeux de mutations, m'a
paru admirablement équilibré dans le grand chœur fff ; néanmoins, il est privé
des ressources sonores si heureusement utilisées par les vieux maîtres avec ces
jeux qui, donnant à l'orgue un timbre spécial et caractéristique, sont parfaite-
ment à leur place dans un instrument moderne. — D' G. B.
ou EN SOMMES-NOUS AUJOURD'HUI ?
147
GRAND ORGUE (19 Jeux)
Diapason 16
Quintaton 16
Diapason 8
Diapason 8
Diapason 8
Doppel Flûte 8
Principal Flûte 8
Gross Gamba 8
Viol d'Amour 8
Gemshorn 8
RÉCIT
Contra Gamba 16
Bourdon 16
Stentorphone 8
Diapason , 8
Gamba 8
Bourdon 8
Flûte Trayersière 8
Salicional 8
Quintadena 8
Unda Maris 8
Aéoline 8
Octave 4
Wald Flûte 4
Gambette 4
Quinte 2 2/3
Doublette 2
Mixture 5 rangs
Trompette 16
Trompette 8
Clairon 4
(21 Jeux)
Voix Céleste 8
Flûte harmonique 4
Principal 4
Violine 4
Flantino 2
Dolce Cornet, 5 rangs
Posaune 16
Cornopean 8
Oboe 8
Vox Humana 8
Trémolo
POSITIF EXPRESSIF (13 Jeux)
Violoncello 8
Viola 4
Fluto Traverse 4
Piccolo harmonique 2
Clarinette 8
Contre-basson 16
Trémolo
Contra Dulciana 16
Diapason 8
Mélodia 8
Viole 8
Lieblich Gedackt 8
Dulciana 8
Viole Céleste 2 rangs 8
SOLO EXPRESSIF (6 Jeux)
Tibia Plena 8 Hohlpfeide 4
Tuba sonora 8 Dolce 8
Grosse Flûte 8 Orchestral Oboe 8
PÉDALE (19 Jeux)
Gravissima (résultant) 64 Contrebasse (résultante) 32
Diapason 16
Diapason 32
Contre Bourdon 32
Violon 16
Bourdon 16
Dulciana 16
Lieblich Gedackt 16
Bombarde 16
Contra Fagotto 16
Bass Flûte 8
20 accouplements, 29 pistons de combinaison, 2 pédales de combi-
naison, 3 pédales d'expression, une pédale de crescendo pour les jeux.
Diapason
Octave
Violoncello
Bourdon
Tromba
Super Octave 4
Flûte 4
16
8
8
8
8
148 OU EN SOMMES-NOUS AUJOURD'HUI ?
Orgue de la Cathédrale de SaintsPaul
de Buffalo
Construit par la Compagnie Hope-Jones, inauguré pour
Noèl 1908, et placé dans une des plus belles églises améri-
caines, cet instrument est remarquable parmi les orgues les
plus importants du Nouveau Monde. Construit sur le « Unit
système », il est placé aux deux extrémités de ce bâtiment très
élevé, l'orgue du sanctuaire, constitué seulement par quatre jeux
dédoublés, occupe la place de l'ancien orgue, avec deux faces sur le
sanctuaire et dans le transept ; cette partie de l'orgue, est
placée dans une boîte expressive en ciment, d'où des réflecteurs
pour les ondes sonores, envoient celles-ci dans le transept et dans
le sanctuaire. Ce petit orgue contient un diaphone, et le grand
chœur en est très puissant, mais peut être réduit à un simple
murmure, en fermant les lames expressives garnies de plomb ;
au moyen d'une transmission électrique les reliant à la pédale
d'expression.
L'autre partie de l'instrument, qui est l'orgue proprement dit,
est placée dans une tribune, à l'autre bout de la nef dans un
compartiment y attenant. Cette partie, qui forme un orgue
complet, considérée en elle-même, représente le dernier modèle
du système « Unit ».
D'une façon générale, tous les jeux sont communs aux quatre
claviers qui peuvent les appeler à l'unisson ou en octave, même
à la pédale. Pour se rapprocher encore plus des sonorités de
l'orchestre, l'orgue est divisé en quatre portions distinctes placées
dans quatre boîtes expressives en ciment avec lames blindées en
plomb actionnées électriquement, savoir: i" jeux de fonds; 2» jeux
imitant les bois de l'orchestre ; y> jeux imitant le quatuor à cordes ;
4» jeux imitant les cuivres de l'orchestre. Tout l'instrument est
joué par des claviers situés dans la nef, reliés à l'orgue du sanctuaire
par un câble électrique de 20 mètres, et avec le grand orgue
par un câble de 168 pieds (environ 50 mètres). Cette console est
du modèle bien connu de Hope-Jones si apprécié par un très
grand nombre d'organistes, elle offre les dernières commodités :
touches de jeux en demi-cercle au-dessus des manuels, touches de
combinaison faisant mouvoir les touches des jeux, commutateur à
bonne portée pour changer les groupes de jeux, touches-bascules
ou EN SOMMES-NOUS AUJOURD'HUI ?
149
pour basses convenables automatiques (i), (économie de temps et
d'ennui pour l'exécutant) ; double-touche avec ses merveilleux
effets, etc.
En pressant sur une petite bascule on peut jouer ensemble
ou séparément les deux parties de l'orgue, clavier 6i notes, pédale
32 notes.
PÉDAL ORGAN (16 Jeux)
FONDS
Tibia Profundissima 32
Résultant Bass 32
Tibia Profunda 16
Contra Tibia Clausa 16
Open Diapason 16
Tibia Plana 8
Tibia Clausa 8
LES BOIS
Clarinet 16
LES CORDES
Contra Viola 16
Dulciana 16
Cello 8
Cello Céleste
LES CUIVRES
Ophicléide 16
Trombone 16
Tuba 8
Clairon 4
Grand Orgue \
Récit (
n, .. . > a la pédale.
Récit octave l '^
Positif )
Un bouton annulant toutes les bas-
ses automatiques.
GRAND ORGUE (14 Jeui)
FONDS
Tibia Profunda 16
Contra Tibia Clausa 16
Tibia Plena 8
Tibia Clausa 8
Oben Diapason 8
Horn Diapason 8
Octave
Récit Cet. aig. au G. G.
Récit Cet. gra. au G. O.
Récit à l'unisson au G. O.
Positif Oct. grave au G. O.
LES BOIS
Concert Flûte 8
Flûte 4
LES CORDES
Dulciana 8
LES CUIVRES
4 Ophicléide 8
Positif Oct. aig. au G. O.
Positif unisson au G. O.
Tuba au G. O. seconde touche.
Une bascule à double touche permet aux accouplements
et aux jeux de pédales de fournir automatiquement un groupe
de jeux convenables pour les combinaisons ad libitum des jeux
du Grand Orgue et de leur basse appropriée.
(i) Voir l'explication page 41.
150
OU EN SOMMES-NOUS AUJOURD'HUI ?
POSITIF (22 Jeux)
FONDS
Contra Tibia Clausa 10
Tibia Clausa 8
Horn Diapason 8
LES BOIS
Orctiestral Oboe
Concert Flûte
Orchestral Oboe
Vox Humana
Flûte
LES CORDES
Contre Viole
Viole d'orchestre
Viole Céleste
16
8
8
8
4
16
8
Quintadena 8
Quint Céleste (Ten C) 8
Dulciana 8
Unda Maris (Ten C) 8
Gambette 4
Octave Céleste 4
Quintadena 4
Quint Céleste 4
LES CUIVRES
Trombone 16
Tuba 8
Tromba 8
PERCUSSION
Gongs Harmoniques 8
Gongs Harmoniques 4
Une double touche permet aux jeux de pédale et à leurs
accouplements de donner la basse convenable ; lo touches à
double mouvement pour combinaison des jeux de récit avec
des Jeux de pédale appropriés.
POSITIF (M Jeux)
LES FONDS
Contra Tibia Clausa. .
Tibia Clausa
Horn diapason
LES BOIS
Clarinet
Vox Humana (Ten C)..
Concert Flûte
Clarinet
Oboe Horn
Orchestral Oboe
Vox Humana
16
8
8
16
16
8
8
8
8
8
Flûte...
Piccolo.
PERCUSSION
Harmonie Gongs
Octave Aigûe ; Octave Grave.
Unisson muet pour le Récit.
Récit Sub Oct au Positif.
LES CORDES
Dulciana 16
Viole d'orchestre 8
Viole Céleste 8
Quintadena 8
Quint Céleste 8
Dulciana 8
Unda iVlaris (Ten C) 8
Dulcet 4
Unda Maris 4
Récit unisson au Positif.
Récit Super Octave au Positif.
Récitau Positif en deuxième touche
Bascule de double touche pour basse automatique convena-
ble pour le récit, lo touches de combinaison ad libitum pour
le récit avec la basse appropriée.
ou EN SOMMES-NOUS AUJOURD'HUI ? 151
SOLO (8 Jeux)
FONDS
Tibia Profunda 16 Tuba 8
Tibia Plena 8 Tromba 8
Open Diapason 8 Clarion 4
LES CUIVRES PERCUSSION
Ophicléide 16 Harmonie Gongs. ., 8
/
Grand Orgue au solo. Récit unisson au solo.
Récit Sub. Oct. au solo. Récit Super Oci. au solo.
Quatre Touches de combinaison ad libitum.
ORGUE DU SANCTUAIRE
PÉDALE
Diaphonie Diapason 16 Bourdon 16
GRAND ORGUE
Bourdon 16 Flûte 4
Diapason 8 Octave Gamba 4
Doppel Flûte 8 Horn 8
Gambe 8
POSITIF
Doppel Flûte 8 Flûte 4
Gamba 8 Horn 8
PÉDALES EXPRESSIVES
Sforzando Pédale. Expression des jeux de fonds. Expression des bois.
Expression des cordes. Expression des cuivres. Pédale d'expression
générale. Cinq tablettes pour indiquer et contrôler la position des pédales
d'expression. Trémolo pour les bois. Trémolo pour les cordes.
Orgnc dénommé « Hopes Jones Unit Orchestra»
Dans le « Paris-Théâtre » de Denver, Colorado.
Ce bel instrument, inauguré en Mni 1913, a été l'objet
d'un accueil enthousiaste de la part du public de Denver.
Le Directeur de la Société du Théâtre, écrivait le 9 Juin :
« Cet instrument merveilleux a montré qu'il était inté-
« ressant pour tout habitant de cette ville, et matériellement
« il a ajouté à la renommée de Paris-Théâtre, comme le
« premier des Théâtres cinématographiques de Denver ; un
« orchestre de trente musiciens n'aurait pas pu accompagner le
152
OU EN SOMMES-NOUS AUJOURD'HUI ?
« déroulement des films comme le Hope-Jones Unit Orchestra,
« et n'iiurait déclanché, d'une façon aussi marquée, l'enthou-
« siasme de la foule qui se presse pour venir l'entendre. »
L'AUTEUR M. GEORGES MILLER
JOUANT UN «HOPE-JONES UNIT ORCHESTRA»
On ne voit que les claviers, l'instrument est placé de
chaque côté du proscenium occupant la place des loges
d'avant-scène, les sons sont réfléchis dans la salle au travers
des boiseries d'un buffet purement décoratif ; le Diapason de
)2 pieds ouvert est placé derrière l'écran du cinéma.
PÉDALE {3J Notes)
Diaphone 32
Ophicléide 16
Diaphone 16
Basse 16
Tuba Horn 8
Octave . . .
Clarinette.
Celle
Flûte
Flûte
8
8
8
8
4
ou EN SOMMES-NOUS AUJOURD'HUI ? 153
Grosse caisse. Timbale. Cimbale en deuxième louclie. — Grand
Orgue à la Pédale. — Solo en octave à la Pédale. — Diaphone 32 pieds
en deuxième touche. — Ophicléide de 16 en Pizzicato-touche. — 6 Pistons
de combinaisons aux pieds.
ORGUE D'ACCOMPAGNEMENT (61 Notes)
Vox Humana (Ten C)
Tuba Horn
Diaohonic Diaoason
... 16
.. 8
8
Octave Céleste
Flûte
Twelth
.... 4
.... 4
.... 22/3
... 8
Piccolo
Chrysoglotte
2
Viole d'Orchestre.
. 8
.... 4
Viole Céleste
8
Tambour.
Tambourin.
Castagnettes.
Flûte . .
8
Vox Humana
. . 8
Viola
... 4
Triangle, Carillon de Cathédrale, SIeigh - Bells, Xylophone,
Tuba Horn du Solo sur le clavier d'Accompagnement, en deuxième
touche. — Tibia 8 du Solo sur l'Accompagnement en Pizzicatto-
touche. — Dix combinaisons de jeux ad libitum. — Une bascule à
double touche pour donner et retirer instantanément des jeux de
pédale et leurs tirasses correspondant aux jeux tirés aux manuels.
GRAND ORGUE (61 Notes)
Ophicléide 16 Clarinette (Ten C) 16
Diaphone - 16 Contre Viole (Ten C) 16
Basse 16 Tuba Horn 8
Diaphotiic Diapason 8 Flûte 4
Clarinette 8 Tweilth 2 3/3
Viole d'Orchestre 8 Viole 2
Viole Céleste 8 Piccolo 2
Flûte 8 Tierce 13/5
Vox Humana 8 Chrysoglott 4
Clairon 4 Cloche 4
Viole 4 SIeigh Bells , 4
Octave Céleste 4 Xylophone 2
Solo sur G/0, à l'octave. — Ophicléide et Solo sur G. O. en deuxième
touche. — Solo sur grand Orgue et Pizzicato. — 10 boutons de combinai-
sons libres. — Bascule pour donner les jeux de pédales convenables aux
jeux tirés sur le clavier de G. 0.
SOLO ORGAN (37 Notes)
Tibia Clausa 8 Quintadena 8
Trompette 8 Carillon Cathédrale 8
Hautbois d'Orchestre 8 Cloches 4
Kinura 8 Sleich Bells 4
Hautbois Burn 8 Xylophone 2
154
OU EN SOMMES-NOUS AUJOURD'HUI ?
6 Pistons de combinaison ad libitum.
2 indicateurs d'expression avec des touches de contrôle. — Pédale
d'Orage par le diaphone. — Pédale d'orage par les Anches. — 2 Trémolos.
Réitérator pour les Cordes et pour le Solo. — Sforzando Pédale en
double touche. — Tutti en simple touche. Jeux de percussion en
deuxième touche. — Tambour en première touche. — Grosse caisse et
Cymbale en deuxième touche.
Orgue de la Cathédrale de Stsjohn the Divine
(NewsYork)
Cet orgue construit en 191 1, par la Compagnie Ernest
Skinner de Boston, est un don de M. et M°>« Levi P. Morton.
On dit qu'il a coûté 50.000 dollars (250.000 francs), il est
renfermé dans deux buffets placés de chaque côté du choeur
dans le triforium ; la soufflerie électrique est de 25 HP.
Diapason 16
Bourdon 16
Premier Diapason 8
Deuxième Diapason 8
Troisième Diapason 8
Philomela 8
Grosse Flûte 8
HohI Flûte 8
Gedackt 8
Gamba 8
Erzahler 8
GRAND ORGUE (21 Jeux)
Harmonie Flûte 8
Octave 4
Gambette 4
Flûte 4
Fifteenth 2
Mixture
Trombone 8
Ophicléide 16
Harmonie Tuba 8
Harmonie Clarion 4
SWELL ORGAN (RÉCIT) (M Jeux)
Dulciana 16
Bourdon 16
Premier Diapason 8
Deuxième Diapason 8
Troisième Diapason 8
Spitz Flœte 8
Salicional 8
Viola 8
ClaribeV Flûte 8
Aeoline 8
Voix Célestes 8
Unda Maris 8
Gedackt 8
Octave 4
Première Flûte 4
Deuxième Flûte 4
Violin 4
Flautino 2
Mixture
Trompette 16
Englisch Horn 16
Cornopean 8
Trompette à la française 8
Vox Humana 8
Clarion 4
Oboe 8
Trémolo
ou EN SOMMES-NOUS AUJOURD'HUI ?
155
CHOIR ORGAN EXPRESSIF (POSITIF) (18 Jeux)
Gedackt 16
Gamba 16
Diapason 8
Geigen Principal 8
Dulciana 8
Dulcet 8
Concert Flûte 8
Quintadena 8
Flûte 4
Fugara 4
Piccolo 2
Fagotto 16
Saxophone 8
Clarinette 8
Englisch Horn 8
Orchestral Oboe 8
Vox Humana 8
Carillons 8
Téinolo
SOLO ORGAN (17 Jeux)
Stentorphone 8
Philomela 8
Claribel Flûte 8
Harmonie Flûte 8
Voix Célestes 8
Ophicléide 16
Tuba 8
Tuba Mirabilis 8
Flugel Horn 8
Gamba
. . 8
Hohl Pfeife
... 4
Flûte
... 4
Octave
4
Cymbale
Choir Clarinette
... 8
Choir Orchestral Oboe
Clarion
... 8
4
Trémolo
PEDAL ORGAN (24 Jeux)
Diapason 32
Contra Violone 33
Violone 16
Premier Diapason 16
Deuxième Diapason 16
Gamba 16
Premier Bourdon 16
Deuxième Bourdon 16
Dulciana 16
Gedackt 8
Quinte 10 2/3
Cello 8
Première Octave 8
Deuxième Octave 8
Super Octave 4
Bombarde 32
Euphonium 16
Ophiclcléide 16
Cor Anglais 16
Tuba Mirabilis
Tuba
Premier Clairon. . .
Deuxième Clairon.
Pizzicato
8
8
4
4
8
32 Accouplements. Boutons de tirages pour les jeux Touches à
bascule, pour les accouplements (voir la fig. page 45).
Toutes les combinaisons font mouvoir les boutons de registre
Sforzando pédale. — Tirasse de Grand Orgue réversible. — Tirasses
de Récit réversible. — 3 Expressions à bascule pour le Récit, pour le
Positif et pour le Solo ; Pédale de Crescendo par jeux, etc., etc.
156 OU EN SOMMES-NOUS AUJOURD'HUI?
Orgue de l'Université de Toronto (Canada)
MM. Cassavant frères, de Saint-Hyacinthe, province de
Québec, ont construit dans le Nord des Etats-Unis et au
Canada, beaucoup de beaux instruments ; entre autres ceux
de Notre-Dame de Montréal, Cathédrale de Montréal, Cathédrale
d'Ottawa, Université du Nord-Ouest à Chicago, et l'orgue du grand
opéra de Boston. L'Orgue de Convocation Hall de l'Université
de Toronto possède quatre manuels de 61 notes, 32 notes de
Pédale ; système électro-pneumatique ; 76 jeux parlants,
32 accouplements, 4.800 tuyaux, inauguré le 8 juin 19 12.
Voici sa composition :
GREAT ORGAN (GRAND ORGUE) (16 Jeux)
Double Open Diapason 16 Octave 4
Bourbon 16 Harmonie Flûte 4
Open Diapason (large) 8 Principal 4
Open Diapason (moyen) 8 Tweifth 2 2/3
Violin Diapason 8 Fifteenth 2
Doppel Flote 8 Harmonies (15-17-19-21-22)
Fl(ite harmonique 8 Double trumpet 16
Gemshorn 8 Tromba 8
SWELL ORGAN (RÉCIT) (17 Jeux)
Gedeckt 16 Piceolo 2
Open Diapason 8 Mixiiire 3 Rgs
Clarabella 8 Cornet 4 Rgs
Stopped Diapason 8 Bassoon 16
Doleissimo 8 Cornopean 8
Viola de Gamba 8 Oboe 8
Voix Céleste 8 Vox Humana 8
Fugara 4 Clarion 4
Flauto Traverse 4
CHOIR ORGAN (EXPRESSIF) (positif) (11 Jeux)
Saliclonal 16 Suabe Flûte 4
Open Diapason 8 Violina 4
Melodia 8 Quint 2 2/3
Gamba 8 Flageolet 2
Dulciana 8 Contra Fagotte 16
Lieblich Gedeckt 8 Clarinet 8
SOLO ORGAN (EXPRESSIF) (16 Jeux)
Rohr Flôte 8 Stentorphone 8
Quintadena 8 Tibia Piena 8
ou EN SOMMES-NOUS AUJOURD'HUI ? 157
SOLO ORGAN (EXPRESSIF) (16 Jeux) (suite)
Viole d'Orchestre 8 Violoncelle 8
Violes Célestes (2 Rangs) 8 Octave 4
Concert Flûte 4 Harmonie Piccolo 8
Orchestral Oboe 8 Tuba Magna 16
Cor Anglais 8 Tuba Mirabilis 8
Célester. Tubular Chimes.
PEDAL ORGAN (15 Jeux)
Dojble Open 32 Violoncelle 8
Open Diapason (wood) 16 Octave 8
Open Diapason fmélal) 16 Bourdon • 8
Violone 16 Super Octave 4
Dulciana 16 Trombone 16
Dourdon 16 Trumpet 8
Gedeckt 16 Clarion 4
Flûte 8
Pression de vent fonds, 125 %, anches, 300 %.
32 accouplements opérés par boutons, pistons ou pédales réversibles ;
6 pistons de combinaison à chaque manuel.
4 pistons pour les pédales.
4 pédales pour les jeux et les accouplements; 1 pédale de grand chœur,
3 pédales d'expression séparées pour Récit, Positif, et Solo ; pédale de
crescendo, 3 trémolos (Récit, Positif, et Solo).
Orgue de City Hall de Portland, Maine
Construit en 1912, par la Austin Organ C" de Hartford, il
fui présenté à la ville de Portland par M. Cyrus K. Curtis du
Saturday Evening Post, à la mémoire du regretté Hermann
Kotschmar, musicien dont le Te Deum est une œuvre bien
connue et fort appréciée des Américains. Le buflFet est placé
sur une tribune au fond du hall, cet orgue peut être consi-
déré comme ayant une belle place à côté des plus grandes orgues
connues. Curieuse coïncidence : ces facteurs associés dès le
début, à M. Hope-Jones se trouvent maintenant classés parmi
les facteurs américains les plus réputés ; le très bel orgue de
la cathédrale de Saint-John the Divine de New- York en est la
meilleure preuve, de même l'orgue de Portland avec 88 jeux
réels et 33 accouplements, répartis sur 4 manuels de 61
notes et un pédalier de 32 notes, dont voici le détail :
158
OU EN SOMMES-NOUS AUJOURD'HUI ?
GREAT ORGAN (18 Jeux)
Sub Bourdon 32 Octave Quint 3
Bourdon 16
Violone Dolce 16
1er Open Diapason 8
2e Open Diapason 8
3« Open Diapason 8
Doppel Flûte 8
Clarabella 8
Octave 4
Hobl Flûte 4
Super Octave 2
Violoncelle 8
Gemshorn 8
Double Trumpet 16
Trumpet 8
Clarion 4
Cathedral Chimes dans la boîte du
Solo.
SWELL ORGAN (16 Jeux)
Quintaton 16
Diapason Phonon 8
Horn Diapason 8
Viole de Gambe.
Rohr Flûte
Flauto Dolce
Unda Maris
Viole sourdine. .
Principal
8
8
8
8
8
Harmonie Flûte
Flautino
Mixture 3 à 4 rangs.
Contra Fagotto
Cornopean
Oboe
Vox Humana
Tremulant.
4
2
16
8
8
8
ORCHESTRAL ORGAN (13 Jeux)
Contra Viole 16 Quintadena
Geigen Principal 8 Flûte d'Amour.
Concert Flûte 8 Flageolet
Dulciana 8 French Horn . .
Viole d'Orchestra 8 Clarinet
Viole Céleste 8 Cor Anglais . . .
Vox Seraphique 8 Tremulant.
8
4
2
8
8
8
SOLO ORGAN (12 Jeux)
Violone 16
Flauie Major 8
Grand Diapason 8
Gross Gamba 8
Gamba Céleste 8
Flûte Ouverte 4
Concert Piccolo.
Tuba Profunda. .
Harmonie Tuba.
Tuba Clarion. . .
Orchestral Oboe.
Tuba Magna. . . .
2
16
8
4
8
8
ECHO ORGAN (dans le Plafond) (8 Jeux)
Cor de Nuit 8
Gedackt 8
Vox Angelica 8
Viola Aetheria 8
Fern Flûte 4
Echo Cornet 8 rangs.
Vox Humana
Harpe.
Tremulant.
ou EN SOMMES-NOUS AUJOURD'HUI ? 159
PEDAL ORGAN (21 Jeux)
Contra Magnaton 32 Grosse Flûte 8
Contra bourdon 32 Violoncello 8
Magnaton Iti Octave Flûte 4
Open Diapason 16 Contra Bombarde 32
Violone 16 Bombarde (25 inch wind) 16
Dulciana (pris dansG. G.) 16 Tuba Profuuda 16
First Bourdon 16 Harmonie Tuba 8
Contra Viole 16 (Transmis du Solo)
Second Bourdon 16 ^^^^ ^.^^^-^^ 4
Lieblich Gedackt (Echo) . . 16
Gross Quint 10 1/2 (Transmis du Récit)
Flauto Doice 8 Contra Fagotto 16
11 y a 6 pédales de combinaison de jeux pour la pédale;
8 combinaisons ad libitum pour chacun des manuels ; les jeux
s'appellent en pressant sur des touches, pédale de crescendo ne
faisant pas remuer les registres, 4 expressions séparées à
bascule inerte pour : i» Récit, 2" Pédale orchestrale, 3° Solo,
40 Echo.
G. O. sur pédale réversible, Solo et Echo sur G. O.
réversible, Pédale des sforzando.
Orgue de la Cathédrale de Liverpool
en Angleterre
La maison Henry Willis et fils, fondée en 1845, par
« Father Willis » eut comme associés les deux fils du fonda-
reur, Vincent et Henry Willis en 1878 ; la majorité des brevets
et perfectionnements pris par la maison étaient dus à « Father
Willis » lui-même ; néanmoins dans les derniers temps son
fils Vincent fut l'auteur d'un certain nombre de brevets, mais
Vincent Willis quitta la maison en 1894, six ans avant la
mort du père Willis, en Février 1900. Les affaires restèrent,
depuis, sous la direction de Henry Willis (i) qui prit pour associé
Henry Willis junior, petit-fils du fondateur de la maison.
(1) Au début le « Père Willis » faisait toute l'harmonisation de ses tuyaux :
jeux de fonds et anches; c'est le chef actuel de la maison, M. Willis, qui, avec
les conseils de son père, s'occupa de l'harmonisation des jeux d'anches à forte
pression, et qui réalisa notamment les belles trompettes et autres jeux d'anches
d'Albert Hall. - D' G. B.
160 OU EN SOMMES-NOUS AUJOURD'HUI ?
La grande réputation de Willis, en matière de jeux d'anches
et jeux de fonds, a été bien soutenue par la maison actuelle, dont
les co-directeurs sont eux-mêmes des harmonistes de valeur.
D'une façon générale, les détails des mécanismes de trans-
mission qu'ils emploient (électrique ou tubulaire) sont tout à
fait modernes et maintiennent cette maison au premier rang
de la facture anglaise. Ce que nous venons de dire trouve
une confirmation évidente dans la construction actuellement
en cours (19 13-1914) du grand orgue de la cathédrale de
Liverpool dont voici la composition :
Cinq claviers manuels de 61 notes, pédalier rayonnant et concave de 32
notes.
Il n'y a ni jeux empruntés, ni jeux à l'octave sur eux-mêmes ; tous
les jeux, sauf les célestes, qui descendent même jusqu'au fa du 8 pieds,
sont complets sur toute l'étendue du clavier ; et il y a 167 jeux réels parlants,
et 48 boutons d'accouplement, donnant un total de 215 boutons de registre.
PEDAL ORGAN (33 Jeux)
Open Diapason (bois) 32 Violoncello (métal) 8
Open Diapason (métal) ... 32 Flûte (métal) 8
Contra Violone (métal) .. . 32 Quintadena (métal) 8
Double Quint, wood 211/3 Twelfth (métal) 5 1/3
Open Diapason N» 1 (bois) 16 Fifteenth (métal) 4
Open Diapason N» 2 (bois) 16 Mixture, 17, 19, 22 d.
Open Diapason N» 3 (bois) 16 Fourniture, 19. ai, 22, 26, 29.
Open Diapason (métal) .. . 16 Contra Trombone 32
Contra Basso (métal) 16 Contra Ophicléide 32
Geigen (métal) 16 Trombone 16
Doice (métal) 16 Bombardon 16
Violone (métal) 16 Ophicléide 16
Bourdon (bois) 16 Fagotto 16
Quintaton (métal) 16 Octave Trombone 8
Quint (bois) 10 2/3 Octave Basson 8
Octave (bois) 8 Clarion 4
Principal (métal) 8
CHOIR ORGAN (POSITIF) (13 Jeux) (i)
Contra Dulciana 16 Gambette 4
Contra Gamba 10 Dulciana 2
Open Diapason 8 Flageolet 2
ou EN SOMMES-NOUS AUJOURD'HUI ?
161
CHOIR ORGAN (POSITIF) (23 Jeux) {suite)
Violin Diapason 8
Rohr Flûte 8
Claribel Flûte 8
Dulciana 8
Gamba 8
Unda Maris (FF) 8
Flûte ouverte 4
Suabe Flûte 4
Dulcet 4
Dulciana Mixture, 10, 12, 17, 19, 22.
Bass Clarinet 16
Baryton, double vox humana. . 16
Corno di Bassetto 8
Cor Anglais 8
Vox Humana 8
Trumpet (orchestral) 8
Clarion 4
GREAT ORGAN (GRAND ORGUE) (28 Jeux, l accouplement)
Double Open Diapason... 16
Contra Tibia 16
Bourbon 16
Double Quint 10 2/3
Open Diapason N» 1 8
Open, No 2 8
Open, No 3 8
Open, No 4 8
Open, No 5 8
Open. No 6 8
Tibia Major 8
Tibia Minor 8
Stopped Diapason 8
Doppel Flote 8
Quint 5 1/3
Octave Diapason 4
Prmcipal 4
Flûte Couverte 4
Flûte Harmonique 4
Tweifth 2 2/3
Fifieenth 2
Piccolo Harmonique 2
Mixture lO, 12, 17, 19, 22.
Sesquialtera 19, 2i, 22, 26, 29.
Double Trumpet 16
Trumpet 8
Trompette Harmonique . . 8
Clarion 4
Trombas du Solo sur G. O. par
accouplement.
SWELL ORGAN (RÉCIT) (3! Jeux)
Contra Geigen 16
Contra Salicional 16
Lieblich Bordun 16
Open Diapason No 1 8
Open Diapason No 2 8
Geigen 8
Tibia 8
Flauto Traverso 8
Wald Flote 8
Lieblich Gedackt 8
Echo Gamba 8
Salicional 8
Vox Anglelica (FF) 8
Octave 4
Geigen Principal 4
Salicet 4
Lieblich Flote
Doublette
Lieblich Piccolo.
Lieblich Mixture 17, 19, 22.
Full Mixture 12, 17, 19, * 21, 32.
Double Trumpet
W^ald Horn
Contra Hautbois
Trumpet
Trompette Harmonique
Cornopean
Hautboy
K.rummhorn
Clarion, N" 1
Clarion, N» 2
16
16
16
8
8
8
8
8
4
4
162
nu EN SOMMES-NOUS AUJOURD'HUI ?
SOLO ORGAN (Î3 Jeux)
Conira Hohl Flote 16
Contra Viole 16
Hohl Flote 8
Flûte Harmonique 8
Viole de Gambe 8
Viole d'Orchestre 8
Viole Céleste (FF) 8
Octave Hohl Flote 4
French Horn (orchestral) 8
Oboe (orchestral) 8
Contra Tromba 16
Tromba 8
Concert Flûte 4
Octave Viole 4
Piccolo Harmonique 2
Violette 2
Cornet de Violes 10, 12, 16.
Cor Anglais 16
Clarinet (orchestral) 8
Bassoon (orchestral) 8
Tromba Real 8
Tromba Clarion 4
Diapason Stentor 8
CLAVIER DES BOMBARDES (TUBA ORGAN) (6 Jeux)
Contra Tuba. . .
Bombardon .. .
Tuba mirabilis.
16 Octave Bombardon 4
8 Tuba Clarion .'.... 4
8 Tuba Magna 8
ECHO ORGAN ((» Jeux)
ECHO PEDAL (4 JeUX)
Salicionat 16 Fugara 8
Echo Bass 16 Dulzuin (jeux d'anches) 16
CCBO MANUAL (19 JcUX)
Qiiintaton 16
Echo Diadason 8
Cor de nuit 8
Carillon (gongs) 8
Flauto Amabile 8
Muted Viole 8
Aeoline Céleste (FF) 8
Célestina 4
Fernflote 4
Flautina 2
Harmonica Aetheria (flûte mix-
ture) 10, 12, 15
Chalumeau 16
Cor Harmonique 8
Trompette 8
Musette 8
Voix Humaine 8
Hautbois d'Amour 8
Rohr Nasat 2 2/3 Hautbois Octaviant 4
Pression de 8o ^ à 172 ^.
Certains jeux de pédale sont dans une boîte expressive ;
les jeux de l'Echo parlent au cinquième clavier, quand on
tire le bouton Echo sur Solo.
Les 48 boutons, pour les accouplements et trémolo, sont
disposés en deux colonnes doubles à main gauche sur un
pan coupé à portée de la main ; les principaux accouplements
peuvent aussi être mis par des pistons réversibles, et les trois
ou EN SOMMES-NOUS AUJOURD'HUI ? 163
trémolos par trois pédales réversibles. Cinq autres pistons
réversibles actionnés par les pieds peuvent également appeler
les cinq manuels sur le clavier de pédale.
En sus des accouplements de manuels entre eux, chaque
manuel Positif, Récit Solo et Echo peut parler à l'octave
aigué, à l'octave grave avec l'unisson muet, sur son clavier
respectif.
Une nouveauté est l'accouplement dit « ténor solo à la
pédale », ce qui permet au pied droit de jouer un solo de
ténor sur les 20 notes aigués du pédalier, en même temps que
les autres jeux de pédale ne parlent plus sur les notes chan-
tant en ténor ; les douze notes graves seulement faisant parler
encore les jeux tirés à la pédale.
La registration se fait aussi par neuf combinaisons ad
libitum pour les jeux de pédale ; chacun des manuels possède
neuf boutons de combinaison, sauf le clavier des tubas
qui n'en possède que cinq. Chacun de ces pistons de combi-
naison peut être individuellement accouplé aux pédales de
combinaison des jeux du pédalier, soit par un piston, soit par
un bouton de tirage qui, en même temps, fait mouvoir les
registres ; donc pistons et pédales de combinaisons font mouvoir
les boutons de jeux qu'ils font parler, cela constitue, pour
l'exécutant, un précieux renseignement visuel.
Le cadre des claviers, dans les dessus et dans le grave, porte
cinq pistons qui amènent des combinaisons spéciales entre les
manuels, la pédale et les accouplements.
Il y a enfin cinq pédales commandant les différentes
boîtes expressives avec le système du locking lever (levier
d'arrêt) qui permet à l'exécutant d'arrêter la pédale expressive
à la position désirée. La pédale d'expression agissant sur certains
jeux du pédalier, peut être accouplée aux autres pédales expres-
sives.
Les trémolos peuvent avoir leur rapidité augmentée ou
diminuée au gré de l'exécutant.
La transmission est tubulaire ou électrique suivant la
distance des tuyaux aux claviers, excepté les accouplements des
manuels au clavier de pédale qui sont mécaniques, et font
mouvoir les touches des claviers manuels en tirasse.
La console est placée du côté Nord au-dessus des stalles
du chœur.
164
OU EN SOMMES-NOUS AUJOURD'HUI ?
Des moteurs électriques actionnent sept souffleries séparées.
L'instrument occupe deux emplacements spéciaux de
chaque côté du sanctuaire et une partie du triforium sud
du chœur. Il y a quatre buffets, deux se faisant face dans le
chœur et deux de 32 pieds étalés dans le transept.
Cet instrument est le don de Madame James Barrow ; le
prix, sans les buffets, est de 450..000 francs ; la composition en
en est due à M. W. J. Riddiey, neveu de Madame James
Barrow, avec l'approbation complète du comité, choisi par elle,
composé de Messieurs Charles Collins, E. Townsend Driffleld,
organiste de la Qthédrale, Burstall, F. C. C. O. et de
MM. Henry Willis & Son.
Cet orgue est réputé être le plus grand du monde ; comme
comparaison nous donnons les chiffres suivants : Paris, Saint-
Sulpice, iio jeux; Uim, cathédrale, 125 Jeux; Albert Hall,
125 jeux; Libau, Courlande, 125 jeux; Sidney, Town Hall,
144 jeux ; Saint-Louis, Exposition 167 ; Hambourg, Saint-
Michaels, 163 Jeux; et Liverpool Cathédrale, 215 jeux (i).
(1) C'était vrai au début de l'année, mais l'orgue de Breslau, inauguré en
septembre iQiB, contient 188 jeux réels et 12 dédoublés donnant 200 jeux, il
est entièrement électrique et a été construit par M. Paul Walker, successeur
de Sauer, à Francfort/Oder, sur le principe de la valve pendulaire à relai pri-
maire. L'orgue de Liverpool contiendra 167 jeux réels parlants, sans aucun
dédoublement ni emprunt ; à Saint-Sulpice, il y a 118 registres, mais 100 jeux
réels ; le bel orgue de Ulm a 159 registres, mais seulement 109 jeux parlants.
Saint-Michaels, de Hambourg, i63 jeux réels. — D' G. B.
EPILOGUE
James Ingall Wedgwood, quand il écrivit son excellent
dictionnaire des jeux d'orgue sentit qu'il était presque néces-
saire de présenter des excuses, ou mieux une justification
pour avoir si souvent cité le nom de Hope-Jones ; l'auteur
du présent ouvrage se trouve dans le même embarras,
néanmoins il ne voit pas, pour lui et pour les auteurs à
venir qui auront souci de la vérité, comment on pourrait
éviter de citer très souvent le nom de Hope-jones et de
mentionner ses travaux. Si l'on veut écrire quelque chose
de bien au courant sur la facture d'orgues moderne, c'est
impossible.
REMERCIEMENTS
L'auteur offre ses remerciements à « Tbe Austin Organ Cy »,
the Bennett Organ Compyny, au D' IV. C. Cari, à the Estey
Organ Company, tbe Hock et Hastings Company^ the Hope-Jones
Organ Company, the Hutchings Organ Company, M. M. P. Moller,
MM. J. H. et S. C. Odel et tbe E. M. Skinner Company, en
Amérique.
MM. Casavant Frères du Canada, MM. J. H. Compton,
IV. mil et Son, D'' J. IV. Hinton, Alfred Kirkland, John
Moncrieff Miller , Henry IVillis et Son de Londres, le Professeur
Gabriel Bédart, de l'Université de Lille, M. Charles Mutin, de
Paris, ont droit aussi à mes remerciements, pour des renseigne-
ments importants, les photographies et les dessins aimablement
donnés pour documenter notre livre.
INDEX DES FIGURES
Portrait de l'auteur M. Georges Laing Miller 2
Double flûte préhistorique 10
Sommier vu de face et de profil 14
Le levier pneumatique 19
Portrait de Moitessier, inventeur du tubulaire. 22
Système tubulaire pneumatique 24
Portrait du Docteur Peschard 28
Le levier électro-pneumatique 29
Système électrique de Hope-Jones 30
L'orgue de Saint-Laurent de Salon, le premier orgue électrique ..... 32
Console de la Cathédrale de Saint-Paul. Buffalo 35
Console système Bennett ,36
Console de Trinity Church, Boston 37
Console du Collège of City of New-York 45
Principe du Sound Trap 48
Le joint du Sound Trap 48
Boîte expressive avec Vacuum Shutter 49
Tuyaux de basses ouvertes système Estey 65
Tuyau de diapason avec lèvres garnies de peau 70
Clarinette de Ha&kell, sans anches 76
Diagramme d'un jeu d'anches 77
Cavités-voyelles 80
Diapbone de la Cathédrale de Worcester 84
Diaphone d'Aberdeen University 85
Diaphone de Saint-Patrick', New-York 86
Diaphone dans l'Auditorium d'Océan Grove 88
Diaphone de Saint-Paul, Buffalo •. 89
Diaphone produisant la sonorité des jeux de fonds 90
Nouvelle méthode d'accorder les jeux d'anches 94
Portrait de Charles-Spachman Barker 103
Portrait d'Aristide Cavaillé-CoU 109
Portrait de Henry Willis 113
Orgue de Sainl-Georges-Hall, Liverpool 112
Portrait de Robert Hope-Jones 119
Clavier de Saint-Georges Hall, Liverpool 115
Clavier de Notre-Dame de Paris 134
Clavier de l'Abbaye de Westminster 140
Orgue de Balruddery Mansion, Dundee (Ecosse) 142
L'auteur jouant un orgue « Hope-Jones-Unit-Orchestra » 152
TABLE DES MATIERES
CHAPITRE I. — Origine de l'orgue 9
CHAPITRE II. — L'orgue au début du XIX»* siècle 13
CHAPITRE III. — L'aurore d'une ère nouvelle. - Le levier pneumatique 18
CHAPITRE IV. — Transmission pneumatique électro-pneumatique. —
Orgue divisé. — Réflexion du son. — Accouplements d'octaves. — Jeux
dédoublés 22
CHAPITRE V. — Tirage des jeux par touches bascules, et rcfiistration
moderne. — Consoles américaines 34
CHAPITRE VI. — Pédalier rayonnants et concaves. — Registration
de la pédale. — Pedal Help. — Basse automatique 39
CHAPITRE VII. — Moyens d'obtenir l'expression. — Pédale de cres-
cendo. — Pédale de sforzando. — Double touche. — Pédale d'expression
à bascule inerte. — Contrôle du Récit par les claviers. — Boîtes Expres-
sives. — Le Sound Trap. — Les lames expressives Vacuum Shutter . 43
CHAPITRE VIII. — Révolution dans la soufflerie. — Emploi des
ressorts au lieu des poids. — Soupapes individuelles. — Vent à forte
pression. — Souffleries mécaniques 51
CHAPITRE IX. — Jeux transférés. — Double touche. — Pizzicato
touche. — Unit Organ. — Altération par sympathie 57
CHAPITRE X. — Production des sons dans l'orgue. — Acoustique
des tuyaux d'orgue. — Tuyaux système Estey. — Diapason. — Flûtes.
— Jeux imitant les instruments à cordes. — Jeux d'anches. —
Cavités-Voyelles. — Jeux ondulants. — Instruments de percusion. —
Les diaphones 62
CHAPITRE XI. — De l'accord de l'orgue. — Le tempérament égal. —
Nouvelle méthode d'accorder les jeux d'anches 92
CHAPITRE XII. — Progrès de la révolution dans notre propre pays
(Amérique) 96
CHAPITRE XIII. — Les principaux chefs : Barker, Cavaillé-Coll,
Willis, Hope-Jones 102
CHAPITRE XrV. — État actuel. — Appareils automatiques. —
Spécifications d'orgues célèbres : Saint-Georges Hall, Livtrpool ;
Notre-Dame, Paris ; Cathédrale Saint-Paul, Londres ; Westminster
Abbey ; Balruddery,» Ecosse ; Worcester Cathédral ; Yale University,
U.S. A. ; Cathédrale Saint-Paul à Buffalo ; Paris-Théâtre à Denver ;
Cathédrale de Saint-John the Divine, à New-York ; Université de
Toronto, Canada ; City Hall Portiand ; Cathédrale de Liverpool. . . 126
D'- G. BÉDART
Professeur Agrégé à l'Université de LUIe
REPONSE
A M. ALEXANDRE CELLIER
Organiste de la Société Jean-Sébastien £ach
et de l'église évangélique du Zemple de l'étoile, à paris
et à son Préfacier M. LOUIS VIERNE
Organiste de /fotre-f)ame de Paris
au sujet du livre : "L'Orgue Moderne
REPONSE
A M. ALEXANDRE CELLIER
Ûrganisie de la Société Jean-Sébastien £ach
et de l'Église €vangélique du Zemple de l'-étolle, à Paris
et à son Préfacier M, LOUIS VIERNE
Organiste de J/otre~J)ame de Paris
au sujet du livre : " L'Orgue Moderne "
Si l'ouvrage de M. Alexandre Cellier avait été écrit par
un inconnu, petit organiste de province, et la préface élaborée
par un autre inconnu, organiste de province sans prestige,
j'aurais simplement souri à la lecture de ce livre, en constatant
la pauvreté documentaire, et les inexactitudes qu'il renferme.
Mais l'auteur est un Parisien, organiste de la Société Jean-
Sébastien Bach, et de l'Eglise Evangélique du Temple de
l'Etoile, et le préfacier n'est autre que M. Louis Vierne,
organiste justement réputé de Notre-Dfime de Paris. Cet
ouvrage a donc quelques prétentions, puisque le préfacier nous
le signale comme « un ouvrage capital qu'il est heureux de
« présenter à ceux qui s'occupent de l'art de l'orgue, et comme
« un livre comblant une lacune et, par suite, devant prendre
« place dans la bibliothèque de tout musicien soucieux d'éru-
« dition ».
Sur cette dernière indication très affirmative émanant d'un
artiste aussi réputé que M. Louis Vierne et, de plus, professeur
à la Schola Gantorum, je n'ai plus hésité à faire l'emplette de
ce livre, heureux d'apprendre que la littérature française
concernant la facture d'orgue allait s'enrichir d'un ouvrage
ayant quelque valeur documentaire. Hélas ! Je le dis sans
ambages, mon espoir a été très fortement déçu.
174 RÉPONSE AU LIVRE tL'ORGUE MODERNE •
L'ayant rapidement parcouru, c'est sur une première
impression que j'avais mis une note à la page 91 de ma traduc-
tion ; depuis, ayant eu le temps de relire l'ouvrage de M. Cellier
avec plus de soin, j'ai pensé que beaucoup des propositions
et affirmations contenues dans ce livre ne pouvaient pas
rester sans réponses, parce qu'elles constituaient une documen-
tation insuffisante, inexacte, surannée, et presque un véritable
danger pour les lecteurs non avertis et désireux de connaître
ce qu'est l'orgue moderne.
Néanmoins, j'aurais encore hésité à faire ces réponses, si
un ami ne m'avait fait comprendre que c'était mon devoir de
critique, surtout après les annotations ajoutées à ma traduc-
tion de « Becent Bevolulion in Organ building », enfin que,
logiquement, je devais appliquer à MM. Vierne et Alexandre
Cellier le principe « si amicus mihi Plato, magis amica mihi
Veritas », dont je m'étais si largement autorisé pour le livre
de M. G. Laing Miller.
Je vais donc formuler mes critiques, un peu comme si,
membre d'un jury de thèse à la Faculté, j'inscrivais en marge
mes annotations pour argumenter le travail d'un de mes
étudiants en médecine, ayant pris comme sujet la mise au
point d'une question d'anatomie ou de physiologie pour préciser
où elle en est en 1914.
Un premier moyen de se rendre compte si un travail de
ce genre est ba.sé sur une documentation sérieuse, est d'exa-
miner avant tout la bibliographie citée par l'auteur, et je
trouve que, si nous nous reportons à la page 111, nous décou-
vrons avec étonnement ceci : pour se documenter sur l'orgue
moderne, M. A. Cellier cite et conseille la lecture complé-
mentaire de :
1 . Dom Bedos, Traité de Facture d'Orgue, 1755 ;
3. Hamel, Traité de Facture d'Orgue, 1853 ;
3. Cavaillé-Coll, Orgue et son Architecture, 1870 ;
4. Anonyme, te Grand Orgue de la Salle de Sheffield, 1872 ;
5. Anonyme, le Grand Orgue d'Amsterdam, 1878 ;
6. Charles Locher, les Jeux de l'Orgue, 1898;
7. Encyclopédie Rotet, Manuel du Facteur d'Orgue, Guédon,
1903.
Or, ces sept livres se réduisent en réalité à cinq ; le
Manuel Roret, par Guédon, étant une reproduction annotée
des deux premiers.
C'est fort maigre. Certes nous ne réclamerons pas les
180 indications bibliographiques du Traité de Bobertson, ni
même les 48 ouvrages cités par 7/edgwood dans son Dictionary
RÉPONSE AU LIVRE «L'ORGUE MODERNE» 175
0/ Organ Slops; mais, indiquant dans l'Encyclopédie Roret, le
Facteur d'orgues revu par Guédon, M. Cellier aurait pu en
tirer meilleur parti, car son livre édité en 1914, « retarde »,
et même considérablement, sur ce manuel Roret publié en
1903. M. Cellier ferait-il comme certains de nos étudiants
en médecine, qui mettent dans leur bibliographie des livres
qu'ils n'ont point lu ?
L'auteur nous avertit qu'il se limite à la facture d'orgue
française, étant « celle qui a réalisé les perfectionnements
« les plus notoires dans les cours du siècle dernier, et il
« suffit de rappeler pour cela les travaux d'un Cavaillé-(^oll
« pour l'apprécier ».
Erreur profonde : si la facture française et mondiale s'en
était tenue aux perfectionnements introduits par Cavaillé-GoU,
nous en serions encore aux orgues style 1864 1
Quoi, pas un mot du système tubulaire, ni du système
électrique, sans lesquels l'orgue moderne n'existerait pas ?
Est-ce que M. Cellier croirait par hasard que ce sont des
inventions étrangères, dont la description sort du cadre qu'il
s'est imposé; s'il a lu son manuel Roret, il l'a mal lu, car
je ne veux pas encore croire à une omission volontaire.
Je ferai aussi remarquer qu'en appelant l'orgue le « roi
des instruments », M. Cellier se sert d'un vieux cliché, car,
au risque d'être taxé de modernisme, je considère l'orgue
comme une république d'instruments divisée en plusieurs
claviers. C'est même une république modèle, car, quand le
facteur lui a donné une bonne Constitution mécanique,
Tubulaire ou Electrique, le Président - Organiste trouve
toujours les lois de l'acoustique fidèlement observées par les
citoyens-tuyaux dont il réclame le concours harmonieux.
Ces généralités connues, passons aux détails :
PAGE 17. — L'auteur, dans un sous-titre alléchant,
nous promet : « les jeux de l'orgue, le mécanisme, les
combinaisons. »
Or, savez-vous combien de lignes sont consacrées à cette
description du mécanisme de l'Orgue Moderne ?
Vingt-deux lignes, ^ y compris les notes en bas de pages
et les légendes des figures I
C'est ce qu'on appelle étouifer un chapitre très important
et tout à fait caractéristique dans la description de l'Qi'gue
Moderne.
Serait-ce parce qu'il aurait fallu parler de ce qu'ont fait
les facteurs de province français?
176 RÉPONSE AU LIVRE «L'ORGUE MODERNE.
PAGE 21. — <i On accorde les tuyaux ouverts en
« élain à l'aide d'une entaille dans le haut du tuyau...
« pour les petits tuyaux, on se sert de l'accordoir,
* instrument qui permet d'évaser ou de rétrécir l'extré-
« mité supérieure du tuyau ».
Vous ne les avez pas regardés de près ces petits tuyaux,
car très souvent ils les possèdent (même les tout petits de
5 % de diamètre) ces entailles d'accord que vous semblez
réserver aux gros tuyaux. Ceux-ci bien souvent n'en ont pas,
quand ils sont coupés au ton, pratique suivie quand on veut
des sonorités plus rondes, ou qu'ils ont des bagues mobiles
pour l'accord.
A propos des bourdons, vous parlez de leur accord par
le tampon ou la calotte mobile ; mais quand la calotte est
soudée, comment faire? pourquoi ne pas dire que les oreilles
servent alors à accorder les bourdons.
Au sujet de la matière des tuyaux, l'énumération « étain,
étoflfe ou mélange d'étain et de plomb, zinc, chêne » laissera
croire au lecteur novice que les tuyaux sont ou en étain, ou
en étoffe, ou en zinc ; or les tuyaux d'étain pur, sauf ceux
placés en montre, sont plutôt rares ; les mélanges d'étain
mélangé avec 40, 50 % de plomb — ce dernier dit spotted
métal — sont beaucoup plus employés par les bons facteurs,
que l'étoffe, mélange pauvre, contenant seulement 25 %
d'étain, contre 75 % de plomb.
PAGE 24. — Jeux Harmoniques : Ces jeux appar-
tiennent à la famille des jeux ouverts . . . pour les rendre
harmoniques, on pratique deux petits trous . . .
Deux inexactitudes : 1" Il y a aussi des tuyaux bouchés
harmoniqyes : Zauberflote de Thynne, Harmonie Gedackt de
Casson, également employés par Norman et Beard, ce sont
des imitations perfectionnées des bourdons harmoniques intro-
duits dès 1754, par Snetzler... ; 2» On peut rendre un tuyau
harmonique en y perçant un seul trou, ou deux, ou même
quatre, et aussi en forçant la pression !
PAGE 25. — Un jeu à diapason large donne un
son rond et blanc sans mordant.
Erreur : il existe des tuyaux de gros diamètre qui peuvent
produire, en même temps que leur fondamentale, un riche
cortège d'harmoniques, leur donnant du brillant, du mordant;
toute la famille des Séraphones, des jeux Stentor est dans ce
RÉPONSE AU LIVRE «L'ORGUE MODERNE. 177
cas, avec la même pression que les jeux ordinaires, qualité
qui augmente si on les met sur vent fort ; mais l'auteur ne
parait pas soupçonner l'existence de ces jeux, dont la sonorité
tranchante fait un pont entre les fonds et les anches. Ces
jeux sont tout à fait caractéristiques de la facture moderne ;
MM. Gigout, Marty, Tournemire, Bonnet, diront à M. Cellier
qu'ils ont joué à Bordeaux un orgue, où un seul Diapason
Stentor de 8 ajouté au Positif, sonne aussi vigoureusement
que les 4 huit pieds du Grand Orgue : montre, flûte harmo-
nique, salicional et bourdon d'un facteur parisien.
PAGE 26. — Tuyaux de montre avec écusson tels
qu'on les place en façade de l'orgue (Fig. 7).
Mais actuellement, avec les bouches estampées, on écus-
sonne les plus petits tuyaux, même ceux ayant 6 ^ de diamètre.
PAGE 26. — Diapason : Nom importé d'Angleterre
et désignant une sorte de principal à sonorité moins
ronde et plus tranchante que la montre.
Mais, c'est une hérésie, dont renonciation ferait bondir
tous les facteurs anglais; vous n'en avez jamais entendu pour
oser écrire une pareille énormité : le « english open Diapason »
moins rond et plus tranchant que les montres françaises !
C'est le contraire ; les Anglais reprochent beaucoup aux
jeux de montre de Ga vaille et de l'ancienne école française
leur sonorité de grosse gambe, due à la minceur des biseaux,
à l'emploi de l'entaille d'accord, etc., etc.
Vous consacrez vingt mots à la description de ce jeu fonda-
mental et caractéristique de la facture anglaise, vous auriez
trouvé vingt pages dans le dictionnaire de Wedgwood, 16
pages dans Audsley ; vous ne soupçonnez pas ce qu'est la
sonorité d'un open diapason ; alors, où avez-vous trouvé cette
définition ? Qui vous l'a dicfée ?
Vous pouviez vous documenter expérimentalement à Paris
même, en allant écouter les diapasons de l'orgue construit par
Bishop, de Londres, à Saint-Georges' Church, rue Vacquerie.
Mais il faut avoir entendu l'ensemble des diapasons de
Saint-Paul de Londres, de Westminster Abbey, de King's
Collège Cambridge, des Cathédrales de Gantorbery, d'Ely, etc.,
pour se rendre compte de l'effet de ces jeux dans une grande nef.
PAGE 27. — FuGABA : Salicional de 4, ou Kéraulo-
phone de i.
Inexact : C'est un jeu de 8 pieds spécial plus gros que
le salicional, avec une bouche plus large et qui peut subir
17« RÉPONSE AU LIVRE «L'ORGUE MODERNE.
une harmonisation vigourease, tranchante, mordante et chanter
fort ; donc différent du salicional, dont la sonorité doit rester
Toilée, tout en laissant percevoir le cortège des harmoniques
propres à la famille des gambes.
PAGE 27. — Gemshorn : jeu le plus doux du
genre salicional ; le tuyaux se rétrécissent en forme de
cône afin d'en atténuer le son.
liais nullement : un gemshorn n'est pas plus doux qu'un
salicional, qui lui doit-être toujours d'une sonorité discrète ; il
peut chanter fort; et même, s'il est de grosse taille, presque
aussi fort qu'une montre à la française.
La forme rétrécie conique d'un tuyau n'est donc pas
une condition requise pour en atténuer le son ; puisque
d'autre part, les doice de 8, de 4 (que M. Cellier ne daigne
même pas citer) sont des jeux évasés, dont la sonorité est
tellement douce que. boite fermée, elle est presque impercep-
tible.
L'auteur range, à coté de la montre, le salicional, le fugara,
le gemshorn dans les jeux de diapason moyen, c'est-à-dire de
diamètre moyen ; c'est une classification toute artificielle, car
les timbres très différents d'un salicional et d'une gambe
peuvent être obtenus de tuyaux ayant le même diamètre, le
salicional, avec 78 % à l'ut de 8 pieds ne peut être mis
dans les jeux de diamètre moyen.
Les diamètres des tuyaux facilitent l'émergence de certains
harmoniques caractéristiques du timbre, et pour l'organiste
qui ne fait pas les tuyaux, mais s'en sert comme d'un
matériel sonore, la classification doit être celle-ci : jeux pro-
duisant le son fondamental de l'orgue ; genre diapason ou
principal ; jeux de timbre flûte ,: bourdons et flûtes ; jeux
à riche cort^e harmonique : gambes, etc., etc.
Les tuyaux d'orgue étant destinés à reproduire des sensa-
tions sonores, doivent être classés par le type des sensations
qu'ils nous donnent par leur timbre, c'est-à-dire par le type
et la force des cortèges harmoniques, qui, en accompagnant
leur son fondamental, créent ce timbre caractéristique. Tout
le reste est arbitraire et relève du catalogue de marchand de
tuyaux bruts qui les vend au poids. C'est Tharmoniste qui
donne au tuyau son individualité par le travail de la bouche ;
un tuyau de dolce peut être harmonisé de façon à parler
aussi fort qu'une montre et avec une sonorité très franche et
très vigoureuse.
RÉPONSE AU LIVRE t L'ORGUE MODERNE. 179
PAGE 28. — Jeux a Diapason étroit : L'auteur cite
la viole de gambe, la voix céleste et la dulciane, qu'il ne
connaît qu'en 4 et 8 pieds, alors qu'elle est très fréquem-
ment employée en 16 pieds dans les plus grandes orgues
anglaises.
Cette nomenclature écourtée était peut-être exacte en
1865, mais depuis l'œoline, la viole d'orchestre, la viole
sourdine, la gambe obœ ont acquis droit de cité dans l'orgue.
Cette famille s'est enrichie de la gambe stentor, qui sonne
presque comme une petite trompette quand elle est sur vent
fort; ce sont des jeux caractéristiques de la famille des
gambes modernes, elles paraissent inconnues de l'auteur.
PAGE 29. — Parlant de la céleste, il dit : ses batle-
ments rendent ce jeu impropre à se mélanger avec les i-
pieds, les anches et les mixtures ! !!!
Objection purement théorique, que l'auteur en fasse l'expé-
rience : une flûte de quatre forme un charmant mélange avec
la céleste, qui fait aussi bonne compagnie avec la voix
humaine, avec le quintaton. Je viens, avant d'écrire ces
lignes, de refaire cette expérience sur mon orgue; c'est la
pratique de beaucoup d'organistes.
Un hautbois très délicat (genre orchestral obœ anglais)
serait peut-être un peu altéré par une céleste trop fortement
embouchée, mais en quoi voulez-vous qu'elle gêne une bonne
trompette harmonique ; ou modifie sensiblement les pétille-
ments d'un petit plein jeu de récit ?
Pas un mot sur les célestes modernes à 3 rangs ; l'unda
maris n'est pas, comme le dit l'auteur, une « céleste moins
discordée », mais bien un jeu ondulant avec des tuyaux
moins tranchants que ceux de la gambe : avec des gemshorns,
ou même des flûtes, des bourdons un peu quintoyants.
PAGE 29. — Jeux a Diapason large : M. Cellier n'y
place que les flûtes, harmoniques ou non.
Alors, où mettre les « diapasons anglais » ayant respecti-
vement 150 %, 90 %, 55 X de diamètre à l'ut de 8. 4, et
2 pieds ? Parlant de la flûte harmonique de 8, il nous la
donne comme le jeu de flûte le plus puissant de l'orgue (!) ;
il n'a jamais entendu un seraphone flûte ou un stentor
flûte.
PAGE 30. — La « flûte traversière », pour bien imiter
la flûte d'orchestre, ne doit pas être un jeu à diapason large,
180 RÉPONSE AU LIVRE «L'ORGUE MODERNE.
car la flûte Bœhm est un instrument de diapason étroit dans
le grave où elle sonne comme un salicional, et de diapason
progressivement croissant à mesure que l'on monte, le tube
devenant de plus en plus court par Touverture des clefs,
tout en gardant le même diamètre.
PAGE 31. — La flûte creuse (Holh flûte) et la flûte à
pavillon (Bell diapason) sont citées comme « des jeux à peu
près identiques. »
Opinion discutable : la vraie flûte creuse avec sa bouche
coupée très haute (presque à la moitié) et la lèvre supérieure
arrondie pour éteindre certains harmoniques supérieurs est
différente de la flûte à pavillon avec bouche coupée au tiers ;
je parle des jeux types et non des imitations déformées.
L'auteur termine là son énumération des flûtes; alors, la
Vienna Flote avec bouche circulaire, la flûte en pointe, la
Clarabella, toute la famille des tibias, des flûtes d'écho à
sonorité voilée, etc., etc., inconnues au bataillon ?
PAGE 32. — En 28 lignes, M. Cellier expédie la
description de la très intéressante famille des bourdons,
consacrant 21 mots en tout à la sous-famille des
bourdons à cheminée !
Mais, puisqu'il nous parle de facture française, ignore-
t-il que les tuyaux polyphones de M. Debierre, l'excellent
facteur nantais, sont des flûtes à cheminée non apparente ?
A-t il jamais entendu cette variété de bourdon à cheminée si
caractéristique, le « clarinet flote ». Le quintaton moderne,
vrai jeu de solo, n'est pas décrit ; les bourdons à double
bouche, les demi-bourdons ou flûtes couvertes, le lieblich-
gedackt, les tuyaux bouchés harmoniques, etc., etc., ignorés !
PAGE 33. — Nous trouvons, à propos des mixtures et
mutations, cette phrase stupéfiante • les tuyaux d'orgues ne
produisant pas de résonances harmoniques appréciables ».
J'ai relu plusieurs fois » pas de résonances harmoniques
appréciables » ! I
Mais, cher Monsieur, ils ne font que cela ces braves
tuyaux. Sortis des mains du soudeur, ces tuyaux passent
dans celles de l'harmoniste, dont le talent réside dans le
réglage de la quantité et de l'intensité avec lesquelles il
laissera émerger certains de ces harmoniques, toujours présents
à côté du son fondamental ; ces inévitables harmoniques sont
catalogués pour chaque type de tuyau ; et ils ne sont pas
les mêmes pour le tuyau bouché ou le tuyau ouvert.
RÉPONSE AU LIVRE «L'ORGUE MODERNE. 181
Mais vous nous avez parlé page 24 des flûtes harmoniques
qui font entendre leur premier harmonique : l'octave ; page 33,
du quintaton qui « possède la curieuse propriété de faire entendre :
avec le son fondamental une quinte très douce ». Mais ça n'est
pas curieux du tout, c'est très naturel, parce que le premier
harmonique d'un tuyau bouché c'est sa quinte ; ce qui serait
curieux, mais tout à fait curieux, c'est que ce bourdon donnât
en premier harmonique l'octave comme un tuyau ouvert.
Votre comparaison du son fondamental « comparable à un
caillou tombant dans l'eau et de ses harmoniques aux ondes concen-
triques qui en résultent », même sous la réserve omnis compa-
ratio claudicat, est mauvaise : les ondes concentriques se
.succèdent, tandis que les harmoniques sont émis simultanément
avec le son fondamental, la famille des gambes présente même
une anticipation du cortège harmonique sur la note fondamentale,
comme la corde d'un violoncelle sous la morsure de l'archet, etc.,
etc., etc.
PAGE 34. — Vous comparez le rôle des jeux de mutations
« à celui des assaisonnements tel que le sel, le vinaigre, la
« moutarde, etc , aussi désagréables à goûter « seuls »
« qu'ils sont agréables lorsqu'ils relèvent un plat qui
« serait fade sans eux ».
Mais alors, pourquoi consacrez-vous un alinéa laudatif au
nasard joué en « solo » ou en détail, ou en duo avec le cro-
morne ?
Dans votre énumération des mixtures composées, vous
oubliez qu'il y a des mixtures modernes composées de
tuyaux de la famille des gambes « cornet dulciana, mixtura
aetherea », et même formées de rangs de tuyaux de timbre
différent.
Dans votre conception du rôle des jeux de' mutation vous
en êtes resté à l'ancien orgue, dont les tuyaux faiblement
embouchés avec du vent à petite pression, produisaient des
cortèges harmoniques faibles et des différences de timbre
peu marquées, d'où un manque d'éclat et de clarté, surtout
dans l'aigu. De là vint la nécessité d'y annexer des « harmo-
niques artificiels de renfort » pour varier le timbre et rétablir
l'équilibre entre les dessus et les basses.
Mais, dans l'orgue moderne, cet équilibre des dessus et
des basses, avec l'éclat et la clarté désirables, sont facilement
obtenus sans jeux de mutations obligatoires : l'harmonisation
des jeux modernes réalisant une bonne émission du cortège
182 RÉPONSE AU LIVRE «L'ORGUE MODERNE.
harmonique dans l'aigu, les mutations n'y sont indispensables
que pour exécuter la musique ancienne ou produire des effets
de sonorité spéciale.
PAGE 40. — Dans la fanïille des trompettes et bombardes,
l'auteur ne signale que la trompette ; il fait une juste
remarque à prof>os des tuyaux en chamade dans lesquels la
poussière ne tombe pas, mais ne connaît pas les trompettes
couvertes de Walker de Londres, et la pratique anglaise de
couder tous les tuyaux d'un jeu d'anche pour éviter l'intro-
duction de la poussière.
Pas un mot sur la famille des Tubas inventée par
Willis, en Angleterre, et dont la qualité de son comme anches
de grand choeur « chorus reeds » est si différente de celle de
nos trompettes, car elle se rapproche beaucoup plus du tuba
de l'orchestre wagnérien.
Rien sur 1' « Orchestral obœ », de l'école anglaise.
Rien sur la clarinette à tuyaux couverts, presque fermés,
imitant mieux la sonorité d'orchestre que la clarinette à
pavillon de Gavaillé-Coll.
PAGE 42. — L'auteur expédie en quatre lignes les jeux
d'anches libres : « en France notamment on a renoncé à
« ces jeux ne tenant pas l'accord et donnant des sons
« mous et grêles ».
Inexact : les anches libres tiennent trop l'accord (1) ;
tant qu'aux sons mous et grêles, M. Cellier a-t-il entendu à
Lausanne, à Berne, à Ulm, les physarmonicas ; a-t-il entendu
les tubas et bombardons à anches libres des Orchestrions
de Welte, dans l'Ouverture du Tannhaiiser ?
A propos du Cromorne et de la Voix Humaine, M. Cellier
emploie le mot « taille » d'une façon impropre ; en facture
d'orgue, la taille signifie la grosseur du tuyau et non sa
longueur.
Et les jeux de pédales ? Ils auraient bien mérité un petit
chapitre à part, au lieu des 15 lignes : 2 lignes par-ci,
5 lignes par-là, que leur réserve trop parcimonieusement
l'auteur.
Ce soubassement sonore de l'orgue, qui le différencie
tant de l'orchestre, réclamait une description d'ensemble, puis
un examen des éléments capables de le constituer par les
procédés modernes d'extension, de dédoublement, etc., etc.
C'est une grosse lacune.
(1) Voir note page 93.
RÉPONSE AU LIVRE t L'ORGUE MODERNE. 183
PAGE 43. — L'auteur remercie un grand facteur parisien
pour lui avoir fourni tous les documents et renseignements
nécessaires à cet ouvrage.
Ah ! ils ne sont pas nombreux ni nouveaux les docu-
ments communiqués, et qui ont trait à des orgues comme
on les construisait il y a 60 ans! Ces renseignements traînent
dans tous les comptes rendus d'inauguration d'orgue, et dans
les vieux livres de Hamel, de Régnier, ils sont insuffisants
pour donner une idée de l'Orgue Moderne ; pas un mot des
Diaphones, des leathered diapasons, des labial oboe, labial
clarinet, etc., etc. ; pas un mot sur les sons résultants.
PAGE 45. — Pourquoi donner comme modèle de console
moderne 1913, la console de Saint-Sulpice, de 1863, avec sa
pédale d'expression à ressort et sa vieille disposition en
amphithéâtre, alors que les consoles modernes des orgues de
200 jeux, présentent un tirage bien plus à la portée des
mains de l'exécutant.
PAGE 47. — « Dans un petit orgue à 2 daviers, on
« ne met pas d'anches au Grand Orgue de nos jours ;
« préférant les grouper au Récit, afin de rendre la puis-
« sance de l'orgue plus malléable avec la botte expressive,
« disposition adoptée surtout pour les orgues de salon,
« même à 3 claviers, orgue de Guilmant, à Meudon ».
Mais il n'y a qu'à mettre les anches du G. 0. dans une
boite expressive spéciale, car un orgue de salon vraiment
moderne à 2 claviers, doit avoir 2 boîtes expressives, et
s'il y a 3 claviers, 3 boîtes expressives, ne laissant en dehors
des boîtes que les fonds de pédale et aux manuels quelques
jeux fondamentaux donnant la sonorité d'orgue pure.
A la cathédrale d'Albi, sur 74 jeux, il y en a 38 expres-
sifs, ce qui ne nuit pas à la puissance de l'instrument; mais
il n'a pas été fait par un facteur parisien.
PAGE 52. — Le levier pneumatique de Barker a
rendu possible d'accoupler plusieurs claviers, sans que
le toucher en soit plus dur que celui d'un bon piano.
Exagération : même avec une machine de Barker, il faut
125 gr. environ pour abaisser la touche, tandis que dans un
bon piano l'échappement déclanche à 70 grammes.
Les systèmes tubulaire et électrique dont M. Cellier ne
parle pas, permettent tous les accouplements à l'unisson, à
- T-i_» t^'ij;.k 'ia T 'jtt tyAZ^'rt U G- O.
Jip c !■ fmîâU :woîr uemtrmlûer ce daner,
maamfÊ^mKmi ma ihnuu cmbkts , IMBr cna.
ap^ ^ G. O. occrodke oa «crodbe
« !■ fmrUe ém mÊfmuiime fm lire tes sompapes du
« aoÊÊmâer ée G. O. ».
cfcat iHliis : ne àmfle anvape «litfiwiMtioB de
!■ 6.O.
PAG£ Sfc. — /Vdbfcs ^«ppef de famds, a Forgé
9 pouède UK mmrUme de Barktr ».
Mais celte reaiiliM c« iHtile: B fut
pédale d-irtradfliM de
la aachûe de Barker et
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les je«x de fiMd« de alapsrte qod
PAGE 54.— Il nm Iliiia iiMinaw \u\ la pidale
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BÈPOySE. AU LfVTlE . LOBGLE MODEFOE . 135
Tatioa (déjà ancieBne !> N' as v ofpoimcMj TApiiiioB fut
musieMa de fba haute ea^trgm eacote. ■ Seanac maek
nore aiwre ■. celle de Liât, q«i «■ rrc— miailf rc^ptai et
a pris soin de le noler dass ses <t«nea dTeigae.
Lorsqu'un fa^eor de provînee iairoAùst cette ppihlr de
creseeado, il y a 18 ans. dans TmguL das A»eugki> i Paris,
rtode pariâeBoe en cril^pa riifliii, fane fae, daa» Terfoe,
on doit registrer par plaas, diaail-«B ; funum
si, lenr masique ea maio, on exanae les
tion de ceux qui en repoossaient Fi
PAGE 56. — L'antenr déclare le STstème des jeux eoml»-
nés de la Maison Matin (orgue de la Salle Gavean) « le plms
parfait qui existe», alors qui! ff 'iwla i|»Blt[ari imper-
fections :
1* Impossibilité de combiner des accoopkmeats pt^fiés ;
2* Obligation de manipuler deux registres : un à droite, on
à gauche, pour préparer la combiBaîaoa «■ saa éei
des jeux à combiner : 3* Aucun indice poaMttaat de
si tel jeu fait partie de telle ou telle combinaison préparée.
Quant au désir de M. Cellier « qa'on puisse revenir à
a une combinaison quittée pour retrouver des sonorités
« déjà entendues a, il est automatiquement comblé daas m
orgue moderne : dès que l'on appelle une combinaison, tons
les autres jeux qui n'en font pas partie se taisent ; dès
qu'on annule cette combinaison, ces jeux parlent à noareau ;
c'est élémentaire en facture moderne, et en pressant on sii^le
bouton entre les claviers, ou une pédale faisant le aitaie
effet, si les mains sont occupées.
Certes, nos facteurs de province : Abbey, Debierre. Didier.
Puget. Ghys n'ont rien à apprendre de l'école parisienne en
fait de mécanisme moderne, ce serait plutôt le contraire.
PAGE 60. — «r 77 a faUa attendre te XIX» siècle,
a pour que l'orgue atteigne le degré de perfection dési-
c rable pour qu'il soit utile ^indiquer une registration
« spéciale ».
Ce n'était point l'avis de Dom Bedos, qui. en 1750 (^p*S*
5â3\ a fait exactement ce que fait M. Cellier pour la regîstm-
tion moderne, et consacre '14 grandes pages in-folio « «■x
« principaux métanges dfs jeux de COrguf. tiis. erammés, eani-
* gès el approuvés par Us plus habiles organistes dt i^■rts, Mt
c que MM. Calvière. Fouquet^ Couperin, Batbosin «l wHrts >.
186 RÉPONSE AU LIVRE . L'ORGUE MODERNE .
Vous avez cité Dom Bedos dans votre mince bibliogra-
phie, mais vous ne l'avez même pas lu, car dans votre
chapitre « Registration ancienne », vous n'en parlez pas.
Page 81, vous vous contredites vous même en reconnaissant:
« que les organistes français Raison, Grigny, Clérambaut, Da—
quin, Couperin regisiraient volontiers et avec soin leurs œuvres
d'orgues ». Et ils avaient raison, car en dehors des gambes,
leurs orgues possédaient tous les timbres typiques actuels :
montres, flûtes, bourdons trompette, bombarde, hautbois,
clarinette, voix humaine, jeux de mutation simples et compo-
sés.
Je ne vous taquinerai même pas sur le jeu de Nasard
« rutilant » (?) « joué en solo ou en détail, ou sur un duo
« de Cromorne et Nasard évoquant à merueille Philémon
« et Baucis » !?!?
PAGE 100. — Sur l'architecture des Salles, vous êtes
également documenté comme en 1864, et parlez « des doc-
(( trines acoustiques de Cavaillé-Coll fondées sur des
« données scientifiques rigoureuses » ; lesquelles dans l'espèce?
Je prélère la fin de votre phrase « et sur une expérience
« méritant quelque considération ».
Mais pourquoi ne souflez-vous mot des recherches de
Wallace-Sabine et de Marage f Pourquoi, parlant de la Salle
du Trocadéro, oubliez-vous de mentionner les remarquables
expériences de M. Gustave Lyon Pleyel ? C'est un savant qui
fait autorité en la matière, car il prouve par des faits, et non par
des mots, ce qu'il avance sur les qualités et les défauts acous-
tiques d'une salle.
Je ne vous donnerai pas mon opinion sur la fuçon dont
vous comprenez et cherchez à enseigner la registration mo-
derne, ce n'est plus une question de faits, mais une affaire
de goût où toute discussion est vaine.
Je me bornerai à remarquer que le fait de choisir tous
vos exemples dans les œuvres des organistes parisiens (sauf
Bossi et Liszt, cités chacun une fois), semble montrer un
particularisme étrange en matière d'esthétique.
Votre sèche énumération des noms d'auteurs ne cite en
France qu'un seul organiste de province, M. Messerer ; en
Angleterre, vous omettez de citer le nom du grand virtuose
W. Best, qui était un maître dans l'art de la registration.
Dans ses œuvres originales comme dans ses transcriptions,
il y avait beaucoup à prendre.
RÉPONSE AU LIVRE • L'ORGUE MODERNE • 187
Somme toute, votre thèse sur l'Orgue moderne, le méca-
nisme, les combinaisons etc., est fort incomplète, et révèle
que vous n'êtes pas au courant de la question : Or, je l'ai dit
en commençant; votre bibliographie indigente me l'avait fait
prévoir.
Donc, en leur présentant votre livre comme un « travail
d'érudition et un ouvrage didactique », tous les techniciens
et vrais connaisseurs en facture d'orgue se demanderont si
M. Vierne n'a pas voulu se « payer leur tête », et les
étrangers qui savent ce que c'est qu'un orgue moderne, se
riront de nous.
Mais alors, c'est un méchant tour que M. l'Organiste de
la Métropole de Paris vous a joué, et peut-être aussi un
vilain tour qu'il s'est joué à lui-même ?
Car vous voyez d'ici le dilemme :
Ou bien M. Vierne a pris connaissance de votre livre
avanl d'écrire sa préface ?
Ou bien il ne l'a pas lu ?
S'il n'a pas lu votre livre, cette préface dithyrambique
est, de la part de M. Vierne, organiste à Notre-Dame de
Paris et professeur à la Schola Cantorum un acte de légèreté
inconcevable.
Si M. Vierne a pris connaissance de votre livre, un
nouveau dilemme se pose :
Ou bien M. Vierne est incompétent et, quoique grand
organiste, s'est montré ignorant en facture d'orgue puisqu'il a
accepté la responsabilité de présenter naïvement votre livre
au public comme un « livre utile à ceux qui voudront aller au
« fond des choses et comprendre absolument leur pourquoi. »(!)
Ou bien, M. Vierne est compétent, au courant de la
question, et alors? Simple bluff parisien à l'américaine?
Bluff calculé ? M. Vierne a cru que l'autorité de son nom
d'organiste de Notre-Dame ferait office de pavillon et couvri-
rait la marchandise.
Il s'est grossièrement mépris : nous ne sommes pas si
« poires » que cela, en province, nous n'y croyons plus à
l'infaillibilité des directeurs de conscience parisiens en facture
d'orgue.
Pour résumer, sauf quelques lignes par -ci, par-là, votre
travail ne contient, touchant la facture, rien qui ne se trouve
dans la description de l'orgue de Saint-Denis, de 1843. Or,
depuis, la facture française a fait des progrès, et les facteurs
étrangers aussi.
18* RÉPONSE AL' LIVRE . L'ORGl E MODERNE .
Mais ces derniers uniquement en recopiant et développant
deux inventions françaises : la transmission tabulaire, et la
transmission électrique. Il en fut de même pour les instru-
ments automatiques : pianista, pianola, pleyela. etc., dont le
premier fut construit en France, vers 1863.
Ces inventions fécondes, admirables, mal comprises, déni-
grées, puis combattues par l'école des pontifes et sous-pontifes
parisiens, sont allées prendre un magnifique essor à l'étranger
d'où elles nous sont revenues.
Croyez, néanmoins. Monsieur, que j'excuse votre incom-
pétence, parce que je la crois de bonne foi.
Dans l'Université nous ne faisons jamais un crime à un
étudiant de ne pjis apporter un travail complet ; mais, si ce
travail sort dun laboratoire, où il lui a été inspiré et revu
par quelqu'un qui, en l'endossant par une préface, en prend
la responsabilité, alors c'est sur l'inspirateur que tout retombe.
Donc, je m'adresse maintenant à votre préfacier M. Louis
Vierne.
Permettez-moi, cher Maître, de vous le faire remarquer :
si, dans une Faculté de province un étudiant présentait une
thèse sur la D\'namo moderne et n'y parlait, en 1914, que des
premières Dynamos de Gramme et de Siemens, fort admirées
d'ailleurs vers 1874. on ne lui laisserait pas imprimer sa thèse ;
cependant, si cette thèse avait pour égide la préface d'un
Professeur de Paris analogue à celle que vous avez écrite
pour M. Cellier, le Jury accorderait l'imprimatur, pour avoir
le malin plaisir, à l'argumentation, de dauber sur l'inspira-
teur, tout en ayant le regret de donner finalement des t)ouIes
noires au candidat.
Vous ne l'ignorez pas, cher Maître, en Angleterre, le grade
de Doctorat en Musique existe. Vous figurez-vous l'accueil
reçu à l'Université de Cambridge ou d'Oxford, par l' c Orçue
Moderne » adomé de votre préface ?
On en parlerait pendant longtemps, non du travail de
M. Cellier, mais de la monumentale et grandiloquente préface
où vous déclarez que « pour édifier (!) pareil livre il fallait
« en outre d'une expérience sagace et raffinée, une somme
« de connaisï-ances physiques, physchologiques, artistiques
«jointe à une solide érudition > et que vous n'avez
« aucun doute sur la portée artistique à laquelle peut pré-
« tendre cet ouvrage » capable, d'après vous, de « servir de
« consécration et d'évangile (!!) à cette renaissance du Grand
« Art de l'Orgue ».
RÉPONSE AU LIVRE c L'ORGUE MODERNE . 1?9
Croyez-Toos que. par ricochet, il en rejaillirait beancoop
de gloire sor la grare Schola CarUomm qui, à tort oo à
raison, passe pour £aire la niqae ao Conserratoire ?
L'antre jour, reclassant les lettres, articles de jouroanx,
de reToes etc., etc., où certains pontifes parisiens et leurs
acolytes armés du c magister dixit •, ont cherdié systémati-
qnement, depuis 25 ans, a décrier les systèmes tnhnlaire et
électrique (nous en eûmes une preuTe toute récolte pour
rOi^e du Théâtre de Lille), j'ai relu Totre article du Coarrier
Musical, 1913, et j'ai pensé opportun, en terminant, de tous
donner on petit acompte sur la part qui tous revient dans
un travail sous presse, et on tous serez en illustre compagnie,
non loin de Celui qui a osé écrire dans un traité didaetîqiie :
que le système tubnlaire c ne permet pas de li«r dans nn
« mooTement modéré, une gamme ascendante en c croches •
• et cela à cause € de la dépense considérable du vent qui
« doit circuler dans les tubes arant d'atteindre le c tuyan • ! '.
Cet acompte j'aurais pu vous le faire passer en emprun-
tant le style expressif de M. Benlemans, de Bruxelles, où je
termine cette réponse à M. Cellier, mais j'ai préféré toos le
donner en latin.
Non parce que le latin dans les mots brare HiMUiêteté;
(j'ai In mon Léon Bloy, sarez-Toos pour une fois), mais
parce qae cela me paraît mieux convenir, étant donné rotre
titre de Magisler Schobt Caniortim.
Tu autem, Ladovice, eminens inter eminentes, in
pulsandis, si non in oeraciter describendis organis, haad
dignam in artibas istiasce modi < le meiUear chocolat
est le chocolat de la Maison Fantassin » doctrinam, per
fas et aliquantulam per nefas. constitaere profiterique
conans, graviter errare mihi videris.
Mémento errare hamanum est persevemre aatein
diaholicam.
Valeas et plarimam !
D' G. BÉDART-